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Éditions Faton - Fouilles & Découvertes - Le grand dossier d’Archéologia n° 651 : que sait-on des sites palafittiques en France ?

Le grand dossier d’Archéologia n° 651 : que sait-on des sites palafittiques en France ?

Le terme « palafitte » désigne un mode de construction sur pilotis (de l’italien palafitta, pilotis). En Europe occidentale, de nombreux villages palafittiques ont été construits, entre 5 200 et 700 avant notre ère, c’est-à-dire durant le Néolithique et l’Âge du bronze. Ces découvertes, parfois très anciennes, ont été faites dans des lacs ou des marais de l’arc alpin. Associées à de multiples vestiges bien conservés, ces constructions en bois dévoilent des modes de vie singuliers, que nous vous proposons de découvrir dans ce dossier.
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Depuis les premières découvertes, les sites palafittiques ne cessent de livrer des trésors archéologiques : restitution d’habitat dans le lac de Chalain, dans le Jura français.
Restitution d’habitat palafittique dans le lac de Chalain. © P. Pétrequin, CRAVA

Nous vous proposons de découvrir une partie de notre grand dossier :

Les palafittes, histoire d’une découverte

Depuis les premières découvertes, les sites palafittiques ne cessent de livrer des trésors archéologiques. En effet, ce milieu gorgé d’eau a permis la conservation de vestiges rarement présents ailleurs : objets du quotidien (manches d’outils, vannerie…), graines ou végétaux, fournissant souvent un cadre temporel d’une précision inégalée. Si l’interprétation première de ces sites a grandement évolué, ces derniers constituent toujours un conservatoire exceptionnel de données aidant à comprendre les sociétés passées et leur environnement.

Malgré de premières mentions, parfois très précoces, la date retenue pour la découverte des palafittes est 1854 avec le site d’Obermeilen dans le lac de Zurich.

Des découvertes au retentissement populaire

Un étiage exceptionnel permet alors le ramassage de céramiques et d’outils en pierre au milieu d’une vaste étendue de pieux. Dès la même année, l’archéologue suisse Ferdinand Keller publie son interprétation de ces vestiges comme des villages établis sur des plateformes au-dessus de l’eau. Cette image de « cités lacustres » a un grand retentissement populaire. Elle devient même un véritable symbole unificateur de la Confédération helvétique. En Savoie, des sites similaires sont, dès 1856, mis en évidence avec l’île du Roselet dans le lac d’Annecy et la « petite station de Grésine » dans le lac du Bourget.

À la pêche aux antiquités lacustres

Mais, à la différence des exemples suisses, ceux de Savoie demeurent inaccessibles à pied en raison d’un recouvrement par une tranche d’eau de 2 à 5 m. Les récoltes se font donc sous la forme de « pêches aux antiquités lacustres » menées depuis des barques, à l’aide de dragues ou de pinces. Fructueuses, elles livrent des milliers d’objets constituant les fonds de collections privées ou publiques et la base de nombreuses publications. Leur impact populaire reste toutefois limité, le rattachement de la Savoie en 1860 n’incitant certainement pas à faire preuve d’une identité communautaire dans une France au mythe fondateur centralisateur et gaulois.

Depuis les premières découvertes, les sites palafittiques ne cessent de livrer des trésors archéologiques : carte postale éditée à l’occasion du 4ᵉ congrès préhistorique de France.
La « pêche aux antiquités lacustres » : carte postale éditée à l’occasion du 4ᵉ congrès préhistorique de France. Collection particulière.

Des baisses de niveau bienvenues

À la fin du XIXe siècle, l’intérêt pour les stations lacustres savoyardes marque le pas, les pêches n’apportant plus de nouveautés. D’autres plans d’eau offrent des découvertes inédites à l’occasion de baisses de leur niveau : en 1904, dans le Jura, un aménagement hydroélectrique amène la mise au jour de riches vestiges. En 1921, l’étiage hivernal prononcé du lac de Paladru, en Dauphiné, permet la réalisation de sondages sur le site néolithique des Baigneurs à Charavines.

Nouvelles techniques, nouvelles données

En Suisse, la possibilité de diriger des fouilles stratigraphiques conduit d’abord à rejeter le modèle d’une « civilisation lacustre » homogène, et montre toute l’étendue chronologique et culturelle du phénomène. À partir de 1920, en particulier grâce à des opérations extensives, c’est l’archétype de la plateforme qui est mis à mal. De plus, le recours aux sciences naturelles amène à reconsidérer les variations de niveau des lacs et à envisager l’adaptation des populations à des changements climatiques. À partir de 1950, de nouvelles données sont apportées avec le développement de la plongée subaquatique. En France, Raymond Laurent met au point des méthodes particulières comme la « triangulation » pour les relevés topographiques. Et surtout, il réalise une première révision de l’inventaire des sites savoyards.

Découvertes des sites palafittiques en France : sondage subaquatique sur un site de l’Âge du bronze final dans le lac du Bourget en Savoie.
Sondage subaquatique sur un site de l’Âge du bronze final à Châtillon (Chindrieux, lac du Bourget, Savoie). © E. Champelovier, Drassm

Nouveaux modèles d’occupations littorales

Les années 1970 sont marquées en Suisse par le début de grands travaux de sauvetage sur le tracé d’autoroutes ou de voies ferrées. Des sites entiers sont étudiés après la mise en place de digues et de pompages. En France, c’est au cours de la même décennie que débute la fouille subaquatique du site néolithique des Baigneurs, sous la direction d’Aimé Bocquet. Dans le Jura, des programmes de recherche sont mis en route par Pierre et Anne-Marie Pétrequin sur les lacs de Clairvaux et Chalain, avec l’appui du laboratoire CNRS de Besançon. L’apport des disciplines environnementales, des comparaisons ethnographiques et des expérimentations font naître de nouveaux modèles d’occupations littorales.

Savoie versus Jura

Les lacs de Savoie bénéficient de la création en 1980 du CNRAS (Centre national des recherches archéologiques subaquatiques). Prospections et révisions des inventaires peuvent alors être lancées. En 1997, le CNRAS est intégré au Drassm (Département des recherches subaquatiques et sous-marines) mais sans que de réels moyens soient accordés aux recherches dans les eaux intérieures. Le niveau de connaissance des sites savoyards reste très en deçà de celui des sites jurassiens, avec seulement des sondages ponctuels pour le Néolithique. Les évaluations des sites de l’Âge du bronze sont plus détaillées pour le lac d’Annecy et surtout le lac du Bourget.

Découvertes des sites palafittiques en France : sondage subaquatique sur un site de l’Âge du bronze final dans le lac du Bourget en Savoie.
Sondage subaquatique sur un site de l’Âge du bronze final à Conjux 1 (Conjux, lac du Bourget, Savoie). © Y. Billaud, Drassm

Un patrimoine exceptionnel mais fragile

En 2011, 111 sites de l’arc alpin ont été retenus par l’Unesco pour être inscrits sur la Liste du patrimoine mondial dans le cadre du bien sériel et transnational « sites palafittiques préhistoriques autour des Alpes ». Cette inscription reconnaît l’intérêt et la qualité des sites lacustres tout en soulignant les nécessités de leur préservation. Il s’agit en effet d’un patrimoine fragile menacé par le changement global : augmentation de la température moyenne des eaux de surface (0,4° par décennie), étiages de plus en plus marqués, houles naturelles ou dues à la navigation, fréquentation touristique, ou espèces envahissantes…

 

Dossier à retrouver en intégralité dans :
Archéologia n° 651 (mars 2026)
Les palafittes en France
81 p., 11 €.
À commander sur : www.faton.f
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