Deux témoins d’un monument disparu
Laurence Lenne, de la galerie Art et Patrimoine, met cette année à l’honneur un grand architecte et sculpteur flamand : Cornelis Floris II de Vriendt (1513-1575), auteur de l’hôtel de ville d’Anvers et d’importants jubés, tombeaux et mausolées. Les deux putti atlantes présentés à la BRAFA peuvent être rapprochés de deux sculptures similaires conservées dans les collections du musée M, à Louvain, elles aussi en albâtre et de mêmes dimensions. L’une d’elles provient de la tour du Saint-Sacrement de l’église du couvent des Célestins à Heverlée-lez-Louvain. Les putti montrés à Bruxelles proviennent probablement de la même église, en tout cas d’un monument similaire. En 1796, l’église des Célestins fut mise à sac et la tour, les tombeaux et les sculptures, brisés. Les traces d’anciennes fractures finement restaurées que présentent les deux putti tendent à confirmer leur origine. L. C.

La philosophie selon Michaelina Wautier
La grande dame du baroque flamand retrouve peu à peu la lumière. Huit ans après l’exposition qui, en 2018 à Anvers, l’avait fait sortir de l’ombre, et alors que le Kunsthistorisches de Vienne lui consacre une ambitieuse rétrospective, Michaelina Wautier (vers 1614-1689) est à l’honneur sur le stand de la galerie Colnaghi. Comptez un montant à six chiffres pour vous offrir ce Diogène lisant exécuté par l’une des artistes femmes les plus recherchées du moment, dont une dizaine de toiles ont fait irruption sur le marché des enchères durant la dernière décennie. O. P.-M.

Entrons dans la danse à la Laiterie de Rambouillet
Ce relief ovale est un bozzetto (premier modèle sommaire d’une sculpture) préparatoire à la réalisation du merveilleux décor de la Laiterie de Rambouillet commandé par Louis XVI à Pierre Julien (1731-1804). Il met en scène de jeunes danseurs que l’on retrouve intégrés à l’un des deux reliefs rectangulaires en marbre – Apollon gardant les troupeaux d’Admète en face de Jupiter enfant chez les Corybantes – qui ornent la salle de fraîcheur de ce petit temple antique offert à Marie-Antoinette en 1787. S. D.-G.

Le couperet est tombé
Une pièce étonnante trône au milieu du cabinet de curiosité déployé par la galerie Finch & Co. Il s’agit d’une grande maquette de guillotine, parfaitement fonctionnelle, sculptée dans de l’os par un prisonnier au temps des guerres napoléoniennes. Il n’était alors pas rare que les détenus incarcérés en Grande-Bretagne choisissent de compléter leur maigre ration grâce à la vente d’objets minutieusement sculptés dans les reliefs de leur ragoût de mouton ou de bœuf. La victime du « grand rasoir national » ici représentée est illustre : il s’agit de Marie-Antoinette. Détail macabre : la tête fraîchement décapitée de la dernière reine de France a été représentée après avoir roulé dans son panier ! O. P.-M.

Les Yipwon attaquent
Dépaysement assuré sur le stand de la galerie Flak, spécialisée dans les arts d’Afrique, d’Océanie et d’Amérique du Nord. Après une escale au Nigéria lors de l’édition de 2025, nous voici embarqués en Papouasie Nouvelle-Guinée à la suite de ces figures rituelles Yipwon. Selon un mythe fondateur du Korewori (rivière affluent du fleuve Sepik), les Yipwon sont les enfants du Soleil conçus à partir de copeaux de bois tombés lors de la sculpture du premier tambour. Avant le départ au combat, ces statues de grande taille, dont l’esthétique audacieuse et moderne fascina les artistes occidentaux lors de leur découverte au XXe siècle, étaient invoquées pour assurer le succès de l’expédition guerrière. S. D.-G.

Quand James Ensor prêche la bonne parole
Vendue dès l’ouverture de la foire, cette œuvre de James Ensor (1860-1949) n’avait pas été exposée depuis 1949. De quoi aiguiser les appétits des amateurs de cet artiste majeur de la fin du XIXe et du début du XXe siècle. Réalisé en 1892, ce grand dessin met en scène Babylas, évêque d’Antioche et martyr sous l’empereur Dèce, enseignant ses ouailles du haut de sa chaire. Nous retrouvons ici la vision théâtrale et burlesque caractéristique du langage ensorien : loin d’une approche spirituelle traditionnelle, il détourne l’iconographie sacrée pour en faire un espace de satire et de critique de la société, dénonçant l’hypocrisie morale et le conformisme. S. D.-G.

Un panneau qui coule de source
Impossible de manquer sur le stand de la galerie Alexis Pentcheff cet imposant panneau en marqueterie mêlant plus d’une quinzaine d’essences précieuses incrustées de nacre qui avait déjà fait sensation en septembre dernier sous la verrière du Grand Palais à l’occasion de l’édition 2025 de FAB Paris. Conçu pour servir de plateau à une somptueuse table jamais exécutée, il témoigne de la collaboration entre Louis Majorelle (1859-1926) et le jeune dessinateur Jacques Gruber (1870-1936). Éminemment symboliste, la composition met en scène La Source, une nymphe monumentale à la chevelure ruisselante entourée d’iris, de nénuphars et de poissons stylisés. O. P.-M.

Gloire à Serrurier-Bovy
Pour sa première participation au salon, la galerie bruxelloise Haesaerts-le Grelle met à l’honneur le travail de l’architecte et décorateur Gustave Serrurier-Bovy (1858-1910), l’une des figures emblématiques de l’Art nouveau en Belgique. Présent en France dans les collections du musée d’Orsay et du MUDO de Beauvais, son art est ici mis en lumière à travers une belle réunion de pièces soulignant la rigueur « architecturale » de son vocabulaire : une armoire à linge « Silex », (vers 1905) provenant de la Villa de l’Aube, demeure personnelle du créateur à Liège, un banc-bibliothèque présenté à l’occasion de la deuxième édition de la Libre Esthétique, en 1895, dont le musée d’Orsay conserve également un exemplaire, ou encore une horloge de parquet en chêne, laiton et faïence bleue (vers 1906). Le travail de Serrurier-Bovy est également distingué plus loin sur le stand de Thomas Deprez Fine Arts, qui offre une place de choix à un monumental porte-manteaux avec banc à chaussures, exécuté vers 1899. Prix demandé : 28 000 €. O. P.-M.
www.haesaerts-legrelle.com et www.thomasdeprezfinearts.com

« J’ai perdu mon Eurydice »
Le mythe d’Orphée et d’Eurydice, célébrissime illustration de la force de l’amour et de la douleur de la perte, a inspiré nombre d’artistes, peintres, musiciens et écrivains. Ernest Faut (1879-1961), dessinateur, peintre et lithographe belge, représente ici le moment où Orphée, descendu aux Enfers réclamer la vie de son aimée à Hadès, la guide au son de sa lyre vers la lumière du jour. Imprégné par l’idéalisme ésotérique d’un autre peintre belge, Jean Delville (1867-1953), Faut dessine d’élégantes et androgynes figures néo-grecques à la ligne serpentine, oscillant entre pureté et sensualité. Outre ce dessin présenté par Alexis Bordes, l’artiste a réalisé trois autres grandes feuilles illustrant ce récit épique. S. D.-G.

Victor Vasarely fait le zèbre
La Manufacture royale de tapisseries De Wit, fondée en 1889 en Belgique, s’est bâtie une réputation mondiale en matière d’acquisition, de vente, de préservation et de conservation de tapisseries pour les musées et les particuliers. Les Zèbres de Victor Vasarely (1906-1997) et leur puissante illusion de mouvement et de profondeur attirent immanquablement l’œil du visiteur qui n’aura pas manqué de remarquer un point rouge orner son cartel dès le vernissage du salon. La tapisserie, tissée par le prestigieux atelier Pinton, illustre non seulement les principes fondamentaux de l’artiste en matière de perception optique, mais reflète également sa volonté de rendre l’art accessible à un public plus large en transposant ses créations dans un médium plus traditionnel. S. D.-G.










