Éditions Faton - Foires et salons - Salvator Mundi, Gentileschi père et fille, monumental Dufy : les trésors de la TEFAF Maastricht 2026
Salvator Mundi, Gentileschi père et fille, monumental Dufy : les trésors de la TEFAF Maastricht 2026
La TEFAF a beau tenir son rang de grand-messe annuelle du marché de l’art international, certaines éditions s'élèvent nettement au-dessus des autres. Celle de 2026 s'impose d'emblée comme un jalon. Entre le Salvator Mundi de Ganay, dont les recherches récentes ont reconfiguré la place au sein de la production léonardienne, la redécouverte d'un panneau de Jean Cousin l'Ancien, l'attribution à Gaetano Monti d'un éléphant en marbre longtemps rangé sous une étiquette générique, le dévoilement d'un socle de corail enfoui deux siècles sous sa gangue de cire, ou la réapparition d'un Dufy absent du marché depuis son exécution en 1937 : ce millésime 2026 s'avère riche en révélations. Portrait d'une édition en une dizaine d'œuvres incontournables.
Cette stèle funéraire attique datée vers 375-350 avant notre ère et présentée chez David Aaron figure une défunte de profil, en haut-relief : la main droite levée vers l’épaule, les doigts légèrement recourbés comme pour saisir un objet. Son nom, Medeia, court sur l’architrave en une seule ligne d’inscription. Certaines pièces n’attendent pas : elle a été cédée dès le premier jour du vernissage de la TEFAF à une grande institution américaine pour 450 000 livres sterling.
Retenu sur le sol espagnol par les règles d’exportation, comme ce fut le cas l’an passé de l’effigie de la vénérable mère Jerónima de la Fuente présentée chez Stuart Lochhead Sculpture, le Portrait de Don Sebastián García de Huerta (vers 1628-1629) exposé chez Colnaghi risque d’être davantage objet de contemplation que de transaction. Ce grand portrait d’ecclésiastique et juriste appartient aux premières années madrilènes de Velázquez, avant son voyage décisif en Italie. Dans un état de conservation exceptionnel, sobrement campé sur fond sombre dans la tradition sévillane, il a figuré à Vienne et au Grand Palais lors des grandes rétrospectives consacrées au maître. Sept millions d’euros pour un tableau qu’on peut admirer mais difficilement emporter : la frontière n’est pas seulement géographique.
Chef-d’œuvre de l’orfèvrerie sicilienne baroque, la caravelle d’Ippolito Ciotta (Trapani, vers 1680) présentée chez Altomani & Sons n’est pas, à proprement parler, une nouveauté : la pièce avait déjà été montrée à Maastricht l’année passée. Mais une restauration récente lui a restitué un élément insoupçonné : le socle, dissimulé depuis plus de deux siècles sous une couche de cire rouge, s’est révélé entièrement paré de carreaux de corail. Celui-ci, venant de Trapani, se distingue par une tonalité chaude et profonde que ni le sarde ni le chinois n’égalent.
Dévoilé chez Agnews, le Salvator Mundi de Ganay sur panneau de noyer passait, avant la redécouverte de la version Cook vendue pour 450 millions de dollars chez Christie’s en 2017, pour la plus convaincante des quelque vingt versions connues. Les analyses menées par le Louvre en 2019 en amont de sa présentation dans l’exposition qu’il consacrait au génie de la Renaissance ont sensiblement resserré le lien avec Léonard de Vinci : la réflectographie infrarouge a révélé l’usage d’un spolvero, technique de report documentée dans la pratique du maître et de son atelier, conduisant les conservateurs à y voir « une version réalisée par un élève fidèle, probablement peinte sous la supervision du maître et avec une possible intervention de sa main ». Prix confidentiel — mais en 2022, une copie anonyme et abîmée du même sujet partait chez Christie’s pour un million d’euros.
Quatre termes en terre cuite grandeur nature, commandés vers 1546-1548 pour le château d’Oiron par Claude Gouffier, Grand Écuyer de François Ier, ont traversé des siècles et plusieurs continents avant de se retrouver chez Stuart Lochhead Sculpture. Leur itinéraire est remarquable : propriété successive des Gouffier puis des Morgan — père et fils —, prêt de longue durée au Metropolitan Museum of Art à partir de 1925, vente en 1944. Ils partagent le stand avec le Vase de Néron, objet du Ier siècle de notre ère provenant de la Domus Transitoria, premier palais de l’empereur, cédé dès l’ouverture à une institution américaine pour 1,8 million de livres sterling. Le groupe en terre cuite, lui, demeure disponible à prix confidentiel.
Chez Paul Ruitenbeek Chinese Art (Amsterdam), un cabinet en laque sculptée de la période Qianlong (1736-1795) a captivé les connaisseurs. Ses panneaux en haut-relief figurent Immortels et enfants dans un jardin montagneux, entourés de symboles de longévité. Conçu pour reposer sur un kang et conserver des objets précieux, ce type de meuble était réservé aux cercles les plus proches du trône : un cabinet comparable fut offert par Qianlong lui-même au roi George III.
Acquis lors d’une vente Artcurial en 2023 sous la mention générique d’« École probablement romaine vers 1800 », cet extraordinaire éléphant en marbre gris, posé sur une base de marbre de Sienne, présenté chez Altomani & Sons, est en réalité une œuvre du sculpteur milanais Gaetano Monti (1751-1827) — attribution établie par comparaison avec des œuvres documentées du maître. Modelé d’après nature, avec une précision anatomique que seule l’observation directe de l’animal vivant permet, il ne relève ni de l’allégorie ni de l’exotisme décoratif : c’est un portrait. Les représentations sculptées de l’éléphant étaient, à l’époque moderne, d’une rareté sans commune mesure avec leurs équivalents peints ou gravés. L’œuvre a été cédée à une institution non européenne à un prix confidentiel — sans doute à la hauteur du sujet : pachydermique !
Dans la famille Gentileschi, père et fille étaient convoqués pour se partager les cimaises de la TEFAF. Orazio était présent chez Trinity Fine Art (Londres) avec un Saint Jérôme pénitent d’une force ascétique saisissante, proposé à six millions d’euros.
Sa fille Artemisia était représentée par deux tableaux d’approches très différentes : une peinture à l’huile sur cuivre de format intimiste chez Lullo Pampoulides (Londres, 4,5 M€), et un autoportrait sous les traits de Cléopâtre chez Jean-François Heim (Bâle, 6 M€), vendu dès le premier jour de la foire à un collectionneur privé.
Chez MS Rau, Le chapeau aux cerises de Pierre-Auguste Renoir met en scène Aline Charigot — future Mme Renoir — dans un portrait d’une tendresse lumineuse à l’influence japonisante. L’œuvre provient de l’une des collections privées les plus remarquables d’Europe : celle de Cayetana Fitz-James Stuart, dix-huitième duchesse d’Albe, dont les trésors ornaient le Palacio de Liria à Madrid. Proposé aux alentours de dix millions de dollars, ce tableau, exécuté vers 1884, illustre la fin des vingt premières années de carrière de l’artiste, une période actuellement à l’honneur dans l’exposition « Renoir et l’amour » qui vient d’ouvrir ses portes au musée d’Orsay.
Église de Vernon, Soleil et Église de Vernon, Temps gris (1894) : ces deux toiles de Claude Monet proposées ensemble et en cours de négociation pour vingt millions d’euros chez Alon Zakaim Fine Art appartiennent à une série de sept. Peints depuis les rives de la Seine, ces deux tableaux traitant du même motif — l’un baigné de lumière, l’autre enveloppé de brume — pourraient avoir été exécutés le même jour. Deux états d’une même vérité : non la pierre de l’église, mais ce que la lumière en fait.
Œuvre testament, La Pentecôte de Jean Cousin le Père (vers 1506-vers 1560) constitue l’un des événements patrimoniaux de cette édition de la TEFAF, tant les œuvres de ce maître sont rarissimes sur le marché (à l’échelle internationale, seules quatre petites encres sur papier sont référencées sur Artprice). Ce panneau monumental de deux mètres de large — provenant de la Chartreuse de Vauvert à Paris, détruite pendant la Révolution — vient enrichir un catalogue raisonné qui ne compte pas dix tableaux à l’attribution certaine. La galerie italienne Caretto & Occhinegro l’a cédé dès la preview à un prix confidentiel.
Chez David Lévy & Associés, Le Cours de la Seine (1936-1937) de Raoul Dufy réapparaît sur le marché pour la première fois depuis son exécution. Cette étude monumentale de trois mètres de long — réalisée pour le bar-fumoir du Palais de Chaillot dans le cadre de l’Exposition universelle de 1937 — est proposée à 950 000 euros. Dufy en peignit deux versions : la seconde, triptyque laissé inachevé, fut déposée au musée des Beaux-Arts de Rouen en 1977. Près de quatre-vingt-dix ans d’invisibilité commerciale : une discrétion à l’image du peintre.
Statices (vers 1929), présenté chez Kamel Mennour à 4,5 millions d’euros, appartient à la série des Transparences. Francis Picabia y superpose plusieurs images perturbant délibérément la perception : Botticelli — les deux visages féminins évoquent La Madone Bardi et Le Printemps — voisine avec un triton antiquisé au contour orange et une figure sculptée dans des nuances de bleu. Dès le premier jour du vernissage, plusieurs offres à plus de trois millions furent déclinées. Le tableau a finalement trouvé preneur à un prix non divulgué.
« TEFAF Maastricht », du 14 au 19 mars 2026, MECC, Forum 100, 6229 GV Maastricht. Tél. 00 31 43 383 83 83. Détails et programmation complète sur www.tefaf.com
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