Quoi ?
Un coffret carré en laque rouge de belles dimensions (près de 40 cm de large et plus de 30 cm de haut). Ses portes avant, munies de poignées métalliques, peuvent s’ouvrir. Datant de la dernière dynastie impériale, celle des Qing (1644-1911), cet objet de prestige servait à ranger des instruments de calligraphie, comme la pierre à encre utilisée pour moudre le bâton d’encre, indispensable à l’art de l’écriture.

Comment ?
Le laquage est une technique qui requiert patience et savoir-faire, le laqueur devant passer sur son objet (en bois ou en laiton) environ 20 couches de laque – une résine issue de la sève de certains arbres, qui se solidifie en séchant – pour obtenir un millimètre d’épaisseur. Or il en fallait au moins 5 mm, et plus encore (jusqu’à 2 cm) dans le cas de décors complexes. Combinant sculpture en bas et en haut-relief et incision de motifs, celui de ce coffret se révèle exceptionnel par sa finesse et sa qualité. Des mois de travail ont probablement été nécessaires pour le réaliser !
La totalité de la surface est animée de vagues tourbillonnantes habilement creusées, sur lesquelles se détachent des dragons jouant avec une perle. Autour de leurs corps sinueux, des flammes viennent enrichir la composition, tandis que sur le dessus de la boîte, deux dragons en ronde-bosse déploient leur corps reptilien, dont chaque écaille paraît frémissante de vie.

Par qui ?
Ce coffret est l’œuvre d’artisans employés dans les manufactures impériales de Pékin. Raffolant des laques sculptés, notamment les éclatants laques rouges (une couleur obtenue grâce au mélange de la résine avec une pierre broyée en poudre, le cinabre), les empereurs Qing disposaient en effet d’ateliers spécialisés dans leur fabrication. Cet artisanat atteint son apogée sous le règne de Qianlong (1735-1796), souverain érudit et féru d’objets d’art, auquel appartenait cette boîte particulièrement fastueuse.

Pourquoi des dragons ?
Créature puissante et bienfaisante, régnant sur les eaux et les cieux, le dragon est associé en Asie orientale à des présages favorables. Apparu dès le Néolithique, il devient à partir du XIe siècle un emblème réservé à l’empereur, considéré comme le « Fils du ciel » et l’intercesseur de la triade ciel-terre-homme, au même titre que le dragon à cinq griffes. Un édit de l’an 1111 interdit d’ailleurs tout usage de cette figure mythique en dehors des arts officiels ! Le corps mouvant et hybride de l’animal – qui se prêtait avec grâce à tous les supports – ne pouvait onduler que sur les bâtiments, le mobilier, les costumes et les objets impériaux.

Où voir cette œuvre ?
Au musée national de Taipei à Taïwan, où elle est conservée.
Jusqu’au 1er mars 2026, elle constitue l’une des pièces phares de l’exposition « Dragons » au musée du quai Branly – Jacques Chirac, 37 quai Branly, 75007 Paris. Tél. 01 56 61 70 00. www.quaibranly.fr











