Lycurgue versus Dionysos

Chef-d’œuvre du Musée gallo-romain de Saint-Romain-en-Gal, la mosaïque représentant l’ignoble châtiment de Lycurgue n’avait jamais fait l’objet d’une monographie grand public. C’est chose accomplie grâce à ce livre, qui revient sur l’histoire de cette création découverte au tout début du XXe siècle à Vienna, l’actuelle Vienne, de l’autre côté du Rhône. Au terme de nouvelles études scientifiques, stylistiques et iconographiques, corrélées à des restaurations, l’auteur, grande spécialiste de cet art antique, nous détaille le caractère exceptionnel (la composition, le choix des couleurs, la qualité d’exécution) de cette immense (7 x 5,15 m) réalisation de la fin du IIe siècle : mise au jour dans une riche domus, elle illustre donc la victoire de Dionysos sur Lycurgue, le roi de Thrace, se débattant au milieu des pampres, feuilles et grappes de vigne, sous l’œil du dieu et de son cortège banquetant. Comparée à d’autres témoignages du site et de la région, cette œuvre éclaire l’omniprésence de la divinité aux multiples facettes et la très bonne connaissance des mythes par les artisans et les commanditaires de la ville, réputée pour sa production de mosaïques. Éléonore Fournié
La mosaïque du châtiment de Lycurgue. Honorer Dionysos dans l’antique Vienna, 2025, Anne-Marie Guimier-Sorbets, Paris, éditions Hermann, 162 p., 17 €.
Le château oublié de Noisy

500 ans séparent la date de construction du château de Noisy, dans les Yvelines, de la publication de cet ouvrage. Souhaité par Albert de Gondi (descendant d’une riche famille de banquiers florentins et l’un des proches conseillers de Catherine de Médicis) et Catherine de Clermont, duc et duchesse de Retz, ce domaine seigneurial devient château royal du temps de Louis XIV et Mme de Maintenon. Démoli en 1732, celui qui avait marqué son époque tombe rapidement dans l’oubli. Ce dense ouvrage en retrace toute l’histoire au fil des fouilles menées depuis une petite dizaine d’années (2017- 2025), pour retrouver le château lui-même, ses jardins mais surtout sa très fameuse grotte artificielle d’inspiration italienne – auxquels ont contribué les meilleurs artistes de la Renaissance, tels que l’architecte Primatice, le sculpteur Germain Pilon, le peintre Ruggiero de Ruggieri ou encore le jardinier Cambino de Cambini. Éléonore Fournié
Noisy. Renaissance d’un château, 1525‑2025, Bruno Bentz (dir.), préface de Sabine Frommel, OMAGE éditions, 158 p., 15 €.
Humanités voyageuses

Nouveau venu dans la collection des éditions Autrement, cet ouvrage permet de saisir les grands (et surtout très lents) mouvements de populations à la Préhistoire (soit de -3,4 millions d’années à 6 000 ans avant notre ère). Toutes les humanités sont abordées, des australopithèques aux Homo sapiens, en passant par Néandertal ou encore les Dénisoviens, en Afrique bien sûr mais aussi en Europe et en Asie. Plusieurs points positifs émergent de ces pages : le fait d’aborder la Préhistoire par des cartes (ce qui est rarissime, voire inédit) ; l’apport incontestable de ces dernières dans la clarification de phénomènes complexes, complétées, comme c’est le propre de cette collection, par un texte pédagogique et bien construit ; le choix de les présenter sur des doubles pages thématiques (avec près d’une quarantaine de sujets) ; et enfin de se rendre sur des territoires inattendus, tels que Wallacéa en Asie tropicale, le Sahul, le Japon, l’Arctique et la Béringie ou encore les Amériques préhistoriques. Éléonore Fournié
Atlas de la Préhistoire, 2025, Jacques Jaubert (dir.), cartographie de Mélanie Marie, Paris, éditions Autrement, 96 p., 24 €.
La Grande Guerre antique

Si elle est toujours enseignée dans les écoles militaires (et même sollicitée par les spécialistes de géopolitique pour comprendre les actuelles relations internationales), la guerre du Péloponnèse nous semble un peu lointaine… Dépoussiérant cet épisode clef de l’Antiquité, qui vit, dans la seconde moitié du Ve siècle, l’opposition entre Athènes et Sparte, ainsi que les coalitions formées autour d’elles, l’auteur, éminent spécialiste italien du sujet, nous propose ici un vaste panorama (au fil de trente chapitres qui se lisent très bien) de cette guerre « totale », de cette guerre « mondiale » – bien plus complexe qu’il n’y paraît et débordant largement de la seule région du sud de la Grèce. Elle demeure l’un des plus importants conflits antiques : son bilan humain a été effroyable et son achèvement marqua la fin de la domination politique et culturelle d’Athènes. Remettant à l’honneur l’historien Thucydide, l’ouvrage analyse certains épisodes, leur signification profonde et les marques laissées dans les esprits, dès l’Antiquité et jusqu’à nos jours, en établissant des parallèles fort pertinents avec les événements historiques des XXe et XXIe siècles. Éléonore Fournié
La grande guerre du Péloponnèse, 447-394 av. J.-C., 2026, Luciano Canfora, Paris, Perrin, 400 p., 25 €.
Retrouver La Boussole

Brest, 1785, deux navires, L’Astrolabe et La Boussole, entament une mission d’exploration de l’océan Pacifique. L’expédition commandée par le capitaine de vaisseau Jean-François de La Pérouse cherche à compléter les découvertes de James Cook. Après une brève halte à Sydney, en 1788, les deux navires sombrent corps et biens au large de Vanikoro. En 1826, l’épave de L’Astrolabe est repérée mais quid de La Boussole sur laquelle naviguait La Pérouse ? En 1964, des informations fournies par le vulcanologue Haroun Tazieff intriguent les archéologues. Une mission d’intérêt national est rapidement montée. Mais les archéologues ne sont alors pas à la manœuvre… Devant l’ampleur de la tâche et les difficultés dues à la météo, à la mer, à la promiscuité à bord, une véritable fièvre s’empare des membres de l’opération, impatients de remonter des « preuves ». Entremêlant plusieurs campagnes de fouilles, le scénario prend quelques libertés avec la réalité historique au bénéfice de l’intérêt romanesque. Le lecteur est toutefois embarqué dans ce palpitant récit d’aventure. À partir des années 1980, le Drassm sera finalement associé aux fouilles, suivies jusque dans les années 2010 par de nombreuses campagnes scientifiques. Stéphane Dubreil
Lapérouse 64, 2023, scénario Laurent-François Bollée et Marie-Agnès Le Roux, dessin Vincenzo Bizzari, Paris, éditions Glénat, 160 p., 22,50 €.
L’Égypte en 50 objets

Les témoignages de l’Égypte ancienne sont connus en Occident depuis l’Antiquité, suscitant un intérêt divers selon les époques. C’est après l’expédition entreprise par Napoléon Bonaparte que leur étude s’établit sur des méthodes scientifiques et que naît l’égyptologie. Le matériel archéologique recueilli provient alors des temples et surtout des tombes, la majorité des lieux d’habitation et de vie étant toujours ensevelie. En décryptant les hiéroglyphes, Champollion aide à expliciter les multiples vestiges retrouvés. Scènes et objets funéraires font écho à la vie quotidienne, participant à la résurrection des défunts et au maintien de l’ordre du monde. Ici, « les objets écrivent l’histoire » : représentations miniatures, meubles, statuettes, peintures, papyrus, parures, momies et divers items journaliers, très bien reproduits, donnent accès au monde du travail, à l’intimité du foyer, aux distractions pratiquées, et bien sûr aux croyances et au royaume des morts antiques. Ainsi se dessinent les réalités d’une vie disparue. Pascale Binant
La vie au temps des pharaons, 2025, Florence Maruéjol, Paris, éditions Eyrolles, 224 p., 22,90 €.









