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Éditions Faton - Expositions - La pluie comme étendard de la modernité : cinq œuvres à découvrir sans parapluie dans l’exposition du musée d’arts de Nantes

La pluie comme étendard de la modernité : cinq œuvres à découvrir sans parapluie dans l’exposition du musée d’arts de Nantes

« Il pleut sur Nantes, donne-moi la main. Le ciel de Nantes rend mon cœur chagrin. » Comme dans la célèbre chanson de Barbara, la pluie s’invite dans la cité des ducs de Bretagne pour ruisseler sur les cimaises du musée. Mêlant peintures, photographies, estampes et extraits cinématographiques, l’exposition « Sous la pluie. Peindre, vivre et rêver » entend montrer comment, dès la fin du XVIIIe siècle, l’averse s’impose comme un motif à part entière. Bien plus qu’une toile de fond, elle devient pour les artistes un véritable laboratoire de lumière où s’invente une modernité qui fait du parapluie son étendard. Florilège en cinq œuvres à admirer bien au sec.
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James Tissot On the Thames
James Tissot (1836-1902), On the Thames (How Happy I Could Be With Either), 1876. Huile sur toile, 74,8 x 118 cm. Wakefield Council Permanent Art Collection (The Hepworth Wakefield). Photo service de presse. © DR

La tornade Courbet

Gustave Courbet (1819-1877) découvre à l’occasion de ses séjours en Normandie les puissants effets atmosphériques et lumineux de la météorologie des bords de mer. Il représente ici une trombe marine, un phénomène apparenté à la tornade mais au-dessus de l’eau. L’air saturé d’humidité devient ici matière, les vagues compactes qui s’abattent sur la mer opacifient l’horizon et des éclaircies dans le ciel illuminent la scène par endroits. Travaillée au couteau en couche épaisse, l’écume blanche au premier plan témoigne de la nouvelle manière de peindre de Courbet qui choque alors ses contemporains.

Marine (La Trombe) de Gustave Courbet
Gustave Courbet (1819-1877), Marine (La Trombe), 1866. Huile sur toile marouflée sur carton, 43,2 x 65,7 cm. Philadelphie, Philadelphia Art Museum. Photo service de presse. © Philadelphia Art Museum

Pissarro saute dans les flaques

Installé à Pontoise depuis 1872, Camille Pissarro (1830-1903) peint ici les bords de l’Oise après une averse. Le ciel encore lourd de nuages se reflète dans les flaques d’eau où se mêle une déclinaison de tons verts et terreux. La pluie, parce qu’elle accentue et révèle les effets lumineux après son passage, est un sujet que l’artiste a tout particulièrement recherché. Ce panorama où l’horizontalité domine est interrompu par une série de verticales : quelques silhouettes humaines, un lampadaire et la cheminée fumante de l’usine de distillerie de Chalon, premier témoignage du développement industriel de la ville.

Camille Pissarro Après la pluie, quai du Pothuis à Pontoise
Camille Pissarro (1830-1903), Après la pluie, quai du Pothuis à Pontoise, 1876. Huile sur toile, 46 x 55 cm. Manchester, The Whitworth, The University of Manchester. Photo service de presse. © Whitworth Art Gallery / Bridgeman Images

Les parapluies de Caillebotte

Cette esquisse est préparatoire au grand tableau de l’artiste conservé à l’Art Institute of Chicago, que l’on pouvait admirer, en 2024, dans l’exposition que le musée d’Orsay consacrait à l’artiste. Moqué pour l’absence de pluie dans la scène malgré son titre lors de sa présentation à la troisième exposition impressionniste en avril 1877, il est aujourd’hui l’une des œuvres les plus connues de Gustave Caillebotte (1848-1894). Dans cette version plus libre et moins lisse mais tout aussi savante, nous retrouvons le jeu complexe des lignes de fuite divergentes accentué par l’architecture et rythmé par les reflets sur les pavés et la toile lustrée des parapluies.

Gustave Caillebotte ue de Paris. Temps de pluie
Gustave Caillebotte (1848-1894), Rue de Paris. Temps de pluie, 1877. Huile sur toile, 54 x 65 cm. Paris, musée Marmottan Monet. Photo service de presse. © Musée Marmottan Monet / Studio Christian Baraja SLB

Krohg met la classe ouvrière à l’abri des intempéries

Récemment mis à l’honneur au musée d’Orsay, le peintre norvégien Christian Krohg (1852-1925), notamment inspiré par Caillebotte, a multiplié les portraits et les scènes de genre aux cadrages audacieux, plaçant ses personnages dans des postures originales et dynamiques, comme dans cette composition réalisée à Grez, dans l’Oise. Dans une ruelle à la perspective resserrée, un homme de dos, portant la blouse de toile bleu indigo typique des ouvriers français de cette époque, ouvre son parapluie. L’usage de ce nouvel accessoire se démocratise au sein des classes populaires que Krohg dépeint avec intensité et une profonde empathie tout au long de sa carrière.

Rue de village à Grez de Christian Krohg
Christian Krohg (1852-1925), Rue de village à Grez, 1882. Huile sur toile, 102 x 70 cm. Bergen, Kode Art Museum. © Faton.fr / OPM

Cappiello en haut de l’affiche

Peintre italien installé en France à partir de 1898, Leonetto Cappiello (1875-1942) est surtout connu pour ses affiches – plus de 2000 – qu’il crée entre 1899 et 1940. Ce projet de publicité pour les parapluies Revel, caractéristique de son style dépouillé et malicieux privilégiant les vifs contrastes colorés, échappe à toute interprétation commerciale en l’absence de texte. Le parapluie devient ici, par-delà sa fonction utilitaire et par le jeu de perspectives audacieuses et de fantaisies formelles, un motif à part entière.

Leonetto Cappiello Les parapluies Revel
Leonetto Cappiello (1875-1942), Les parapluies Revel, maquette de reproduction, 1922. Pierre noire ou fusain et gouache sur papier vélin, 15,5 x 199,5 cm. Lyon, musée des Beaux-Arts. Photo service de presse. © Lyon MBA – Photo Martial Couderette

« Sous la pluie. Peindre, vivre et rêver », jusqu’au 1er mars 2026 au musée d’arts de Nantes, 10 rue Georges Clemenceau, 44000 Nantes. www.museedartsdenantes.fr

L’exposition sera ensuite présentée au musée des Beaux-Arts de Rouen entre le 11 avril et le 20 septembre 2026.

Catalogue, Octopus, 304 p., 30 €.

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