Au fil des 582 objets de l’exposition « Pre-hispanic ecuador » visible au Musée Art & Histoire de Bruxelles jusqu’au 29 mars, nous découvrons une mosaïque de sociétés aux traditions variées, organisées en vastes réseaux d’échanges et offrant une culture matérielle véritablement exceptionnelle. Longtemps restées dans les réserves du Musée Art & Histoire, certaines de ces pièces viennent de faire l’objet d’un projet d’étude et de valorisation. L’occasion de les (re-) découvrir lors d’une visite virtuelle proposée en ligne.
Vase à décor géométrique
Si la culture Panzaleo / Cosanga-Píllaro (région des hautes terres du nord) partage de nombreux points communs dans sa production de céramiques avec celle Puruhá (région des hautes terres du centre-nord), la première se distingue par une pâte plus fine, à l’aspect souvent scintillant en raison de la présence de mica dans sa composition. Excellents commerçants, les Panzaleo / Cosanga-Píllaro ont largement diffusé leurs réalisations dans toute la région équatorienne. Leurs récipients offrent des décors caractéristiques de lignes rouges et des motifs géométriques sur un fond crème, avec parfois des représentations en trois dimensions anthropomorphes ou zoomorphes.

Figurine féminine en pierre dite « vénus »
La période formative voit apparaître les premières sociétés agricoles et la constitution de villages organisés. Les structures sociales se développent, de même que les réseaux d’échanges sur de grandes distances, entre les trois grandes régions du pays : la Costa (la côte), la Sierra (les hautes terres andines), et l’Oriente (la région amazonienne). Cette figurine provenant de la côte se distingue par son matériau, la pierre, et préfigure celles produites ensuite en terre cuite. La culture Valdivia constitue l’une des plus anciennes traditions céramiques de l’Équateur.

Nariguera (ornement nasal)
La culture Cañari, établie dans les hautes terres centrales-sud, développe entre 450 et 1532 une métallurgie raffinée, en travaillant principalement le cuivre, l’or et l’argent, le plus souvent sous forme d’alliages. Ces productions se retrouvent principalement dans les riches tombes, aujourd’hui pour la plupart pillées. La présence de minerais métalliques dans la région Cañari a grandement favorisé les échanges à longue distance, notamment avec la côte Pacifique, dépourvue de ces ressources. Le métal était utilisé pour les objets cérémoniels et les parures funéraires, tel cet ornement nasal ajouré au décor géométrique et de volutes.

Réplique d’un vase à anse-goulot en étrier Mayo Chinchipe-Marañón
Le vase original de cette réplique est issu de la culture Mayo Chinchipe-Marañón. Il a été mis au jour sur le site de Santa Ana La Florida (SALF) dans la région sud-est du pays. Il est particulièrement important car il souligne la place très précoce, dès la période formative (environ 4000-2000 avant notre ère), de la consommation et de la domestication du cacao, vers 2500 avant notre ère – soit 1 500 ans plus tôt que connu jusque-là au Mexique. Par ailleurs, la forme de la pièce, très originale, pose les bases de l’idéologie andine, qui s’appuie sur le principe de dualité (avec des visages aux expressions opposées), la présence d’un coquillage et la forme de l’anse-goulot en étrier.

Pendentif/masque
La période du Développement régional (200 avant notre ère – 800 de notre ère) voit l’émergence de seigneuries côtières qui développent le commerce et favorisent l’essor de la métallurgie. Elles donnent naissance à une culture matérielle remarquable, se distinguant par une forte dimension symbolique, reflet de pratiques chamaniques et de rituels variés. La production des figurines en céramique s’accroît considérablement. Ces dernières présentent des visages expressifs, parfois associés à des traits d’animaux puissants, souvent félins. La petite taille et les deux trous au sommet de cet objet suggèrent une fonction de suspension, peut-être comme pendentif.

Vase à encolure céphalomorphe
La céramique Cañari se distingue par la grande diversité de ses formes, au décor relativement sobre. Elle se divise en deux traditions principales : Tacalshapa et Cashaloma. La première offre des pièces monochromes ou bichromes, ornées de motifs géométriques simples. Les formes incluent notamment ces vases globulaires à col céphalomorphe. Typiques de cette tradition, ils présentent sur le col du récipient un visage au nez proéminent, aux yeux cerclés et aux lobes d’oreilles percés. La lèvre du col forme le couvre-chef. De petites mains sont également régulièrement indiquées sur le sommet de la panse du vase.

Ocarina en forme de coquillage
Le complexe Carchi-Nariño est situé dans la région des hautes terres andines. Instruments de musique à vent, les ocarinas sont remarquables à divers égards. Ils imitent fidèlement la forme naturelle (extérieurement mais aussi intérieurement) de coquilles de mollusques marins (Fasciolariidae) en céramique, tout en étant des aérophones. Leur riche iconographie est caractéristique de la région avec des décors incisés ou peints dans les tons rouges et crèmes. L’imitation de coquilles marines témoigne d’étroits contacts avec la côte mais constitue aussi une véritable prouesse technique, par son jeu de superpositions de couches d’argile.

Aryballe ou urpu
Cette forme emblématique de l’aryballe inca, ou urpu en quechua, illustre parfaitement la production céramique à cette époque. Ces récipients ont été introduits par les Incas dans les provinces nouvellement conquises, comme en atteste leur découverte dans la région de l’Équateur. Cet exemplaire reprend des éléments du style impérial de Cuzco. Bien qu’il soit fragmentaire, cet objet est un témoin remarquable de la création inca par son fond en pointe, ses anses latérales, sa grande taille, la qualité et la finesse de sa pâte, les couleurs de son décor, ses motifs (en bandes verticales, croisillon, fougère, etc.) et sa technique de façonnage (au colombin).

Éléonore Fournié, rédactrice en chef d’Archéologia, et Maëlle Gentil, secrétaire de rédaction
« Pre-hispanic ecuador », jusqu’au 29 mars 2026 au Musée Art & Histoire, Parc du Cinquantenaire 10, 1000 Bruxelles. Tél. + 32 (0)2 741 73 31. www.artandhistory.museum/fr









