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Éditions Faton - Arts décoratifs - Un objet à la loupe : les extravagances baroques d’un nautile monté

Un objet à la loupe : les extravagances baroques d’un nautile monté

La coquille de ce nautile a été soigneusement polie pour laisser apparaître sa couche nacrée, puis intégrée dans une monture en argent sculptée. Focus sur un chef-d’œuvre de l’orfèvrerie en ronde bosse.
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Ce nautile monté conservé dans les collections royales anglaises au château de Windsor est un chef-d'œuvre de l'orfèvrerie en ronde bosse. Détail du coquillage nacré.
Nikolaus Schmidt (vers 1550/1555-1609), coupe nautile (détail du coquillage poli), vers 1600. Coquille de nautile avec montures en argent partiellement doré, 52 x 24 x 17 cm. Windsor Castle. © Royal Collection Enterprises Ltd 2026 | Royal Collection Trust / Bridgeman Images

Quoi ?

Une coquille de nautile, montée en coupe à boire. Impressionnant par ses dimensions et par l’exubérance de sa monture en argent partiellement doré, cet objet de prestige a été réalisé vers 1600, peut-être pour une riche famille de Nuremberg, les Peller. On perd sa trace jusqu’en 1822, année où il ressurgit en Angleterre, lors de la vente d’une demeure aristocratique (Wanstead House). Décrit comme « un incomparable ornement de table », il est acquis par le roi George IV, et fait une entrée remarquée au château de Windsor où, pendant des décennies, il brille de mille feux lors des dîners royaux.

Qui ?

La monture constitue une véritable sculpture magnifiant ce nautile aux dimensions hors norme – une composition complexe, peuplée d’ornements et de personnages mythologiques. Dans la partie inférieure, on reconnaît Neptune. Le dieu de la mer fend les flots sur son cheval marin, entouré de sirènes musiciennes (une base qui fait office de pied), tandis que le couvercle est surmonté de Jupiter (associé à ses deux attributs, l’aigle et la foudre).

Ce nautile monté conservé dans les collections royales anglaises au château de Windsor est un chef-d'œuvre de l'orfèvrerie en ronde bosse. Détail de Neptune sur son cheval marin.
Nikolaus Schmidt (vers 1550/1555-1609), coupe nautile (détail de Neptune sur son cheval marin ), vers 1600. Coquille de nautile avec montures en argent partiellement doré, 52 x 24 x 17 cm. Windsor Castle. © Royal Collection Enterprises Ltd 2026 | Royal Collection Trust / Bridgeman Images

Comment ?

Les figures ont probablement été modelées en cire, puis fondues en argent massif (technique de la fonte à la cire perdue). Un travail de ciselure et de reprise à froid a ensuite permis de définir les visages, les musculatures, les textures des rochers ou des vagues. Les attitudes se révèlent dynamiques, parfois même instables (Neptune), les gestes sont expressifs et les chevelures, mouvementées. Une pièce aux accents résolument baroques !

Par qui ?

Les Anglais ont longtemps attribué cette coupe à Benvenuto Cellini (1500-1571). Un tel faste, une telle finesse dans le rendu des anatomies ne pouvaient qu’être l’œuvre du génial orfèvre italien. Ce n’est qu’en 1911 qu’un expert a identifié, sur le couvercle et sur le pied de l’objet, le poinçon de la ville de Nuremberg et celui du maître-orfèvre Nikolaus Schmidt (vers 1550/1555-1609). Formé par Wenzel Jamnitzer (1507/1508-1585), orfèvre et graveur maniériste qui exerça longtemps à Nuremberg, Schmidt semble avoir marché sur ses pas, réalisant à son tour des pièces spectaculaires destinées aux « Wunderkammern » (Chambres des merveilles) des cours de Dresde et de Vienne.

Ce nautile monté conservé dans les collections royales anglaises au château de Windsor est un chef-d'œuvre de l'orfèvrerie en ronde bosse.
Nikolaus Schmidt (vers 1550/1555-1609), coupe nautile, vers 1600. Coquille de nautile avec montures en argent partiellement doré, 52 x 24 x 17 cm. Windsor Castle. © Royal Collection Enterprises Ltd 2026 | Royal Collection Trust / Bridgeman Images

Incontournable naturalia

Cet objet est typique des cabinets de curiosités constitués par les princes européens à partir de la Renaissance. La coupe associe nature et artifice, rareté marine – le nautile, coquillage pêché dans les océans lointains – et virtuosité humaine. Son programme iconographique se révèle aussi décoratif que savant. Neptune renvoie directement à l’univers aquatique du nautile. Jupiter, le dieu suprême, couronne la composition, car il règne à la fois sur la Terre, le Ciel et sur les autres dieux romains. Il incarne l’autorité, la justice et l’ordre cosmique.

Où voir cette œuvre ?

Elle est conservée dans les collections royales anglaises, au château de Windsor. www.rct.uk

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