Nous vous proposons de découvrir la première partie de notre grand dossier :
Lavau, histoire d’une découverte exceptionnelle
Située au sud-est du Bassin parisien et traversée par la Seine, la plaine de Troyes concentre de nombreuses nécropoles protohistoriques. Les plus grandes d’entre elles comptent plusieurs dizaines de monuments. Celle du Moutot à Lavau, objet de fouilles successives, est aujourd’hui l’une des mieux documentées. C’est elle qui a livré l’exceptionnelle tombe du prince celte, objet de ce dossier.
En 1969, le site est découvert par Jean Bienaimé, un archéologue local. Il y signale plusieurs enclos funéraires circulaires, ainsi qu’un relief, potentiel grand tumulus arasé. Sans le savoir, il vient de trouver la tombe du prince. Puis, au début des années 2010, la commune de Lavau, propriétaire du terrain, décide de son aménagement en zone commerciale.

Un diagnostic engageant
En 2012, l’Inrap procède au diagnostic, étape préalable indispensable pour évaluer la présence de vestiges, les caractériser et les dater. Une légère butte, de moins d’un mètre de haut, occupe encore les lieux. Creusées à la pelleteuse, des tranchées quadrillent le terrain à intervalles réguliers. On rencontre au hasard des tranchées des sépultures antiques et protohistoriques qui confirment la fonction funéraire pérenne des lieux, mais aussi d’énigmatiques fossés monumentaux de plusieurs mètres de largeur et de profondeur. Que signifient-ils ? Le nombre et la qualité des vestiges découverts motivent une fouille approfondie sur 1,7 ha, entreprise par l’Inrap à partir d’octobre 2014. C’est le début d’une aventure extraordinaire marquée, dès le mois suivant, par l’apparition inattendue d’une tête en bronze d’Achéloos, un dieu grec au visage malicieux, au cœur d’une tombe désormais qualifiée de princière.

Une tombe d’apparat
Sous l’abri de fouille, une petite équipe s’affaire. À partir de plateaux suspendus, que l’on descend dans la tombe au moyen de chaînes et de poulies, chaque centimètre carré est minutieusement exploré. Après la tête d’Achéloos apparaissent trois autres, disposées tout autour d’un récipient de très grande taille. Dans ce chaudron en bronze, on trouve ensuite une œnochoé grecque inhabituellement ornée de décors en or et en argent et, sous celle-ci, plusieurs objets en argent et en or (une passoire, un pied de gobelet, une cuillère perforée). Un grand récipient cylindrique doté de deux anses latérales a percé le fond du chaudron : c’est une ciste à cordons, sans doute originaire d’Étrurie. Au pied du chaudron, on observe encore deux bassins en bronze, une bouteille en céramique tournée dotée d’un couvercle en bronze et les fragments d’un grand couteau de cérémonie en fer, inséré dans un fourreau.

Un défunt de haut rang
La restauration de ce dernier révélera, bien plus tard, son caractère exceptionnel, marqué par des décors de fils en étain incrustés dans le fourreau en cuir. Au centre de la tombe, on met également au jour les restes d’un char à deux roues, bien mal conservé. Le défunt repose au niveau de la caisse. Cet homme est richement paré : torque et bracelets en or, brassard en roche noire provenant d’Angleterre, fibule ornée d’or et de corail, ceinture en cuir incrustée de fils d’argent. Le statut de ce personnage, mort vers le milieu du Vᵉ siècle, est encore souligné par la présence d’un couvre-chef, déposé sur son torse, dont les parties métalliques étaient ornées d’or et de corail.

Un état de conservation exceptionnel
Début avril 2015, la fouille s’achève avec la satisfaction d’avoir découvert l’une des tombes les plus riches de toute l’Europe celtique. Mise au jour 66 ans après celle de Vix (Côte d’Or), Lavau a donc été, en France, la première – et pour l’instant, la seule – tombe princière du Vᵉ siècle avant notre ère explorée à l’abri des intempéries avec des moyens modernes, le temps suffisant pour le faire, une méthodologie adaptée et mûre. Au-delà de sa richesse même, dont témoignent les œuvres mises au jour, cette découverte reste précieuse en ce qu’elle s’inscrit dans un contexte bien documenté. Il faut dire que la situation est plus qu’exceptionnelle : la tombe n’a pas été pillée, son architecture est connue du sol au plafond, comme l’est son intrication avec le vaste monument princier. Ce complexe, fouillé exhaustivement, inclut deux fossés monumentaux, une plate-forme de craie entourant la tombe, un grand tumulus scellant le tout, avec un dispositif d’entrée (porte monumentale). Et l’ensemble des vestiges qui l’ont précédé (à l’Âge du bronze, au premier Âge du fer) ou lui ont succédé (durant l’Antiquité) est aussi intégralement documenté.
« Lavau a donc été, en France, la première – et pour l’instant, la seule – tombe princière du Ve siècle avant notre ère explorée avec des moyens modernes. »
Une fouille de référence
Pour parfaire le tableau, le site même de Lavau s’inscrit dans une carte archéologique locale précisément renseignée grâce à des décennies de recherches préventives mais aussi d’intenses prospections aériennes. Cette situation hisse tout simplement Lavau au rang de site de référence au niveau international, et la plaine de Troyes, de lieu d’étude multi-échelle idéal. De la même manière que la fouille a pris en compte tous les vestiges présents, l’étude de la tombe princière s’attarde aussi bien sur les beaux objets découverts (leur datation, la question de leur origine géographique et culturelle) que sur des aspects moins spectaculaires. L’heure est au croisement des données et aux multiples analyses qui traquent l’invisible ou l’infiniment petit.
Une multiplicité de spécialistes
Lavau reflète ainsi la maturité de la discipline archéologique : si René Joffroy avait assumé, seul, la publication de la tombe princière de Vix, aujourd’hui celle de Lavau ne pourrait être comprise sans une multiplicité de spécialistes. Cette approche interdisciplinaire permet un saut qualitatif dans la compréhension de la tombe, de son contenu, de sa mise en scène, en examinant de nouvelles problématiques. Datée vers 450 avant notre ère, la tombe de Lavau illustre avec force le passage du premier au second Âge du fer. Elle est, à bien des égards, un véritable univers à explorer où se superposent différents niveaux de lecture. De cette rencontre avec le prince de Lavau émerge une infinité de questions, auxquelles tente de répondre l’exposition temporaire, proposée à Troyes.
« Lavau. Un prince celte en bord de Seine, vers 450 avant notre ère », du 24 janvier au 21 juin 2026 au musée d’Art moderne, 14 place Saint-Pierre, 10000 Troyes. Tél. 03 25 76 26 81 et https://musees-troyes.com
Catalogue, éditions Sans égal, 280 p., 35 €

Dossier à retrouver en intégralité dans :
Archéologia n° 649 (janvier 2026)
Les 10 ans du prince de Lavau
81 p., 11 €.
À commander sur : www.faton.fr










