Étudié depuis plus de deux siècles, le site gallo-romain intrigue les érudits dès 1804 – comme le souligne le buste du préfet Ladoucette qui accueille le visiteur de l’exposition.
Mons Seleucus : un site fouillé depuis le XIXe siècle
Si ces trouvailles du XIXe siècle constituent le fonds archéologique du premier musée de Gap, une partie est malheureusement dispersée. La directrice de l’institution, Agathe Frochot, nous explique ainsi que l’équipe du musée a entrepris, non sans difficulté et pour cet événement, de réunir ces vestiges – tel ce vase, prêté par Lugdunum–Musée et théâtres romains de Lyon, en bronze rehaussé de petits amours d’argent montant aux vignes.
Offices secrets
Didactique, l’exposition permet de comprendre que le secteur n’a dévoilé qu’une partie (un dixième sans doute) de sa superficie. Connu par la bataille de 353 opposant l’empereur Constance II à l’usurpateur Magnence, ce « relais routier », tel qu’il est mentionné par les sources, se révèle être une véritable ville et un lieu sacré. Au fil des recherches, de petits fana du Ier siècle avant notre ère, de culture très celtique, ont été dévoilés : l’office secret devait se dérouler à l’intérieur de ces temples carrés tandis que tout autour tournaient les fidèles.
« Ce “relais routier”, tel qu’il est mentionné par les sources, se révèle être une véritable ville et un lieu sacré. »
Vin et huile d’olive
Les dernières opérations menées par l’Inrap, en 2021, ont, elles, mis au jour un grand sanctuaire de dix pièces, actif de 180 à 353. Cette découverte s’est accompagnée d’un autre « trésor » avec des vases de dépôt rituels clos révélant leur riche contenu : monnaie, vin, huile d’olive, encens du Yémen (« un voyage de 6 000 km », s’enthousiasme l’archéologue Lucas Martin, responsable des fouilles). La fin de l’Antiquité se perçoit au travers des dieux et du syncrétisme propre à cette époque qui voit l’émergence de divinités orientales, au premier rang desquelles Isis et Mithra. Mais après la bataille de 353 (perceptible par une soixantaine de monnaies, frappées entre 341-348, retrouvées sous l’effondrement des murs, et deux plumbatae, des armes de jet inventées au IIIe siècle), le sanctuaire décline.

Respirer l’Antiquité
Un bâtiment domestique l’occupe jusque vers 410, époque de troubles politiques qui voit les habitants se replier vers des sites fortifiés. Si un florilège d’objets raffinés souligne la virtuosité des artisans antiques, ce sont peut-être les témoignages du quotidien, tel ce canif pliable comme un laguiole, ou cette série d’amusantes amulettes phalliques, qui nous émeuvent davantage. Les fouilles menées depuis plus de deux siècles le rappellent : ici le village tout entier respire cette lointaine Antiquité.
« Mons Seleucus, carrefour divin. Deux siècles de fouilles gallo-romaines au cœur des Alpes du sud », jusqu’au 23 août 2026 au Musée muséum départemental des Hautes-Alpes, 6 avenue du Maréchal-Foch, 05000 Gap. Tél. 04 86 15 30 70. https://museum.hautes-alpes.fr









