Les visiteurs de l’exposition « Caravaggio 2025 », qui s’est tenue du 7 mars au 6 juillet 2025 au Palazzo Barberini, ont eu l’opportunité d’admirer une œuvre de Caravage alors en mains privées, jamais montrée sur les cimaises d’un musée : le Portrait de monseigneur Maffeo Barberini. Mardi 10 mars, l’État italien, un mois après l’acquisition de l’Ecce Homo d’Antonello da Messina, a annoncé l’achat de ce portrait, négocié durant plus d’un an, pour la somme exceptionnelle de 30 millions d’euros : « l’un des investissements les plus importants jamais soutenus par l’État italien pour l’acquisition d’une œuvre d’art », a précisé le ministère de la Culture dans un communiqué.
Il #MiC acquisisce “Il Ritratto di Monsignor Maffeo Barberini” di #Caravaggio.
L'opera, che entrerà nelle collezioni di Palazzo Barberini, raffigura il futuro papa Urbano VIII ed è considerata uno dei momenti fondativi della ritrattistica moderna.
🔗 https://t.co/HxU7FM2kBM pic.twitter.com/RwiEy6W6TS— Ministero della Cultura (@MiC_Italia) March 10, 2026
Valoriser le patrimoine culturel national
Le ministre de la Culture italien, Alessandro Giuli, a déclaré que ces deux acquisitions s’inscrivaient « dans un projet plus vaste de valorisation du patrimoine culturel national que le ministère de la Culture poursuivra dans les mois à venir, avec pour objectif de rendre accessibles aux chercheurs et aux amateurs d’art des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art qui, autrement, resteraient réservés au marché privé ». Le Portrait de monseigneur Maffeo Barberini retrouvera durablement le Palazzo Barberini et y rejoindra d’autres toiles majeures de Caravage, le superbe Narcisse et le tragique Judith décapitant Holopherne, acquis par l’État italien en 1971.

Le futur Urbain VIII en pleine ascension
En 1963, l’historien de l’art Roberto Longhi avait consacré un article au Portrait de monseigneur Maffeo Barberini dans la revue Paragone, l’attribuant à Caravage et considérant ce tableau comme l’un des moments fondateurs du portrait moderne. L’œuvre représente Maffeo Barberini (1568-1644), qui deviendra cardinal en 1606, puis pape en 1623 sous le nom d’Urbain VIII, alors âgé d’environ 30 ans. Les historiens de l’art s’accordent pour le dater vers 1599, peu après sa nomination à la Chambre apostolique. Modelé par les jeux d’ombre et de lumière dont Caravage est passé maître, le prélat est ici représenté portant les attributs de clerc de cette chambre, l’une des plus importantes institutions de la Curie romaine, .
Le portrait apparaît ici, et peut-être pour la première fois, comme un exemple de réalité mise en scène. Et que pouvait-on attendre d’autre de Caravage ? À ceux qui le critiquaient pour son manque de dynamisme, Caravage démontrait ici que même le portrait devait être action, représentation, drame par essence.
Ainsi naquit le portrait moderne.
Roberto Longhi
Un exceptionnel portrait de la main de Caravage
Rares sont les portraits attribués à Caravage, rares aussi les œuvres de l’artiste surgissant sur le marché de l’art dotées d’une attribution solide : il y a quelques années, la découverte dans un grenier du « Caravage de Toulouse » figurant Judith et Holopherne divisa profondément les spécialistes avant qu’il ne soit retiré des enchères et cédé de gré à gré. L’acquisition du Portrait de monseigneur Maffeo Barberini est ainsi, à double titre, un coup de maître pour les collections nationales italiennes. Caravage ne s’est pas contenté de montrer un modèle statique, dénué de vie ; il lui a insufflé un dynamisme et un mouvement résolument novateurs, en même temps qu’une expression vivante et naturelle. Aux côtés des églises Saint-Louis-des-Français et Santa Maria del Popolo, de la Galleria Borghèse et de la Galleria Doria Pamphilij (entre autres), le Palazzo Barberini sera désormais, plus que jamais, une étape incontournable pour les admirateurs de Caravage.










