« Se fâcher tout rouge », « Dérouler le tapis rouge », « Tirer à boulets rouges »… la couleur rouge a infusé dans bon nombre de nos expressions courantes, souvent liées au registre des émotions, du danger et du paraître.
Une couleur vieille comme le monde
Les premières traces d’usage de la couleur rouge remontent à la Préhistoire. Largement répandues depuis le Paléolithique supérieur (entre 40 000 et 12 000 ans avant notre ère), les matières colorantes rouges se retrouvent dans tous les contextes archéologiques, des sites ornés aux habitats.
Ocre : mode d’emploi
Ces roches ferriques (« ocres »), utilisées sous forme de blocs bruts, de fragments ou de poudres, sont immanquablement associées aux dessins et peintures rupestres où le rouge se taille la part du lion, aux côtés du noir et du jaune. Mais on les retrouve également dans la sphère domestique quotidienne, appliquées sur le corps pour se protéger des rayonnements solaires et des piqûres d’insectes, dans le tannage des peaux (antiseptique), dans la fabrication d’objets en pierre ou en os (abrasion et polissage) ou encore dans la confection de colles.

Parés pour le grand voyage
Un parallèle est souvent fait par les chercheurs entre la couleur rouge de l’ocre et celle du sang, symbole ambivalent associé à la vie comme à la mort. Cela pourrait expliquer sa présence en contexte funéraire : plusieurs tombes paléolithiques et néolithiques ont ainsi révélé des défunts abondamment recouverts de poudre rouge (Dame du Cavillon en Ligurie, Dame de Saint-Germain-la-Rivière en Gironde, sépulture de Menneville…).
Rouge comme Rome
L’attrait pour cette couleur ne fait que grandir durant l’Antiquité. Les gallo-romains se mettent au diapason du colonisateur et introduisent le rouge dans leurs maisons et dans leurs rues, par cuisson (poteries, briques, tuiles, canalisations, pavages…), en revêtement (décors peints, peinture sur objets…), en teinture (vêtements) ou en joaillerie (bijoux, ornements, accessoires vestimentaires…).

Rubis sur l’ongle
Au Moyen Âge, en Occident, il est associé à la richesse et à la puissance. Peintres et enlumineurs utilisent des laques à base de matières tinctoriales telles que la garance, le bois de Brésil, la cochenille et le kermès (un autre parasite du chêne). L’appétence de l’aristocratie pour cette couleur se lit dans son cadre de vie flamboyant : peintures murales, textiles d’ameublement, habits, fleurs et fruits, jeux de table (pièces d’échecs du trésor de Saint-Denis, dé à jouer du château d’Orville…), bijoux ornés de gemmes (grenat, rubis, jaspe) aux vertus soi-disant médicales…
Attention aux pièges
Mais attention cependant à ne pas tout voir en rouge ! Parmi les vestiges archéologiques mis au jour, certains étaient d’une tout autre couleur à l’origine. C’est le cas des silex blonds qui sont restés des milliers d’années sous terre et dont la patine, sous l’effet de migration d’éléments ferreux, est devenue brun-rougeâtre. Les colorations végétales des textiles, statues et statuettes n’ont pas toujours bien résisté à l’épreuve du temps et se sont rapidement dégradées. La recherche archéologique est alors primordiale pour y voir plus clair.
« Rouge ! Archéologie d’une couleur », du 14 mars au 15 novembre 2026 au musée ARCHÉA, archéologie en Pays de France, 56 rue de Paris, 95380 Louvres. Tél. 01 34 09 01 01. archea.roissypaysdefrance.fr
Catalogue de l’exposition
Rouge ! Archéologie d’une couleur
Éditions Faton
144 p., 15 €










