N°1 sur le marché de l’art français, Sotheby’s devance Christie’s d’une courte tête
L’année 2024 avait été difficile pour la maison de Patrick Drahi qui avait accusé une chute de 88 % de ses bénéfices et de 25 % pour ses ventes publiques. Avec 440 M€ de chiffre d’affaires, soit 17 % de plus que l’année précédente (386,5 M€ pour les enchères et 52 M€ pour les ventes privées), un nouvel élan semble retrouvé. Le taux de lots vendus est le plus élevé jamais enregistré : 86 % dont 55 % au-dessus de leur estimation haute.
On a compté 35 enchères au-delà du million, avec notamment une Ferrari 250 LM by Scaglietti à 34,9 M€ et le tableau de Modigliani, Elvire en buste, adjugé 27 M€. Les meilleurs résultats ont été obtenus par les départements d’art moderne et contemporain, en hausse de 40 %, et de design avec un Bar aux Autruches de François-Xavier Lalanne parti pour 11,1 M€. L’année a été marquée par le succès de la dispersion de la collection napoléonienne de Pierre-Jean Chalençon qui a attiré 53 000 visiteurs et de celle de Manny Davidson qui a totalisé 20 M€.
Notons aussi que les ventes ont attiré un quart de nouveaux acheteurs dont 20 % sont américains. Inauguré il y a un an, le siège du 83 Faubourg Saint-Honoré, avec un salon dédié aux achats immédiats, se veut un véritable acteur de la vie culturelle parisienne. L’année a été historique pour le luxe, un segment en pleine croissance qui a rapporté 131,4 M€ avec des acheteurs de plus en plus jeunes. En juillet, Sotheby’s a vendu pour 8,6 M€ le premier sac Birkin de la maison Hermès créé pour Jane Birkin, un symbole devenu l’objet de mode le plus cher jamais vendu en Europe.

Chez Christie’s, les volumes baissent mais les performances s’améliorent
Christie’s a engrangé 333,8 M€, hors ventes privées et voitures de collection, soit une baisse modeste de 8 %. Cela s’explique par une diminution du volume des ventes mais les performances sont meilleures. « Le prix moyen des lots vendus est de 73 000 € et le taux de vente, soit 87 %, a grimpé de cinq points par rapport à 2024. Les lots sont plus durement sélectionnés et justement estimés » résume la présidente Cécile Verdier.
Christie’s a proposé de très belles ventes de collections dans toutes les spécialités, en particulier celle de la collection Stern en fin d’année qui, dans un registre classique, a réussi à multiplier son estimation par 5. Le lot le plus important a été l’immense monochrome bleu d’Yves Klein (18,4 M€) que Christie’s a fait le pari de rapatrier à Paris d’outre-Atlantique. Comme chez Sotheby’s, l’année a été excellente pour le luxe avec notamment un record de 16,7 M€ pour une vente de bijoux en ligne.
Là encore, la majorité des acheteurs sont étrangers, dans un marché très globalisé, avec toutefois de grosses différences selon les disciplines (les acquéreurs sont essentiellement français dans la bibliophilie alors que le design est dominé par les Américains). Enfin pour bien démarrer l’année 2026, Christie’s a confisqué le salon Rétromobile à Artcurial.

Artcurial en troisième position
La maison de l’Hôtel Dassault reste sur la 3e marche du podium avec un total de ventes de 208,5 M€, en hausse de 12 % par rapport à 2024, dont 15,2 M€ réalisés par la maison de ventes aux enchères suisse, Artcurial Beurret Bailly Widmer. Les ventes ont donné lieu à 66 préemptions, 19 enchères millionnaires et 35 prix records, parmi lesquels Cerf bramant suivi par une biche et son faon de Rembrandt Bugatti à plus d’1M€.

L’un des temps forts de l’année a bien sûr été la vente du « David et Goliath » de Guido Reni, dévoilé en partenariat avec Millon, qui a établi un record pour l’artiste à 12,4 M€ (mais les deux maisons de ventes ont choisi de présenter ce tableau « hors bilan »). Le département tableaux anciens dirigé par Mathieu Fournier continue de démontrer son dynamisme avec de belles collections comme la vente « Entre Ciel & Terre » où s’est distinguée une œuvre de Pieter Brueghel (2,9 M€).

Des résultats en hausse pour Millon, en baisse pour Bonhams Cornette de Saint Cyr
Suivent le groupe Millon (145 M€, + 20 %) en pleine progression grâce à son déploiement européen, avec pas moins de 503 ventes dont 132 à Milan, et Bonhams Cornette de Saint Cyr (83 M€) qui accuse une baisse de 15 % malgré une forte présence dans les arts du XXe siècle et le développement de son pôle luxe. Aguttes consolide sa croissance avec un chiffre de 62 M€, tout en maintenant son leadership sur les peintres d’Asie.

De très bons résultats pour le groupe Drouot
Le total est très satisfaisant pour le groupe Drouot qui affiche 769 millions d’euros (+ 16 % par rapport à 2024) : au produit des ventes in situ à l’hôtel Drouot et Drouot Bagnolet (384,8 M€), s’ajoute celui des ventes en ligne sur sa plateforme digitale, en progression de 43 % (384,2 M€), venant de maisons françaises ainsi qu’européennes. Le groupe double ainsi son résultat qui est en réalité un peu biaisé.
Grâce à plusieurs découvertes majeures, Drouot a retrouvé cette année une place de premier plan. Parmi elles, des objets historiques comme le sabre de Napoléon offert au maréchal Emmanuel de Grouchy (4,6 M€ chez Giquello), un dessin inédit de Daniele de Volterra, élève de Michel-Ange (4,1 M€ chez Millon), et surtout un chef-d’œuvre cubiste de Picasso, Buste de femme au chapeau à fleurs (Dora Maar) de 1943 (32 M€), la plus haute enchère de l’année en France, vendu par l’étude Lucien.
L’un des atouts majeurs de Drouot est de bénéficier du réseau notarié qui ouvre la porte à la dispersion de successions. La fin de l’année a été marquée par la vente du fonds d’atelier Percier et Fontaine provenant de la descendance d’Aimée-Sophie Dupuis, fille unique de Pierre Fontaine, architecte de Napoléon (1,7 M€ chez Thierry de Maigret, suscitant 110 préemptions).

Top 5 des SVV françaises en 2025
(en millions d’euros, frais inclus, hors ventes privées)
Rang SVV Total en 2025 Progression par rapport à 2024, en %
1 Sotheby’s 386,5 + 6
2 Christie’s 333,8 – 8
3 Artcurial 208,5 + 12
4 Millon 145 + 20
5 Bonhams Cornette de Saint Cyr 83 – 15









