Siège des sentiments ou simple pompe sanguine, le cœur suscite bien des débats et des interrogations dès l’Antiquité. La religion égyptienne en fait le pivot du destin des morts dont le cœur, seul organe à ne pas être retiré lors de l’embaumement, doit surmonter l’épreuve de la pesée sur la balance de Maât pour que le défunt accède à l’au-delà. Platon et Aristote s’opposent quant à savoir ce qui, du cœur ou du cerveau, confère à l’Homme la capacité de penser. Il faut attendre le XIXe siècle et de grandes avancées scientifiques comme la théorisation du système sanguin et l’invention du stéthoscope – par un docteur nantais, faut-il le souligner – pour assigner au muscle le rôle vital qu’on lui connaît.

Au Moyen Âge
L’image du cœur que chacun se représente, c’est-à-dire cette forme bilobée rouge dont les origines restent nimbées d’incertitudes, apparaît dans la littérature courtoise au XIVe siècle. Sans doute inspiré de la feuille du lierre réputé immortel, le symbole du cœur se multiplie à l’envi dans les enluminures médiévales et illustre le courage et le dévouement du chevalier envers sa dame. Paré des vertus les plus nobles, il accompagne les figurations emblématiques des charités et orne objets d’art et ivoires précieux.

Un symbole de dévotion
La foi s’empare à son tour de ce symbole de la dévotion ardente du fidèle qui offre son cœur au dieu qu’il adore. La statue d’Antoinette de Fontette réalisée autour de 1540 et mise en regard du saisissant Écorché frappe par le réalisme et la délicatesse du geste de l’orante dont le cœur repose dans le creux de ses mains. Avec le développement du culte du Sacré-Cœur au XIXe siècle, le motif se popularise encore davantage pour orner les revers de vestes, les parures de mariages, et perdure encore aujourd’hui plus étonnamment dans le monde du tatouage.

Les cardiotaphes
Que devient l’organe lorsqu’il a cessé de battre ? La coutume de le conserver en dehors de la sépulture charnelle, pratique d’abord réservée à la noblesse au Moyen Âge qui s’étend à l’aristocratie à l’époque moderne, mène à la conception de boîtes à cœur au nombre desquelles figure l’exceptionnel cardiotaphe d’Anne de Bretagne. La présence de ce chef-d’œuvre sur l’inventaire du musée Dobrée est d’ailleurs la source d’inspiration de la création de l’exposition. Les vitrines présentent ainsi quelques-uns de ces artefacts surprenants et non moins poétiques.

Les appropriations politiques
Le parcours de visite se clôture par l’exploration des appropriations politiques dont le cœur fait l’objet au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Apanage des troupes vendéennes dans les premières années de la Révolution – il occupe encore une place de choix sur le drapeau de la Vendée –, le motif est repris par les soldats de la Convention qui refusent que les royalistes aient le monopole du cœur. Joseph Bara, jeune tambour de 14 ans qui tombe sur le champ de bataille en 1793, est choisi par David d’Angers dont l’œuvre sculptée le représente étendu, serrant sur son cœur la cocarde républicaine.

Un motif contemporain
Le visiteur découvre également au fil du parcours des œuvres d’art contemporain signées Keith Haring, Annette Messager, Christian Boltanski ou encore Andy Warhol, démontrant la pertinence d’un motif toujours au cœur de la création artistique.

« À cœurs ouverts », jusqu’au 1er mars 2026 au musée Dobrée, 1 place Jean V, 44000 Nantes.
Tél. 02 42 45 50 50. www.musee-dobree.fr
Catalogue, coédition musée Dobrée / Presses universitaires de Rennes, 184 p., 29 €.










