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Éditions Faton - Acquisitions - L’Italie s’offre à prix d’or un rarissime tableau d’Antonello da Messina

L’Italie s’offre à prix d’or un rarissime tableau d’Antonello da Messina

Négociée par la direction des musées sous l’égide du ministère de la Culture, l’acquisition par l’État italien de l’Ecce Homo d’Antonello da Messina (1430-1479) a été confirmée le 9 février 2026 par le ministre lui-même. L’on ignore encore quel musée de la péninsule va bénéficier de cette acquisition exceptionnelle, plusieurs villes ou régions se portant d'ores et déjà candidates, dont la Sicile, où a vécu et travaillé l’artiste.
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Antonello da Messina (1430-1479), Ecce Homo (recto) et Saint Jérôme (verso), vers 1460-1465. Tempera sur panneau, 20,3 x 14,9 cm. Acquisition de l’État italien, février 2026. © Sotheby’s

Le tableau d’Antonello da Messina (1430-1479), dont le corpus ne compte qu’une quarantaine d’œuvres, devait passer en vente chez Sotheby’s, à New York, le 5 février. Il a été retiré de la vacation quelques heures avant seulement. L’État italien, par l’entremise de la direction des musées représentant le ministère de la Culture, est parvenu à conclure un accord de gré à gré lui permettant d’acquérir pour 14,9 millions de dollars, soit environ 12,5 millions d’euros, ce petit panneau. Un montant exceptionnel non pas pour une peinture de l’artiste sicilien, mais pour deux.

Un tableau, deux peintures

Le tableau acquis par l’État italien est en effet un petit panneau à la tempera sur bois peint sur ses deux faces. Sur la plus saisissante figure un Ecce Homo, iconographie dont plusieurs occurrences apparaissent dans l’œuvre d’Antonello da Messina – notamment dans les collections du Metropolitan Museum of Art, à New York, ou encore au Palazzo Spinola, à Gênes. Le sublime Christ à la colonne, acquis par le musée du Louvre en 1992, s’inscrit lui aussi dans cette filiation. Dans le petit tableau de dévotion privée qui vient d’être acheté par l’Italie, considéré comme le premier de la série, le Christ est représenté à mi-corps, portant la couronne d’épines, devant un parapet en pierre gravé de l’inscription « INRI ».

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Antonello da Messina (1430-1479), Ecce Homo (recto), vers 1460-1465. Tempera sur panneau, 20,3 x 14,9 cm. Acquisition de l’État italien, février 2026. © Sotheby’s

« Un tableau de cette ampleur enrichit même un musée déjà riche en chefs-d’œuvre comme les Offices, où il manque un Antonello extraordinaire comme celui-ci. Il s’agit d’un Antonello que l’on peut dater entre 1460 et 1465, période durant laquelle l’artiste a absorbé l’influence de la peinture flamande avec une intensité particulière. Malgré sa petite taille, c’est un tableau d’une force et d’une grandeur universelles. »
Fabrizio Moretti, interviewé par Finestre sull’Arte

Le dernier tableau de l’artiste en mains privées ?

L’autre face du tableau représente saint Jérôme agenouillé devant un exemplaire de la Vulgate, traduction latine de la Bible, dans un paysage rocheux s’ouvrant, à l’arrière-plan, sur un cours d’eau et un château. L’œuvre, qui appartenait à une collection particulière, est bien connue depuis plusieurs décennies et a récemment figuré dans différentes expositions dévolues à l’artiste ou à la peinture de son temps. Selon l’antiquaire Fabrizio Moretti, cité par Finestre sull’Arte, qui a joué le rôle d’intermédiaire entre le vendeur et l’État italien par l’entremise de Sotheby’s, le tableau serait le dernier d’Antonello da Messina en mains privées. Reste à trancher la question de la destination de l’œuvre : Milan, Florence, Venise, Naples – le musée de Capodimonte semble le grand favori – ou la Sicile ? Le débat est passionné en Italie.

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Antonello da Messina (1430-1479), Saint Jérôme (verso), vers 1460-1465. Tempera sur panneau, 20,3 x 14,9 cm. Acquisition de l’État italien, février 2026. © Sotheby’s

Quand l’Italie regardait la Flandre

L’art d’Antonello da Messina, également appelé Antonello de Messine, témoigne d’un tournant majeur dans la peinture italienne de son époque. Né à Messine, il a travaillé ensuite dans de grandes cités, telle Venise, et s’est distingué de ses prédécesseurs par un naturalisme inédit en Italie, emprunté à l’art flamand et notamment à Van Eyck. À la suite des peintres du Nord, il a représenté ses modèles de trois-quarts, sur un fond souvent sombre mettant en lumière les traits du visage, portant une attention nouvelle à leur réalisme. De nombreuses effigies, dont le Portrait d’homme conservé au musée du Louvre, illustrent ce choix. Le paysage figurant au verso de l’Ecce Homo participe lui aussi de cette tendance nordique, la composition intégrant les principes de la perspective et des détails naturalistes abondants. Cette veine nordique tient aussi à l’usage de la peinture à l’huile, qui permet à Antonello da Messina un modelé plus doux, des glacis et un rendu des matières d’une précision « flamande ».

Antonello da Messina Portrait d'homme Louvre
Antonello da Messina (1430-1479), Portrait d’homme, dit Le Condottiere, 4 quart du XV siècle. Huile sur bois, 36,2 x 30 cm. Paris, département des Peintures du musée du Louvre. © CC0 Wikimedia Commons
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