Le nom d’Arthur Veil-Picard (1854-1944) est synonyme de goût sûr et de choix éclairés. Son éminente collection de tableaux et de dessins du siècle des Lumières est restée en majeure partie préservée depuis l’après-guerre, une fois les œuvres saisies par les nazis restituées à sa famille, en 1946. Bien connue des historiens de l’art, elle demeurait pourtant jusqu’à aujourd’hui à l’abri des regards. Mercredi 25 mars, Christie’s a dispersé trente peintures et dessins de cet insigne ensemble, dont des œuvres de Fragonard, Watteau, Robert, Moreau le Jeune et Vigée Le Brun. Très judicieusement, le musés du Louvre et le château de Versailles n’ont pas manqué cette opportunité unique d’enrichir leurs collections.
La célèbre Madame Geoffrin entre au Louvre
La vacation proposait une paire de tableaux signés Hubert Robert (1733-1808), Le Déjeuner de Madame Geoffrin et Un Artiste présente un portrait à Madame Geoffrin. Exposés au Salon de 1771, ils furent commandés à l’artiste par l’influente Thérèse Geoffrin, dont le Salon, très couru, fut fréquenté par les plus brillants esprits du XVIIIe siècle. Estimée 800 000 à 1,2 million d’euros et adjugée 2,439 millions d’euros (frais inclus), la paire, qui gagnera les cimaises du musée du Louvre grâce au mécénat de la Société des Amis du Louvre, représente la commanditaire dans son hôtel particulier, aux murs desquels Robert a habilement placé un paysage de sa main. Ces tableaux feront écho à plusieurs pièces ayant appartenu à la fameuse salonnière, à l’image de l’exceptionnel service à dessert en porcelaine de Vienne, envoyé à Madame Geoffrin par l’impératrice Marie-Thérèse d’Autriche après leur rencontre, acquis par dation en 2020.

Les souvenirs d’une fête royale pour Versailles
Les feuilles acquises par le musée national du château de Versailles sont tout aussi célèbres que la paire de tableaux rejoignant le Louvre, et d’un double intérêt patrimonial, historique et artistique. Signées Jean-Michel Moreau le Jeune (1741-1814), dessinateur des Menus-Plaisirs, et datées 1783, ces deux paires de dessins représentent les fêtes organisées par la ville de Paris à la demande de Louis XVI pour célébrer la naissance du Dauphin Louis-Joseph, le 21 octobre 1781. Ces quatre dessins préparent les estampes commandées par la municipalité pour conserver le souvenir de cet événement, qui eut lieu les 21 et 23 janvier 1782.

Louis XVI et Marie-Antoinette célébrés
La plus grande paire figure l’arrivée de la reine à l’Hôtel de Ville, le carrosse de Marie-Antoinette étant entouré d’un immense cortège, et le feu d’artifice tiré depuis un temple néoclassique dressé, le temps des festivités, sur la place de l’Hôtel de Ville. Moreau le Jeune brosse avec maestria la magie du spectacle éphémère et le ciel traversé par les lumières des fusées. La seconde paire montre le festin du 21 janvier 1782 et le bal donné deux jours plus tard, qui se tinrent tous deux dans une haute salle elle aussi éphémère.










