L’évolution humaine, on le sait, est un buisson ramifié, avec autant de divergences que de chemins empruntés. À partir de 2,8 millions d’années (Ma), à la suite de l’assèchement du climat et de la rareté des arbres, la branche des hominines se divise : d’un côté, c’est l’(H)Omo Event – comme l’appelait Yves Coppens : le genre Homo émerge et se met à consommer des charognes puis à chasser ; de l’autre, apparaissent les paranthropes, plutôt mangeurs de tubercules qu’ils brisent avec leurs puissantes mâchoires.
L’Homme n’a pas le monopole de l’outil
Longtemps, les outils furent seulement associés à l’Homme, réputé seul capable de fabriquer des tranchants pour découper la viande. Problème : les premiers outils actuellement connus datent de 3,3 Ma (Lomekwi 3, Kenya), et des stries de découpe retrouvées sur des ossements de 3,39 Ma (Afar, Éthiopie) suggèrent un usage encore plus ancien. L’outil apparaît donc avant l’Homme.
La preuve ultime enfin mise au jour
Quant aux paranthropes, leur habileté commence à être reconnue. Nous savions déjà qu’ils se servaient d’ossements pour déterrer les racines et creuser les termitières (Swartkrans, Afrique du Sud), entre 1,8 et 1 Ma. Des outils viennent récemment d’être découverts à proximité de restes osseux de paranthropes (Nyayanga, Kenya), estimés à 2,9 Ma. Nos cousins étaient donc aussi capables de façonner la pierre. Restait la preuve ultime. Entre 2019 et 2021 fut mis au jour un spécimen plus complet de Paranthropus boisei (KNM-ER 101000), avec des os de la main et du pied. Enfin !
Les paranthropes sont dans l’album de famille
Leur étude confirme sa bipédie et démontre avec éclat ses capacités de manipulation, compatibles avec le façonnage d’outils. Sa main était aussi puissante que celle du gorille, pour l’escalade, le déterrage et la fragmentation de tubercules. Les paranthropes ont (re-)trouvé leur place dans notre album de famille : ils montrent qu’une autre voie était possible, qu’ils ont suivie. Hélas, l’aridification extrême de leur habitat entraîna leur extinction vers 900 000 ans.
Pour aller plus loin
BACKWELL L. R. et al., 2001, « Evidence of termite foraging by Swartkrans early hominids », Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A., 98 (4), 1358-1363. Doi : 10.1073/pnas.98.4.1358
CALEY T. et al., 2018, « A two-million-year-long hydroclimatic context for hominin evolution in southeastern Africa », Nature, 560, 76-79. Doi : 10.1038/s41586-018-0309-6
DE WEYER L., 2021, Les premières traditions techniques du Paléolithique ancien, Paris, L’Harmattan, « cahiers d’anthropologie des techniques », n° 3.
MONGLE C. S. et al., 2025, « New fossils reveal the hand of Paranthropus boisei », Nature, 647, 944-951. Doi : 10.1038/s41586-025-09594-8
PLUMMER T. W. et al., 2023, « Expanded geographic distribution and dietary strategies of the earliest Oldowan hominins and Paranthropus », Science, 379, 561-566. Doi : 10.1126/science.abo7452











