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Éditions Faton - Peinture - Un Caillebotte « singulier et magistral » classé « Trésor national »

Un Caillebotte « singulier et magistral » classé « Trésor national »

Un an après la fermeture de l’exposition, plébiscitée par le public, que le musée d’Orsay lui a consacrée, Gustave Caillebotte demeure dans l’actualité. Alors que son Portrait de l’artiste au chevalet vient d'entrer dans les collections publiques, une toile de 1880, Boulevard vu d'en haut, vient d’être classée « Trésor national ». L’État parviendra-t-il à s’en porter acquéreur dans les prochains mois ?
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Gustave Caillebotte Boulevard vu d'en haut Détail
Gustave Caillebotte (1848-1894), Boulevard vu d’en haut (détail), 1880. Huile sur toile, 65 x 54 cm. Collection particulière. © DR

Saisie au sujet de l’éventuelle exportation du Boulevard vu d’en haut, que le public a pu découvrir au musée d’Orsay dans l’exposition « Gustave Caillebotte. Peindre les hommes », la Commission consultative des trésors nationaux a rendu son avis, publié au Journal officiel du 25 février 2026 : « ce bien présente un intérêt majeur pour le patrimoine national du point de vue de l’histoire et de l’art et doit être considéré comme un trésor national », en conséquence de quoi elle émet « un avis favorable au refus du certificat d’exportation demandé ».

Paris magnifié par Caillebotte

La capitale constitue l’un des sujets majeurs des peintures de Caillebotte, qui représente sa transformation radicale au temps du baron Haussmann. Depuis son appartement de la rue de Miromesnil, puis de celui du boulevard Haussmann, ou depuis la rue, au milieu des passants, Caillebotte observe le nouveau visage de la ville. Les cadrages et points de vue n’ont rien de conventionnel : la vie moderne est peinte d’une manière qui l’est tout autant, avec audace.

« Boulevard vu d’en haut […] est bien l’une des images les plus surprenantes qui soient, précédant d’un demi-siècle des photographies telles que Depuis la tour de radio de Berlin. Vue aérienne (1928) de Laszlo Moholy-Nagy. L’absence de tout caractère anecdotique, l’épure de ses compositions, des figures mêmes, parfois réduites à l’essentiel, font peut-être de sa peinture l’avatar impressionniste qui correspond le plus à notre modernité. »
Brice Ameille dans Dossiers de l’Art

Un regard moderne et singulier

Le Boulevard vu d’en haut, classé « Trésor national », témoigne de cette vision de la ville. Peint en 1880, il montre le point de vue qu’avait Caillebotte depuis son nouvel appartement, situé au 3e étage d’un immeuble du boulevard Haussmann. Cet emplacement permet à l’artiste de brosser en plongée une petite portion de l’artère : un arbre, un banc, quelques passants, un cheval patientant le long du trottoir. La ville se modernise, de nouveaux éléments apparaissent dans la rue, mais l’automobile n’a pas encore pris le dessus.

Gustave Caillebotte Boulevard vu d'en haut
Gustave Caillebotte (1848-1894), Boulevard vu d’en haut, 1880. Huile sur toile, 65 x 54 cm. Collection particulière. © DR

Une « composition magistrale »

Afin de motiver son refus du certificat d’exportation demandé, la Commission consultative des trésors nationaux a rappelé que le Boulevard vu d’en haut est « une des œuvres les plus inventives et singulières » de Caillebotte, louant une « composition magistrale, qui organise un contraste entre l’aspect minéral de la rue et la présence du vivant » et « fait partie d’une petite série de trois rares vues d’en haut peintes en 1880, avec Vue prise à travers un balcon et Un refuge, boulevard Haussmann ».

Gustave Caillebotte Un refuge boulevard Haussmann
Gustave Caillebotte (1848-1894), Un refuge, boulevard Haussmann, 1880. Huile sur toile, 81 x 101 cm. Collection particulière. © DR

Un précédent : la Partie de bateau

L’État a désormais 30 mois, délai prévu par la procédure de classement comme « Trésor national », pour réunir les fonds nécessaires à son acquisition – à défaut, il devra laisser l’œuvre partir. Le mécénat sera-t-il de nouveau la solution ? En 2020, un autre tableau de Caillebotte avait été classé « Trésor national » : la Partie de bateau. Acquis pour 43 millions d’euros grâce au mécénat du groupe LVMH, il est aujourd’hui l’un des chefs-d’œuvre de la galerie impressionniste du musée d’Orsay. La souscription publique a elle aussi fait ses preuves, comme pour l’acquisition par le musée du Louvre du Panier de fraises de Chardin. De quoi espérer voir le Boulevard vu d’en haut rejoindre les cimaises d’Orsay, aux côtés du fraîchement arrivé Portrait de l’artiste au chevalet. Un cheval de bataille pour Annick Lemoine, nouvellement nommée présidente du musée, le 25 février dernier ?

À lire : Dossiers de l’Art n° 321, « Gustave Caillebotte. Exposition à Orsay », 80 p., 11 €.

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