En quoi le titre « Byblos, cité éternelle » est-il emblématique de l’exposition ?
Tania Zaven : Byblos n’est pas un simple site archéologique – c’est là sa force ! C’est une cité vivante, habitée en continu depuis 8 900 ans. Ce petit village de pêcheurs du Néolithique devient un grand port commercial sous le nom de Gubal à l’Âge du bronze, et est aujourd’hui une ville foisonnante. Nous avons d’ailleurs tenu à ce que les habitants actuels, les Giblites, soient présents dans notre propos : des entretiens filmés permettent d’évoquer leurs souvenirs des fouilles réalisées sous l’égide de Maurice Dunand de 1926 à 1975 (année du début de la guerre civile). L’archéologue marche alors dans les pas d’Ernest Renan, qui entreprit les premiers sondages de 1860 à 1861, puis de Pierre Montet, au début des années 1920. Il faut dire que certains d’entre eux ont été aux premières loges : en 1922, l’acropole était encore habitée par 29 maisons, qui ont, peu à peu, fait l’objet d’expropriations.

Ce sacrifice fait par les Giblites n’a pas été consenti pour rien : il a dévoilé le passé glorieux de Byblos et conduit à son inscription sur la Liste du patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1984. À ce titre, les habitants méritaient d’avoir leur place dans le parcours… C’est en ce sens que la cité est « éternelle ». Elle l’est aussi à un second niveau, dans la mesure où elle n’en finit pas de se révéler. En témoignent les découvertes majeures réalisées en 2015, dans le cadre du programme « Byblos et la mer » sous la supervision de la Direction générale des Antiquités du Liban : l’identification du port sud, suivie en 2018 de celle de la nécropole des élites de l’Âge du bronze moyen restée intacte. Depuis 2019, la DGA entreprend la fouille archéologique de cette nécropole en collaboration avec le département des Antiquités orientales du musée du Louvre. Aujourd’hui, nous poursuivons encore les opérations de sauvetage sous la ville récente, où se trouvent les habitations et la nécropole romano-byzantine.

L’Âge du bronze fait figure d’apogée. Quel tableau dresser de la cité à cette période ?
Tania Zaven : Le début du IIIᵉ millénaire constitue un tournant majeur. Entre 3000 et 2800, Byblos devient une cité-État, désormais dirigée par un roi. L’espace de l’acropole, jusque-là dévolu à l’habitation, se dote d’un palais et de temples organisés autour de la source sacrée. Il s’entoure de fortifications et n’est plus accessible que par deux portes, l’une au nord vers le port de pêcheurs, l’autre au sud, vers le port commercial. La ville haute constitue le cœur politique et religieux, alors que les habitations se déplacent plus bas. La cité jouit d’une immense prospérité, qui fait d’elle la plus florissante de toute la côte levantine. La profusion d’objets retrouvés donne un aperçu de ces richesses, que ce soit le mobilier funéraire des deux nécropoles (royale et des élites) ou les offrandes conservées sous les temples. Parmi ces derniers, le temple de Baalat Gubal (aussi désignée comme la « dame de Byblos », dont elle est la déesse tutélaire), et le temple aux Obélisques sont présents dans le parcours : ils ont livré une quantité incroyable d’ex-voto, notamment d’innombrables statuettes en bronze ou d’exceptionnelles haches fenestrées en or, haches d’apparat intactes. Ces offrandes, déposées pour honorer les dieux, étaient ultérieurement stockées dans de grands vases et constituaient d’immenses réserves de métal précieux.

L’exposition fait la part belle aux deux nécropoles de Byblos, celle des rois, découverte en 1922, et celle des élites, mise au jour en 2018.
Élodie Bouffard : Nous avons voulu, grâce à la scénographie, recréer les espaces réduits des puits funéraires de la nécropole des élites, tels que l’équipe de la DGA et du Louvre les a découverts intacts – un cas inédit dans toute la région ! Certains dépôts (offrandes et vaisselles issues des banquets funéraires) ont été volontairement agencés dans la disposition qui était la leur dans ces incroyables hypogées.
« Byblos, cité éternelle», du 24 mars au 23 août 2026 à l’Institut du monde arabe, 1 rue des Fossés Saint‐Bernard, place Mohammed V, 75005 Paris. Tél. 01 40 51 38 38. www.imarabe.org

Entretien à retrouver en intégralité dans :
Archéologia n° 650 (février 2026)
Herculanum, dernières révélations
81 p., 11 €.
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