Cette exposition met en lumière « deux éléments fondamentaux de la pensée chinoise : l’ambiguïté et l’ambivalence des images », souligne d’entrée de jeu son commissaire Christophe Decoudun, maître de conférences à l’Institut catholique de Paris, spécialiste des échanges artistiques et religieux en Asie.

Chrétiens de l’Empire du milieu
Au VIIe siècle, des chrétiens de tradition syriaque venus de Perse et d’Asie centrale s’installent en Chine. L’implantation de cette nouvelle religion s’accompagne de la production d’images et d’objets qui s’inscrivent progressivement dans un paysage visuel déjà façonné par le bouddhisme (son enracinement en Chine date, lui, du Ve siècle).

Guanyin a vu la Vierge
Si le culte marial est particulièrement important en Chine encore aujourd’hui c’est parce qu’il se confond volontiers avec celui du plus ancien bodhisattva, figure spirituelle bouddhique qui diffère sa propre libération afin de secourir les hommes. Ses traits masculins (moustache, pilosité, coiffe royale…) vont peu à peu se féminiser (silhouette ronde, sourcils en feuilles de saule, bouche en forme de cerise, voile délicat sur la tête) et incarner la compassion et la douceur.
Un brouillard volontairement entretenu
Les différentes traditions bouddhiste et chrétienne s’influencent mutuellement, les iconographies s’interpénètrent jusqu’à empêcher une identification claire. Les artisans chinois brouillent volontairement les pistes pour répondre aux besoins des communautés catholiques du monde sinisé mais aussi pour servir l’entreprise des missionnaires Jésuites qui mélangent à dessein les genres afin de se concilier plus facilement les populations locales. La porcelaine, le fameux « blanc de Chine » notamment, devient un vecteur privilégié de ces hybridations.

Interdictions et dissimulations
Mais l’Église finit par condamner cette adaptation culturelle qui, selon elle, va trop loin et proscrit les rites indigènes dans la première moitié du XVIIIe siècle. Les pays sinisés décident en retour d’interdire la foi chrétienne sur leur sol. Les correspondances visuelles entre Marie et Guanyin qui déplaisaient tant au Vatican permettent alors une pratique de la foi dissimulée.

La Société des Missions étrangères à Paris
La société des Missions étrangères de Paris, installée rue du Bac depuis sa fondation en 1663, accueille les nouveaux missionnaires envoyés en Asie et dans l’océan Indien et offre un foyer aux prêtres étudiants asiatiques pendant leur séjour en France. Aujourd’hui, 200 prêtres envoyés à vie et 150 volontaires qui partent pour des durées de quelques mois à quelques années participent à la vie des communautés chrétiennes dans un grand nombre de pays.
« Portraits en miroir. L’art sculpté de la Vierge Marie et du bodhisattva Guanyin », jusqu’au 25 avril 2026 à la Mission 128, Missions étrangères de Paris, 128 rue du Bac, 75007 Paris. missionsetrangeres.com









