Éditions Faton - Expositions - 1 expo en 3 œuvres | À Dijon, une passionnante enquête éclaire la carrière du sculpteur Jean Dampt
1 expo en 3 œuvres | À Dijon, une passionnante enquête éclaire la carrière du sculpteur Jean Dampt
Il a fallu à Naïs Lefrançois, conservatrice au musée des Beaux-Arts de Dijon, « trois ans de préparation et une véritable enquête » pour élaborer l’exposition consacrée au sculpteur Jean Dampt (1854-1945). Célèbre de son vivant, l'artiste bourguignon, qui fit carrière à Paris, est tombé après sa mort dans un relatif oubli. Le rassemblement inédit de 160 œuvres et archives, dont beaucoup exposées pour la première fois, l’en sort, à n’en pas douter, définitivement.
Présent dans quelques collections publiques grâce à des achats de l’État ou à des dons – l’artiste offrit vingt-quatre œuvres au musée des Beaux-Arts de Dijon –, Jean Dampt n’avait jamais été étudié. Sans doute son absence de modernité formelle, son attrait pour les sujets médiévaux et ses nombreux portraits d’enfants, sans compter ses monuments aux morts, l’ont-ils relégué dans ce purgatoire. Il y a pourtant beaucoup à admirer chez cet artiste, comme le montre cette toute première monographie. « L’un de mes souhaits est qu’elle fasse resurgir d’autres œuvres disparues, que nous connaissons par des archives ou des photos », espère Naïs Lefrançois. Ses recherches permettent d’illustrer les multiples facettes de la carrière de Dampt.
Esprit symboliste
Si ses portraits d’enfants, d’amis peintres et de personnalités du monde culturel sont ancrés dans la réalité, l’imaginaire est l’une des plus fertiles sources d’inspiration de Dampt. Séduit par l’ésotérisme et la pensée de Joséphin Péladan, il donna naissance, à la fin des années 1880, à des œuvres symbolistes, dont le sens et le mystère échappèrent parfois au public de l’époque. La Fin du rêve illustre cette période à travers la figure d’une jeune fille dont le rêve amoureux, symbolisé par la chimère prenant son envol et le petit Cupidon, est déçu. La puissance évocatrice de l’image est renforcée par l’usage de deux matériaux : le marbre pour la jeune fille, qui incarne le réel ; le bronze doré pour la chimère, figurant l’imaginaire.
Le chef-d’œuvre incontesté de l’artiste fut, en 1894, La Fée Mélusine et le chevalier Raymondin. En 1883, Jean Lorrain publia une version du conte qui fut sans doute la source de Dampt. Sa petite sculpture plut tant à l’écrivain qu’il fit éditer une nouvelle version de l’histoire, dédicacée au sculpteur et illustrée d’une planche inspirée de l’œuvre. Cette statuette en ivoire, acier damasquiné et fils d’or constitue un summum de finesse et de préciosité. Elle montre là où réside l’inventivité de Dampt : dans le travail de la matière, dans son intérêt pour des matériaux divers, voire novateurs – tels la pâte à modeler –, qu’il travaillait seuls ou en assemblage, et dans sa revendication d’un travail artisanal.
La scénographie de l’exposition du musée des Beaux-Arts de Dijon fait la part belle aux photographies montrant l’atelier de Dampt à Paris, rue Campagne-Première. Les critiques d’art et les photographes, dont les Anglais Stephen Haweis et Henry Coles, qui immortalisèrent aussi celui de Rodin, y étaient les bienvenus. Ces clichés sont une importante source d’information non seulement sur la façon de travailler de l’artiste, que l’on voit à l’œuvre, mais aussi sur des sculptures dont on ignore aujourd’hui la localisation, dont plusieurs œuvres en ivoire et en bois, qu’elles permettront peut-être de retrouver.
Jean Dampt fut l’un des fondateurs de la Société des arts précieux, aux côtés de Jean-Léon Gérôme, et du groupe l’Art dans tout, dont l’ambition était de rénover les arts décoratifs. Il conçut des boiseries pour la demeure de sa principale mécène, la comtesse de Béarn, des bijoux et médailles, un lustre révélant son intérêt pour l’électricité, des objets en grès… et du mobilier. Le Lit des Heures (1896), sa plus célèbre création dans ce domaine, marie inspiration médiévale pour la forme et thèmes symbolistes pour l’ornementation : allégories des heures (sur une frise aujourd’hui disparue), figure de Morphée, ange du sommeil et personnifications du silence s’y côtoient. N’ayant pas trouvé preneur, Dampt conserva chez lui ce lit remarquable, mais peu accordé au goût de son époque.
Jean Dampt (1854-1945), Lit des Heures, 1896. Noyer, alisier, chêne, érable, amarante, prunier et mirabellier. Dijon, musée des Beaux-Arts. Chiffonnier, vers 1895. Chêne sculpté, teinté, ciré, noyer et peuplier, fer forgé et métal ciselé. Paris, musée d’Orsay. Photo L. Caillaud
« Jean Dampt. Tailleur d’images » jusqu’au 9 mars 2026 au musée des Beaux-Arts de Dijon, place de la Sainte-Chapelle, 21000 Dijon. www.musees.dijon.fr
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