Dans la haute société parisienne de la fin du XIXe siècle, l’éventail, accessoire féminin venu du Japon, était incontournable, tant pour passer la journée dans une guinguette des bords de Seine que pour une soirée à l’opéra. Les tableaux de cette époque, tels ceux de Renoir actuellement exposés au musée d’Orsay, regorgent de femmes vêtues à la dernière mode et arborant de délicats éventails. À l’ère du japonisme, l’accessoire a naturellement séduit les peintres de la vie moderne.
Un format propice à la création
C’est surtout par leur esthétique que les éventails impressionnistes et postimpressionnistes s’apparentent au japonisme. Stimulés par la difficulté d’inscrire une composition sur une surface semi-circulaire, les peintres adaptent leurs thèmes habituels à la forme atypique de cet accessoire, qu’il s’agisse de paysages, de natures mortes, de scènes de genre, voire de représentations de ballets, sujet favori de Degas. Les adeptes des cadrages insolites y trouvent un format se prêtant particulièrement à la représentation du mouvement.

Un ensemble de premier plan
Le musée d’Orsay vient de recevoir en donation dix-sept éventails de cette période, offerts au musée par la famille Kan. Cet ensemble, constitué durant les vingt dernières années, vient opportunément compléter la collection d’éventails peints et de projets d’éventails du musée. Jusqu’alors modeste, elle comptait quelques œuvres de Pissarro, Degas ou Blanche – artistes représentés dans la donation –, ainsi que de Maximilien Luce et Pierre Bonnard.

Des ballets de Degas à la Polynésie de Gauguin
La donation réunit les œuvres de huit artistes, des Deux Danseuses (1878-1879) de Degas à un éventail peint par Toulouse-Lautrec vers 1892, en passant par Chat noir et chat tigré (1917) de Foujita, une œuvre d’Alexandre Iacovleff, Deux jeunes filles sur une banquette de Jacques-Émile Blanche et quatre éventails dessinés et peints par Gauguin. Impressionniste le plus prolifique dans cet exercice, Pissarro est l’auteur de sept éventails ou études, dont Femme portant un enfant dans un jardin (1887) et La Sieste aux champs (1893). Le musée d’Orsay présente l’intégralité de la donation jusqu’au mois de juin. Quelques œuvres seront ensuite exposées par roulement, leur fragilité imposant de limiter leur exposition à la lumière.

« Éventails impressionnistes. Une donation exceptionnelle de la famille Kan », jusqu’au 21 juin 2026 au musée d’Orsay, esplanade Valéry Giscard d’Estaing, 75007 Paris. www.musee-orsay.fr









