Au tournant du XXe siècle, le musée d’Archéologie de Marseille s’enrichit de magnifiques pièces yéménites datant de la période préislamique : elles sont données, pour les unes, par Maurice et Paul Riès, négociants marseillais installés à Aden, pour les autres par la Compagnie des messageries maritimes.
Café et antiques
Pourtant, les Riès sont spécialisés dans le commerce des « denrées coloniales », notamment le café. Mais, comme d’autres hommes d’affaires établis dans ce port situé entre mer Rouge et mer d’Arabie, ils se passionnent pour la région. Ils acquièrent, via des intermédiaires locaux, de nombreuses antiquités, vestiges de cette civilisation sud arabique, associée au fameux royaume de Saba, et qui s’est en réalité déployée dans de multiples royaumes indépendants entre le VIIIe siècle avant notre ère et le VIe siècle de notre ère.

Des prêts exceptionnels
Partant de 25 pièces reçues en donation voilà un siècle, le musée d’Archéologie de Marseille élargit le propos pour offrir un large panorama de cette brillante culture. À leur côté, il rassemble de manière exceptionnelle une soixantaine d’autres antiques aujourd’hui dispersées entre musée du Louvre, British Museum, musée d’Histoire de Vienne ou encore musée de la Civilisation romaine (à Rome). Éléments d’architecture, statuaire, brûle-parfums de myrrhe et d’encens, plaques en bronze, mobilier voisinent avec des estampages d’inscriptions, des images anciennes (un film tourné par René Clément en 1937) et des photographies récentes des sites archéologiques.

Relations d’hier et d’aujourd’hui
Surtout, l’exposition s’attache à inscrire ces vestiges dans l’histoire des relations entre Marseille et Aden. Car la circulation des objets ne va pas sans celle des hommes : à la trajectoire des négociants français implantés à Aden à la suite de l’ouverture du canal de Suez (1869), répond celle des Yéménites recrutés comme main-d’œuvre sur les bateaux à vapeur qui font la liaison. Un certain nombre d’entre eux s’installe à Marseille… Affiches, tableaux, maquettes de navires, portraits de marins, mémoire orale de la diaspora (recueillie dans un film-enquête auprès des enfants ou petits-enfants) rendent compte de ces relations anciennes et qui perdurent aujourd’hui. Par-delà les siècles, ce passé préislamique du Yémen demeure vivant, comme le montre la dernière partie du parcours : ciment de l’État-nation construit à partir des années 1950, il reste une source d’inspiration forte pour des artistes contemporains qui puisent dans son corpus de formes et d’images où foisonnent bouquetins, huppes et ibex.
« Aden-Marseille. D’un port à l’autre entre Arabie et Méditerranée », jusqu’au 29 mars 2026 au Centre de la Vieille Charité, 2 rue de la Charité, 13002 Marseille. Tél. 04 91 14 58 46. https://vieille-charite-marseille.com









