La tornade Courbet
Gustave Courbet (1819-1877) découvre à l’occasion de ses séjours en Normandie les puissants effets atmosphériques et lumineux de la météorologie des bords de mer. Il représente ici une trombe marine, un phénomène apparenté à la tornade mais au-dessus de l’eau. L’air saturé d’humidité devient ici matière, les vagues compactes qui s’abattent sur la mer opacifient l’horizon et des éclaircies dans le ciel illuminent la scène par endroits. Travaillée au couteau en couche épaisse, l’écume blanche au premier plan témoigne de la nouvelle manière de peindre de Courbet qui choque alors ses contemporains.

Pissarro saute dans les flaques
Installé à Pontoise depuis 1872, Camille Pissarro (1830-1903) peint ici les bords de l’Oise après une averse. Le ciel encore lourd de nuages se reflète dans les flaques d’eau où se mêle une déclinaison de tons verts et terreux. La pluie, parce qu’elle accentue et révèle les effets lumineux après son passage, est un sujet que l’artiste a tout particulièrement recherché. Ce panorama où l’horizontalité domine est interrompu par une série de verticales : quelques silhouettes humaines, un lampadaire et la cheminée fumante de l’usine de distillerie de Chalon, premier témoignage du développement industriel de la ville.

Les parapluies de Caillebotte
Cette esquisse est préparatoire au grand tableau de l’artiste conservé à l’Art Institute of Chicago, que l’on pouvait admirer, en 2024, dans l’exposition que le musée d’Orsay consacrait à l’artiste. Moqué pour l’absence de pluie dans la scène malgré son titre lors de sa présentation à la troisième exposition impressionniste en avril 1877, il est aujourd’hui l’une des œuvres les plus connues de Gustave Caillebotte (1848-1894). Dans cette version plus libre et moins lisse mais tout aussi savante, nous retrouvons le jeu complexe des lignes de fuite divergentes accentué par l’architecture et rythmé par les reflets sur les pavés et la toile lustrée des parapluies.

Krohg met la classe ouvrière à l’abri des intempéries
Récemment mis à l’honneur au musée d’Orsay, le peintre norvégien Christian Krohg (1852-1925), notamment inspiré par Caillebotte, a multiplié les portraits et les scènes de genre aux cadrages audacieux, plaçant ses personnages dans des postures originales et dynamiques, comme dans cette composition réalisée à Grez, dans l’Oise. Dans une ruelle à la perspective resserrée, un homme de dos, portant la blouse de toile bleu indigo typique des ouvriers français de cette époque, ouvre son parapluie. L’usage de ce nouvel accessoire se démocratise au sein des classes populaires que Krohg dépeint avec intensité et une profonde empathie tout au long de sa carrière.

Cappiello en haut de l’affiche
Peintre italien installé en France à partir de 1898, Leonetto Cappiello (1875-1942) est surtout connu pour ses affiches – plus de 2000 – qu’il crée entre 1899 et 1940. Ce projet de publicité pour les parapluies Revel, caractéristique de son style dépouillé et malicieux privilégiant les vifs contrastes colorés, échappe à toute interprétation commerciale en l’absence de texte. Le parapluie devient ici, par-delà sa fonction utilitaire et par le jeu de perspectives audacieuses et de fantaisies formelles, un motif à part entière.

« Sous la pluie. Peindre, vivre et rêver », jusqu’au 1er mars 2026 au musée d’arts de Nantes, 10 rue Georges Clemenceau, 44000 Nantes. www.museedartsdenantes.fr
L’exposition sera ensuite présentée au musée des Beaux-Arts de Rouen entre le 11 avril et le 20 septembre 2026.
Catalogue, Octopus, 304 p., 30 €.









