Les commissaires de l’exposition, Claudio Parisi Presicce et Eugenio La Rocca, se sont attachés à retracer la fortune de ces œuvres grecques arrivées à Rome entre la fondation de la cité et l’époque impériale, à la faveur des contacts commerciaux, de l’hégémonie sur la Méditerranée, des conquêtes militaires ou encore de l’authentique philhellénisme des élites romaines. Cette « hellénomanie » est mise en scène dans les salles de la Villa Caffarelli à travers un parcours qui dévoile une précieuse collection de chefs-d’œuvre conservés à travers le monde entier.

La beauté de la Grèce sur les bords du Tibre
« Les généraux romains, explique Claudio Parisi Presicce, surintendant des biens culturels du Capitole, rapportaient, comme butins de guerre, des pièces pillées dans les sanctuaires et les espaces civiques des cités grecques. Après avoir été exposées dans le cortège triomphal, ces richesses artistiques, symboles de la victoire, étaient placées dans les espaces publics et ont contribué à la reconfiguration du paysage monumental urbain. » La beauté grecque resplendit alors sur les bords du Tibre grâce aux sublimes peintures et statues de Syracuse, conquise et pillée, en 212 avant notre ère, par Marcellus.
Les trésors affluent à Rome
Très vite, d’impressionnants trésors submergent Rome. Pour n’en citer que deux : 1 400 livres d’argent ciselé et 1 500 livres d’or arrivent dans la Ville en 180 avant notre ère grâce au triomphe de L. Cornelius Scipion, vainqueur en Asie ; et 250 chars remplis des trésors de Persée, dernier roi de Macédoine, bibliothèque comprise, défilent dans le cortège triomphal de L. Paulus Aemilius, vainqueur lors de la bataille de Pydna en 168 avant notre ère. L’ampleur du butin est telle que les citoyens romains voient leurs impôts fonciers (tributum) temporairement supprimés. L’une des pièces les plus étonnantes de l’exposition provient du butin des guerres mithridatiques : il s’agit du monumental cratère en bronze dédié au roi Mithridate Eupator, récupéré au fond de la mer à Anzio.
L’hellénisme est à la mode
Vers le milieu de l’époque républicaine, s’ouvre l’ère des collections privées. Des personnages de premier plan tels que Varron, Cicéron et Jules César s’approprient ces œuvres d’art pour décorer leurs résidences. Horace le résume en une formule devenue célèbre, Graecia capta ferum victorem cepit, « la Grèce conquise conquit le farouche vainqueur », et l’hellénisme s’impose dans la formation de tout homme cultivé. Des œuvres conçues pour glorifier les souverains grecs sont désormais symboles du pouvoir romain et acquièrent de nouvelles fonctions.

L’art grec assimilé par les Romains
Le Templum Pacis, grand complexe édifié par Vespasien après sa victoire sur la Judée en 75, né comme symbole de la paix rétablie, devient une sorte de musée de l’art grec au cœur de l’Empire. Cette passion grecque irrigue aussi les productions artistiques romaines. À partir du IIe siècle avant notre ère, de nombreux sculpteurs grecs installent leurs ateliers dans la Ville, se spécialisant notamment dans la création de statues de style classique destinées à ses temples. Les Romains ne se sont pas seulement approprié les œuvres d’art, ils ont assimilé la mémoire des Grecs dont les motifs iconographiques et les mythes ont contribué à façonner en retour leur esthétique et leur identité.
« La Grecia a Roma », jusqu’au 12 avril 2026, aux Musei Capitolini – Villa Caffarelli, Via di Villa Caffarelli, 00186 Rome. www.museicapitolini.org









