Au XIVᵉ siècle, le château de Saint-Izaire et son domaine appartiennent à l’abbaye de Vabres, située à une douzaine de kilomètres plus à l’est.
Le château de Saint-Izaire : la résidence secondaire de l’évêque
Lorsque cette dernière est érigée en diocèse par le pape Jean XXII en 1317, le nouvel évêque choisit de faire édifier dans la cité, où existe déjà un château, un véritable palais avec tout le confort, l’équipement et le décor dus à son rang. Il s’agit en quelque sorte d’une résidence secondaire à la campagne qui doit être à la hauteur du luxe auquel les évêques de Vabres sont depuis toujours habitués. Car, en effet, et comme partout ailleurs, ils sont, dès le XIVᵉ siècle, recrutés parmi les familles aristocratiques. Leurs pères ont le titre de vicomtes, comtes ou barons, leurs frères aînés héritent de ces titres, les autres deviennent prélats ou cardinaux, leurs sœurs sont mariées à de riches familles alliées.
Un titre prestigieux pour une carrière ambitieuse
Le titre d’évêque est prestigieux, lucratif aussi grâce aux revenus du diocèse. Celui de Vabres est une étape dans la carrière de ces hommes ambitieux qui aspirent à des diocèses mieux dotés ou à devenir cardinaux pour intégrer la cour du pape. Aux longs épiscopats de Pierre puis de Raymond d’Olargues (1317- 1329 et 1329-1347) succèdent des personnalités comme Pierre d’Aigrefeuille (1347-1349), fils de chevalier, Guy de Ventadour (1349-1352), fils de vicomte, ou encore Bertrand de Pébrac (1352- 1360), cadet du vicomte de la Barthe.

La cour, élément central des circulations
Il n’est donc pas surprenant qu’à Saint-Izaire, les évêques édifient un château imposant, d’un aspect extérieur particulièrement massif (un carré de 35 m de côté), tout en grès rouge dominant le petit village de la vallée du Dourdou. Après avoir franchi, au centre de la façade ouest, le portail principal protégé par une herse, le visiteur se retrouve dans une cour intérieure équipée d’une citerne souterraine pour l’approvisionnement en eau. La cour est l’élément central des circulations : on tourne autour au rez-de-chaussée et aux étages pour se rendre de salle en salle. Celles du rez-de-chaussée, peu lumineuses et couvertes de voûtes en berceau, sont des espaces de stockage et ont toutes une porte sur la cour.
Une chapelle privée au décor peint
Une galerie en bois, aujourd’hui disparue, bordait les côtés et desservait les salles du premier étage. La chapelle privée de l’évêque occupe l’angle sud-est de ce niveau. Sa cohérence initiale est perdue par la création d’un plancher au XVIIᵉ siècle qui a partitionné sa hauteur, mais elle reste la pièce majeure du palais. Couverte par deux croisées d’ogives caractéristiques du XIVᵉ siècle, elle présente un décor peint de cette époque, composé sur les murs d’un jeu de cubes polychromes (principalement rouge, jaune, bleu et noir) agrémentés de fleurs rouges à quatre pétales et sur les voûtes de frises géométriques. D’autres salles des étages conservent des décors peints du XIVᵉ siècle, damiers aux cases rouges et blanches, drapés et faux-appareils reproduisant des parements en pierres de taille soulignés par des joints de couleur rouge.
La chambre de l’évêque au superbe plafond mouluré
À l’époque moderne, le château de Saint-Izaire est régulièrement occupé par l’évêque qui ouvre des chantiers pour l’adapter au goût du jour, avec notamment la création de grandes croisées et de cheminées. La chambre de l’évêque, dans l’angle nord-ouest, est couverte d’un superbe plafond mouluré et décoré de motifs végétaux, d’anges et d’allégories, de style Louis XIII. L’édifice porte les armes de François III de la Valette-Cormusson (1622-1644). Son successeur, Louis de Baradat (1674-1710), lance un chantier de réfection des planchers avec modification des niveaux et des circulations. La galerie sur cour est sans doute alors détruite, lorsque sont préférées des circulations intérieures en enfilade.

Un château classé Monuments historiques en 1991
Après que les évêques sont chassés à la Révolution, le château passe par de multiples propriétaires et accueille diverses fonctions, dont celle d’école et de pensionnat jusqu’aux années 1960, conduisant à de profonds remaniements : destructions et reconstructions d’élévations, percement de fenêtres. Classé Monuments historiques en 1991, il est désormais propriété de la commune et abrite, en plus de la mairie, un musée de l’Archerie et une salle dédiée à l’archéologue Frédéric Hermet. La commune envisage la restauration des décors les plus remarquables et étudie un nouveau circuit de visite avec l’aide de la Drac Occitanie, de l’architecte Simon Petot Bottin et du bureau d’investigations archéologiques Hadès.









