Originaire du Mée-sur-Seine, Henri Chapu suit un cursus académique. Formé à l’École des beaux-arts, il obtient en 1855 le Premier Grand Prix de Rome de sculpture.
Portraitiste de la IIIe République
Au milieu des années 1870, lorsqu’il réalise le portrait d’Eugène Millet, il est un sculpteur en pleine ascension. Parallèlement à ses contributions de plus en plus nombreuses pour les décors de monuments et de bâtiments, tant privés que publics, il s’impose comme l’un des portraitistes prolifiques de la IIIe République. On ne connaît pas ses liens avec Millet. Sans doute a-t-il été sollicité en raison de sa proximité à la fois amicale et professionnelle avec le milieu des architectes dont il honore plusieurs figures par ses créations.

Une ressemblance parfaite
Au Salon de 1876, le buste en bronze de Millet, fondu par les renommés Thiébaut et Fils, reçoit les éloges de la revue L’Art. On y lit que la ressemblance en est « parfaite de caractère, de physionomie, et parfaite d’exécution de traits ; c’est l’attitude, l’expression de la bouche, le sentiment de l’œil ». Reproduit par la gravure et décliné en plusieurs exemplaires, le buste de Millet connaît une diffusion à la mesure de l’admiration que suscite l’architecte.
Eugène Millet, un architecte très aimé
« LES ENTREPRENEURS DU CHATEAU / DE ST GERMAIN EN LAYE / A MONSIEUR EUGÈNE MILLET ARCHITECTE / 5 JUILLET 1875 », lit-on sur le piédouche du buste. Les hommages rendus à Millet avant et après sa mort en 1879 révèlent un architecte très aimé, non seulement de ses pairs, mais également des entrepreneurs qui travaillent sous sa direction et admirent son savoir-faire, sa pédagogie et sa bienveillance. Élève de l’architecte Henri Labrouste à l’École des beaux-arts, Millet se lie, au début des années 1840, avec Eugène Viollet-le-Duc, qui devient son mentor. Il travaille pour la commission des Monuments historiques et se voit confier la restauration de plusieurs édifices religieux. En 1879, il est inhumé à Saint-Germain-en-Laye.

Une grande variété d’entrepreneurs
La restauration du château de Saint-Germain réunit une grande variété d’entrepreneurs, parfois originaires de la ville, dont le travail est guidé par les nombreux dessins et détails d’exécution produits par Millet : Boucheron et Touvenelle pour la charpente ; Stanislas et Paul Moutier pour la serrurerie ; Monduit pour la plomberie d’art et la couverture ; Alfred Louis, dit Larible, pour la peinture ; ou encore André Libersac pour la sculpture. Plusieurs d’entre eux ont acquis une reproduction du buste offert à Millet. C’est ainsi par l’intermédiaire du fils de Stanislas Moutier qu’un exemplaire du buste de l’architecte, dont le souvenir est chéri par la famille, est entré par don en 1908 au musée des Antiquités nationales.
Le chantier de restauration du château de Saint-Germain
Avec l’accord de la commission des Monuments historiques, Millet restaure le château de Saint-Germain dans son état idéalisé du XVIe siècle et met en valeur les éléments médiévaux conservés. En 1875, date de la dédicace du buste, trois des cinq grands pavillons adjoints à chaque angle du château à la fin du XVIIe siècle sont complètement détruits. L’édifice change ainsi radicalement de physionomie ; à la même date, la restauration de la chapelle de Saint Louis se poursuit, tandis que celle du donjon médiéval est achevée depuis une dizaine d’années. C’est cette tour médiévale carrée, située à l’angle nord-ouest du château, dégagé du pavillon du XVIIe siècle, et épaulée par une tourelle ronde dessinée par Millet, que montre le détail figuré sur le piédouche du buste. Le portrait de Millet est ainsi indissociable de son œuvre à Saint-Germain-en-Laye et de ceux qui y ont contribué.
Pour aller plus loin
GHESQUIÈRE D., 2019, Henri Chapu (1833-1891), sculpture d’une œuvre, sculpture d’un œuvre, thèse de doctorat, université Paris Nanterre.
COLLECTIF, 1881, Eugène Millet, sa vie, ses œuvres, son tombeau, Paris.









