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Éditions Faton - Expositions - Histoire de cœurs au musée Dobrée

Histoire de cœurs au musée Dobrée

Cœurs battants, vaillants ou amoureux, sacrés-cœurs et cœurs sacrifiés sont mis à l’honneur au musée Dobrée. Pour la première exposition temporaire depuis sa réouverture en mai 2024, l’institution retrace l’histoire d’un symbole ancré dans notre imaginaire.
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Ex-voto Collection du Diocèse de Nantes
Ex-voto. Collection du Diocèse de Nantes. Photo service de presse. © Diocèse de Nantes / L. Preud'homme

Siège des sentiments ou simple pompe sanguine, le cœur suscite bien des débats et des interrogations dès l’Antiquité. La religion égyptienne en fait le pivot du destin des morts dont le cœur, seul organe à ne pas être retiré lors de l’embaumement, doit surmonter l’épreuve de la pesée sur la balance de Maât pour que le défunt accède à l’au-delà. Platon et Aristote s’opposent quant à savoir ce qui, du cœur ou du cerveau, confère à l’Homme la capacité de penser. Il faut attendre le XIXe siècle et de grandes avancées scientifiques comme la théorisation du système sanguin et l’invention du stéthoscope – par un docteur nantais, faut-il le souligner – pour assigner au muscle le rôle vital qu’on lui connaît.

Joseph Chiappi Cire anatomique représentant un cœur avec un anévrisme sur la crosse et l’artère pulmonaire
Joseph Chiappi, cire anatomique représentant un cœur avec un anévrisme sur la crosse et l’artère pulmonaire, France, 1825. Paris, collections médicales et d’anatomie pathologique de Sorbonne université. Photo service de presse. © Collections médicales et d’anatomie pathologique, Sorbonne Université

Au Moyen Âge

L’image du cœur que chacun se représente, c’est-à-dire cette forme bilobée rouge dont les origines restent nimbées d’incertitudes, apparaît dans la littérature courtoise au XIVe siècle. Sans doute inspiré de la feuille du lierre réputé immortel, le symbole du cœur se multiplie à l’envi dans les enluminures médiévales et illustre le courage et le dévouement du chevalier envers sa dame. Paré des vertus les plus nobles, il accompagne les figurations emblématiques des charités et orne objets d’art et ivoires précieux.

Valve de boîte de miroir l’offrande du cœur
Valve de boîte de miroir : l’offrande du cœur, 1400-1415. Ivoire. Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge. Photo service de presse. © GrandPalaisRmn (musée de Cluny – musée national du Moyen Âge) / René-Gabriel Ojeda

Un symbole de dévotion

La foi s’empare à son tour de ce symbole de la dévotion ardente du fidèle qui offre son cœur au dieu qu’il adore. La statue d’Antoinette de Fontette réalisée autour de 1540 et mise en regard du saisissant Écorché frappe par le réalisme et la délicatesse du geste de l’orante dont le cœur repose dans le creux de ses mains. Avec le développement du culte du Sacré-Cœur au XIXe siècle, le motif se popularise encore davantage pour orner les revers de vestes, les parures de mariages, et perdure encore aujourd’hui plus étonnamment dans le monde du tatouage.

Armand Calliat collier pour la statue du Sacré-Coeur de la basilique Saint-Donatien Saint-Rogatien de Nantes
Armand Calliat, collier pour la statue du Sacré-Coeur de la basilique Saint-Donatien, Saint-Rogatien de Nantes, Lyon, 1906. Collection du Diocèse de Nantes. Photo service de presse. © Diocèse de Nantes / H. Neveu-Dérotrie

Les cardiotaphes

Que devient l’organe lorsqu’il a cessé de battre ? La coutume de le conserver en dehors de la sépulture charnelle, pratique d’abord réservée à la noblesse au Moyen Âge qui s’étend à l’aristocratie à l’époque moderne, mène à la conception de boîtes à cœur au nombre desquelles figure l’exceptionnel cardiotaphe d’Anne de Bretagne. La présence de ce chef-d’œuvre sur l’inventaire du musée Dobrée est d’ailleurs la source d’inspiration de la création de l’exposition. Les vitrines présentent ainsi quelques-uns de ces artefacts surprenants et non moins poétiques.

Cardiotaphe de M. Couscher château-musée de Saumur
Cardiotaphe de M. Couscher, vers 1849. Plomb moulé et ciselé. Saumur, château-musée. Photo service de presse. © H. Neveu-Dérotrie / Château-musée de Saumur

Les appropriations politiques

Le parcours de visite se clôture par l’exploration des appropriations politiques dont le cœur fait l’objet au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Apanage des troupes vendéennes dans les premières années de la Révolution – il occupe encore une place de choix sur le drapeau de la Vendée –, le motif est repris par les soldats de la Convention qui refusent que les royalistes aient le monopole du cœur. Joseph Bara, jeune tambour de 14 ans qui tombe sur le champ de bataille en 1793, est choisi par David d’Angers dont l’œuvre sculptée le représente étendu, serrant sur son cœur la cocarde républicaine.

Épingle guimbarde représentant le cœur vendéen
Épingle guimbarde représentant le cœur vendéen, Vendée, XIXᵉ siècle. Collection du Département de Loire-Atlantique – Musée Dobrée. Photo service de presse. © L. Preud’homme / Musée Dobrée – Département de Loire-Atlantique

Un motif contemporain

Le visiteur découvre également au fil du parcours des œuvres d’art contemporain signées Keith Haring, Annette Messager, Christian Boltanski ou encore Andy Warhol, démontrant la pertinence d’un motif toujours au cœur de la création artistique.

Annette Messager Cœur au repos
Annette Messager, Cœur au repos, France, 2009. Filet. Paris, Collection Antoine de Galbert. Photo service de presse. © Bruno Lopes / Coll. Antoine de Galbert © Adagp, Paris, 2026

« À cœurs ouverts »,  jusqu’au 1er mars 2026 au musée Dobrée, 1 place Jean V, 44000 Nantes.
Tél. 02 42 45 50 50. www.musee-dobree.fr

Catalogue, coédition musée Dobrée / Presses universitaires de Rennes, 184 p., 29 €.

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