L’exposition « Le Trésor retrouvé du Roi-Soleil » au Grand Palais fait découvrir aux visiteurs l’histoire d’une commande exceptionnelle.
Une commande exceptionnelle
Dans les années 1660, le jeune Louis XIV n’a pas encore élu domicile à Versailles et le palais du Louvre est la résidence officielle de la monarchie française. Jean-Baptiste Colbert (1619-1683) passe alors à la manufacture de la Savonnerie une commande exceptionnelle par son envergure, qui se veut à la hauteur du prestige de la demeure et du rayonnement du jeune monarque. Les chiffres sont vertigineux : entre 1668 et 1688, pas moins de 92 tapis sont tissés pour orner les 442 mètres de long et les 4 000 m² de la Grande Galerie du Louvre, qui relie, en bord de Seine, les Grands appartements à la future salle du Trône.

La manufacture de la Savonnerie
La technique du tapis au point noué1 est introduite en France dès le règne d’Henri IV par Pierre Dupont (1560-1640), alors installé dans les galeries du Louvre. Vers 1625, son ancien apprenti Simon Lourdet (vers 1590-1667) fonde son propre atelier au pied de la colline de Chaillot, dans les bâtiments d’une ancienne savonnerie, qui donne son nom à la nouvelle manufacture. Réputé pour son savoir-faire et placé dès 1663 – comme les Gobelins – sous la direction du Premier peintre du roi, Charles Le Brun (1619-1690), l’atelier de la Savonnerie est chargé de cette commande exceptionnelle pour la Grande Galerie du Louvre. Devant l’ampleur du travail à réaliser, il est rejoint par Dupont en 1671. Colbert entend ainsi soutenir les manufactures françaises et empêcher les importations étrangères, nécessairement très coûteuses, tout en faisant rayonner la gloire du Roi-Soleil.
Pour l’ameublement de la Galerie d’Apollon
Entre 1664 et 1666, l’atelier de la Savonnerie avait déjà fourni treize tapis, dont l’iconographie tournait autour de la figure du dieu éponyme, récemment choisi comme emblème par Louis XIV. L’ensemble était destiné à meubler la Galerie d’Apollon du Louvre, construite pour remplacer la Petite Galerie, victime d’un incendie en 1661. Le style qui caractérisera la commande pour la Grande Galerie s’y déploie déjà : la structure du dessin fait écho à celle de la voûte peinte par Le Brun, rinceaux d’acanthe et motifs allégoriques composent une ode au souverain français.

Une iconographie royale
Si l’ensemble des 92 tapis de la Grande Galerie présente une indéniable unité stylistique, chaque pièce est pourtant unique. Les dessins des différentes compositions, qui évoquent encore une fois les plafonds compartimentés de l’époque, sont donnés par Charles Le Brun, qui supervise ensuite la réalisation des cartons à l’échelle par des artistes de la manufacture des Gobelins. Sur un fond brun profond se déploient d’opulentes acanthes et de nombreux symboles visant à glorifier la figure de Louis XIV et la puissance de son royaume. Les armes de France et de Navarre entourées des colliers de l’ordre de Saint-Michel et de l’ordre du Saint-Esprit, le chiffre du roi, les couronnes, les trompettes de la Renommée, les cornes d’abondance, les allégories des Vertus, des éléments ou des parties du monde, les figures d’Apollon ou d’Hercule contribuent ainsi à célébrer la toute-puissance du Roi-Soleil.
Un destin mouvementé
Ces magnifiques tapis ne seront finalement jamais installés dans la Grande Galerie. Louis XIV décide en effet de s’installer avec la cour à Versailles en 1682, délaissant définitivement le Louvre. Le tissage est malgré tout mené à son terme, mais à partir de la Révolution, ventes, destructions et découpes se multiplient, mettant en péril cet ensemble exceptionnel. Plusieurs dizaines de pièces sont sauvées sous le Premier Empire et la Restauration et cette politique de rachat se poursuit encore aujourd’hui, comme en témoigne l’acquisition d’un fragment par le Mobilier national en 2024. L’institution conserve désormais 41 tapis, dont 33 complets, ainsi que 4 tapis destinés à la galerie d’Apollon qui, tous, ont fait l’objet d’une restauration attentive depuis 2023, afin de leur rendre solidité et splendeur.

1 Les tapis au point noué sont tissés sur des métiers verticaux, dits de haute lice, en nouant le point sur deux fils de chaîne placés en quinconce. Ce sont ces mêmes points qui, une fois coupés, donnent au tapis cet aspect de velours dense.
« Le Trésor retrouvé du Roi-Soleil », du 1er au 8 février 2026, Grand Palais – Nef, entrée Gabrielle Chanel, avenue Winston Churchill, 75008 Paris. Tél. 01 44 13 17 17. www.grandpalais.fr

À lire : Chantal Gastinel Coural, édition établie par Jean-Pierre Samoyault, Les Tapis du pouvoir – La manufacture de la Savonnerie dans la première moitié du XIXᵉ siècle, éditions Faton, 464 p.









