Le musée des Beaux-Arts rend hommage à ses donateurs
Au musée des Beaux-Arts, une sélection d’œuvres rend hommage à Henri et Suzanne Baderou qui léguèrent 6 000 dessins à l’institution. Elle souligne l’esprit singulier de cette collection éclectique « frôlée par l’Ange du Bizarre » (selon l’expression d’André Chastel reprenant Edgar Allan Poe) qui transparaît dans des compositions insolites comme Les Grenouilles médecins, longtemps attribuée à Jean-Baptiste Corneille.
La scénographie met en valeur des pièces rares dont La Décollation de saint Jean-Baptiste qui a récemment été identifié comme une œuvre de Bernardo Malpizzi. D’autres feuilles sont tout aussi spectaculaires, comme Navire devant un promontoire de Pierre Puget, une aquarelle de Gustave Moreau pour un projet en émail représentant Europe ou encore une Composition abstraite de Nicolas de Staël.

Réinventer le dessin
En contrepoint contemporain, les créations d’Olivier Kosta-Théfaine cherchent à réinventer la pratique du dessin. Réalisés au fer rouge appliqué sur le papier, ses paysages semblent émerger de la feuille roussie dans une lumière vibrante.

De l’art rocaille à l’industrie textile
Ce goût de l’audace stylistique se retrouve dans une troisième exposition au musée des Beaux-Arts, consacrée à la virtuosité des ornemanistes du XVIIIe siècle. Le rapprochement entre de somptueux dessins de Boucher, Meissonnier, Peyrotte ou encore Gillot, et des œuvres virtuoses, notamment en faïence de Rouen, montre comment les motifs graphiques ont donné naissance au style rocaille. Le lien entre dessin et création se poursuit à la Corderie Vallois qui conserve de nombreux modèles utilisés dans l’impression textile. L’alliance entre la rigueur technique et la fantaisie esthétique culmine dans l’extrême précision de ces gouachés aux couleurs éclatantes.

Dessiner face à Flaubert
« Jamais, moi vivant, on ne m’illustrera, parce que la plus belle description littéraire est dévorée par le plus piètre dessin », déclarait Flaubert. Après la mort de l’écrivain, Rochegrosse fut l’un des premiers à tenter de se confronter à la richesse stylistique du maître. À l’âge de 15 ans, il fut reçu à Croisset où il réalisa deux aquarelles montrant la vue sur la Seine depuis la maison et le cabinet de travail de Flaubert. L’exposition présente son interprétation flamboyante de Hérodias, de Salammbô, mais aussi de La Tentation de saint Antoine, dont l’unique exemplaire de l’édition Ferroud de 1907 comprenant ses gouaches originales est montré au public pour la première fois depuis sa récente acquisition.

« Le dessin à l’œuvre », jusqu’au 18 mai 2026 dans les musées de la Métropole Rouen Normandie. L’ensemble de la programmation est à retrouver sur www.musees-rouen-normandie.fr
Catalogue, Silvana Editoriale, 112 p., 12 €.









