Fragonard et l’amour
Comme beaucoup d’œuvres de cette collection, ces deux tableaux furent confisqués par l’occupant allemand en 1940 et restitués à la famille en 1946. Cette charmante paire de « figures de fantaisie » est une allégorie de l’Amour, sous les traits d’angelots figurant pour l’un, l’Amour prudent, pour l’autre l’Amour passionnel. Le pinceau de Fragonard atteint ici des sommets de vitesse et de liberté.
Ces angelots sont présents assez tôt dans son œuvre. D’autres sujets analogues se trouvent à la National Gallery of Art de Washington et à la Frick Collection de New York. Ne réduisons pas ces tableaux aux « chérubins de la peinture érotique » comme aimaient le dire les Goncourt, car sous cette peinture désignée comme frivole se cache une sensibilité exceptionnelle.

Vente Paris, Christie’s, collection Stern, 11 décembre 2025. Estimé : 150 000/250 000 €. Adjugé : 495 300 € (frais inclus). www.christies.com
Hubert Robert au sommet
Hubert Robert se rendit à Rome en 1754 et y demeura dix années. Il fut alors émerveillé par les monuments italiens qu’il réemploya dans différentes compositions souvent réalisées à son retour en France, inaugurant ainsi un genre nouveau en modifiant, rapprochant ou supprimant des éléments où la fantaisie l’emporte sur la réalité. Ainsi le grand escalier évoque-t-il la Villa Albani ou la Villa Sacchetti dont on peut apercevoir le sarcophage au premier plan tandis que le grand bassin du pendant de ce tableau rappelle peut-être le Jardin des Tuileries.
Deux autres tableaux de mêmes dimensions furent vendus à New York, il y a quelques années, peut-être faisaient-ils partie du même ensemble décoratif. Très appréciée de son temps, l’œuvre d’Hubert Robert figure dans de nombreux musées.

Vente Paris, Christie’s, collection Stern, 11 décembre 2025. Estimé : 300 000/400 000 €. Adjugé : 3 720 000 € (frais inclus). www.christies.com
Préemption de Versailles
Ce ravissant autoportrait d’Adélaïde Labille-Guiard, qui fut la rivale d’Élisabeth Vigée Le Brun, a été préempté par le château de Versailles. Mais l’histoire fut sévère avec cette artiste qui pourtant fut reçue à l’Académie en 1783, la même année que Vigée Le Brun. Elle peignit pour les membres de la famille royale à Versailles, notamment Mesdames, filles de Louis XV. Le peintre Vincent, ami d’enfance, qu’elle épousa en 1800, lui enseigna la peinture à l’huile, où elle se distingua ensuite, comme en témoigne son Autoportrait avec deux élèves conservé au Metropolitan Museum of Art de New York. Elle s’initia également à la technique du pastel avec Maurice Quentin de La Tour.
Aujourd’hui une place de choix est réservée aux femmes peintres, surtout lorsqu’elles excellent comme Adélaïde Labille-Guiard.

Vente Paris, Tajan, 17 décembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 300 000/500 000 €. Adjugé : 843 800 € (frais inclus). www.tajan.com
La nature morte au féminin
Maria van Oosterwyck peignit des œuvres dans l’esprit de Jan Davidsz. de Heem et de Willem van Aelst, artistes auprès desquels elle se forma à Utrecht et à Amsterdam. Rare femme à être reconnue comme artiste éminente à son époque, elle obtint un certain succès auprès de Léopold Ier et de Côme III de Médicis. Son œuvre est équilibrée car son talent la pousse à organiser ces fleurs et ces fruits dans des compositions harmonieuses. L’ensemble est ici attaché par un ruban bleu, comme dans ses autres tableaux de même thème. Des papillons, image du renouveau et de la transformation, apportent une note de vie à cette nature morte.

Vente Paris, Christie’s, collection Stern, 11 décembre 2025. Estimé : 100 000/150 000 €. Adjugé : 406 400 € (frais inclus). www.christies.com
Un unicum dans l’art de François Boucher
Voici l’unique nature morte connue de François Boucher. Peut-être en peignit-il d’autres mais seule celle-ci peut lui être effectivement attribuée puisqu’elle est signée. Si le sujet s’apparente aux peintures nordiques, la technique s’en éloigne car elle est faite de touches larges, à rebours des effets minutieux des peintres de natures mortes flamands et hollandais. Plusieurs artistes ont exécuté des natures mortes en marge de leur travail habituel, tels Largillière, Subleyras, Vien ou même Goya. Certains ont réalisé des trophées de chasse, ou des natures mortes s’intégrant dans des scènes d’intérieurs mais ici nous sommes en présence d’une véritable nature morte.
Peut-être que la proximité de Jean-Baptiste Oudry – avec lequel il collabora à la manufacture de Beauvais – eut une influence sur François Boucher ; d’après son élève Johannes Christian von Mannlich, Boucher peignait chaque matin, pendant deux heures, les objets qui étaient à sa portée.

Vente Paris Drouot, Pescheteau-Badin, 12 décembre 2025. Expert : Cabinet Turquin. Estimé : 100 000/150 000 €. Adjugé : 273 000 € (frais inclus). drouot.com/fr et www.pescheteau-badin.com
Admirable trompe-l’œil
Ce tableau remplit les conditions pour être défini comme un trompe-l’œil, la nature étant si bien imitée qu’elle fait illusion. Il illustre la collection minéralogique du roi Louis XVIII, dispersée par Charles X. Il est dû à Alexandre-Isidore Leroy, peintre d’histoire naturelle qui se rendit à Londres en 1792, fuyant la Révolution. C’est d’ailleurs là-bas qu’il rencontra Louis XVIII alors en exil.
Après 1815, revenu en France, le roi le nomma Premier peintre d’histoire naturelle. Passionné, il parcourut le monde à la recherche d’objets étonnants qu’il peignit avec cette technique éblouissante. Il les rassembla pour créer ce qui constitue aujourd’hui le fonds du musée de Boulogne-sur-Mer. Entre 1803 et 1814, il réalisa six cabinets de curiosités, aujourd’hui conservés au Louvre.

Vente Paris Drouot, Beaussant-Lefèvre, 19 décembre 2025. Expert : Gérard Auguier. drouot.com/fr et www.beaussantlefevre.com









