Plusieurs autoportraits ponctuent la carrière de Gustave Caillebotte (1848-1894). L’un des plus célèbres, Portrait de l’artiste, exécuté à la fin de sa courte vie et acheté par l’État en 1971, figure dans les collections du musée d’Orsay depuis son ouverture en 1986. Le Portrait de l’artiste au chevalet qui vient d’être acquis par dation – un dispositif fiscal permettant de payer des frais de succession ou d’autres impôts en « biens culturels de haute valeur artistique ou historique » – le rejoindra bientôt sur les cimaises. Dès le mois de février, les visiteurs pourront l’admirer dans une salle réunissant les acquisitions récentes du musée, à l’occasion du 40e anniversaire de son ouverture, le 1er décembre 1986.

Peintre, avant tout
Dans cet autoportrait, le seul qu’il ait exposé de son vivant, Gustave Caillebotte affirme son statut de peintre. À 31 ans, il se représente travaillant à son portrait, le regard posé sur son reflet dans le miroir, ses pinceaux, palette, toile et chevalet en évidence. La scène se passe en présence d’un ami, l’un de ses modèles masculins favoris, dans l’appartement de l’artiste boulevard Haussmann, qui fut le cadre d’autres compositions. « On le reconnaît à l’aspect déterminé de son allure », écrit l’historien de l’art Éric Darragon dans les Dossiers de l’art. Alors qu’il a activement participé à l’organisation des premières expositions impressionnistes, dès 1874, Caillebotte revendique son appartenance à ce groupe non seulement à travers ce choix iconographique, mais aussi par l’usage d’une touche plus fragmentée, plus colorée, plus proche en somme de celle de ses amis Monet ou Renoir.

« Quand il se représente posant une touche sur la toile qu’il est en train de peindre, face au miroir qui lui permet de voir la pièce où il se trouve, on ne peut exclure une volonté d’affirmation claire et précise. […] Il nous regarde comme s’il nous observait, alors que c’est lui qui saisit son propre visage, conscient et déterminé. »
Éric Darragon
Un fervent promoteur de l’impressionnisme
Caillebotte promut l’art des impressionnistes, alors peu valorisé, non seulement grâce à ces expositions, mais aussi grâce au substantiel soutien qu’il apportait à ses amis. À une époque où plusieurs d’entre eux affrontaient des difficultés financières, il acquit soixante-dix œuvres de Manet, Monet, Cézanne, Pissarro, Sisley, Degas et Renoir. De ce dernier, Caillebotte possédait Le Bal du moulin de la Galette (1876), que l’on voit ici au mur, derrière l’artiste, sa composition inversée par le miroir. Cette œuvre majeure a rejoint les collections nationales grâce au legs prévu par Caillebotte dans son testament dès ses 28 ans, aux côtés de trente-neuf autres tableaux aujourd’hui considérés comme des chefs-d’œuvre impressionnistes, de La Gare Saint-Lazare de Monet au Balcon de Manet. Cette emblématique célébration de la douceur de vivre fêtera cette année le 150ᵉ anniversaire de sa création au sein de l’exposition « Renoir et l’amour. La modernité heureuse (1865-1885) », qui ouvrira ses portes au musée le 17 mars prochain et s’annonce d’ores et déjà comme l’un des temps forts de cette année 2026.

Une collection en devenir
La collection d’œuvres de Caillebotte à Orsay s’est considérablement enrichie ces dernières années. Deux dations avaient ouvert les portes du musée au Paysage à Argenteuil (1889) en 2019 et à Les Soleils, jardin du Petit Gennevilliers (vers 1885) en 2022. La même année, le recours au mécénat avait permis l’acquisition de La Partie de bateau (vers 1877-1878), toile considérée comme un « Trésor national ». Trois tableaux et deux pastels, dont Arbre en fleurs, ont été légués en 2019 par Marie-Jeanne Daurelle, descendante du majordome de Caillebotte (voir plus haut). « Nous espérons faire entrer d’autres œuvres importantes de l’artiste dans les collections dans les années qui viennent, afin d’être plus complets encore dans notre présentation de son talent et de sa carrière », avait expliqué Paul Perrin, conservateur en chef au musée d’Orsay, dans un entretien aux Dossiers de l’Art en 2024. Avec l’arrivée du Portrait de l’artiste au chevalet, ce vœu est en passe d’être réalisé.

www.musee-orsay.fr
À lire : Dossiers de l’Art n° 321, Gustave Caillebotte, 80 p., 11 €.









