Quoi ?
Une coquille de nautile, montée en coupe à boire. Impressionnant par ses dimensions et par l’exubérance de sa monture en argent partiellement doré, cet objet de prestige a été réalisé vers 1600, peut-être pour une riche famille de Nuremberg, les Peller. On perd sa trace jusqu’en 1822, année où il ressurgit en Angleterre, lors de la vente d’une demeure aristocratique (Wanstead House). Décrit comme « un incomparable ornement de table », il est acquis par le roi George IV, et fait une entrée remarquée au château de Windsor où, pendant des décennies, il brille de mille feux lors des dîners royaux.
Qui ?
La monture constitue une véritable sculpture magnifiant ce nautile aux dimensions hors norme – une composition complexe, peuplée d’ornements et de personnages mythologiques. Dans la partie inférieure, on reconnaît Neptune. Le dieu de la mer fend les flots sur son cheval marin, entouré de sirènes musiciennes (une base qui fait office de pied), tandis que le couvercle est surmonté de Jupiter (associé à ses deux attributs, l’aigle et la foudre).

Comment ?
Les figures ont probablement été modelées en cire, puis fondues en argent massif (technique de la fonte à la cire perdue). Un travail de ciselure et de reprise à froid a ensuite permis de définir les visages, les musculatures, les textures des rochers ou des vagues. Les attitudes se révèlent dynamiques, parfois même instables (Neptune), les gestes sont expressifs et les chevelures, mouvementées. Une pièce aux accents résolument baroques !
Par qui ?
Les Anglais ont longtemps attribué cette coupe à Benvenuto Cellini (1500-1571). Un tel faste, une telle finesse dans le rendu des anatomies ne pouvaient qu’être l’œuvre du génial orfèvre italien. Ce n’est qu’en 1911 qu’un expert a identifié, sur le couvercle et sur le pied de l’objet, le poinçon de la ville de Nuremberg et celui du maître-orfèvre Nikolaus Schmidt (vers 1550/1555-1609). Formé par Wenzel Jamnitzer (1507/1508-1585), orfèvre et graveur maniériste qui exerça longtemps à Nuremberg, Schmidt semble avoir marché sur ses pas, réalisant à son tour des pièces spectaculaires destinées aux « Wunderkammern » (Chambres des merveilles) des cours de Dresde et de Vienne.

Incontournable naturalia
Cet objet est typique des cabinets de curiosités constitués par les princes européens à partir de la Renaissance. La coupe associe nature et artifice, rareté marine – le nautile, coquillage pêché dans les océans lointains – et virtuosité humaine. Son programme iconographique se révèle aussi décoratif que savant. Neptune renvoie directement à l’univers aquatique du nautile. Jupiter, le dieu suprême, couronne la composition, car il règne à la fois sur la Terre, le Ciel et sur les autres dieux romains. Il incarne l’autorité, la justice et l’ordre cosmique.
Où voir cette œuvre ?
Elle est conservée dans les collections royales anglaises, au château de Windsor. www.rct.uk









