Bienvenue à Maintenon

« Maintenon n’est pas un château royal, même si le Roi-Soleil a bien voulu se pencher sur ses transformations, rappelle l’historien Jean-Christian Petitfils dans sa préface. Il est mieux que cela : un trésor national. » Cet édifice composite au charme singulier, niché au cœur de la vallée de l’Eure, fait l’objet d’un bel ouvrage admirablement illustré. D’une plume alerte, Claire L’Hoër, normalienne, agrégée d’histoire, retrace avec brio le passé mouvementé du château, depuis les premiers seigneurs du Moyen Âge jusqu’au monument historique ouvert au public, en passant par les turbulences de la Révolution et de la Seconde Guerre mondiale. L’ouvrage fait bien sûr la part belle à Françoise d’Aubigné, devenue marquise de Maintenon puis épouse morganatique de Louis XIV. Le texte est accompagné de documents anciens (plans, relevés architecturaux, portraits gravés, peintures) et de 150 superbes photographies de Guillaume de Laubier (souvent en pleine page) qui invitent le lecteur à se promener dans le jardin réorganisé par André Le Nôtre, le parc à l’anglaise, à admirer les façades de briques et de pierres, à explorer le château pièce après pièce pour en saisir toute la beauté. Myriam Escard-Bugat
Claire L’Hoër, Le château de Maintenon au fil des siècles, préface de Jean-Christian Petitfils, photographies de Guillaume de Laubier, Tallandier, 2025, 224 p., 39,50 €.
Charpentes de cathédrales

Généralement en bois, plus rarement en briques, métal ou béton, les charpentes des quatre-vingt-sept cathédrales de France sont des lieux singuliers et méconnus dont l’incendie de Notre-Dame de Paris a cruellement rappelé la vulnérabilité. Le vaste plan de mise en sécurité lancé par l’État dès 2020 accorde tout naturellement une importance majeure aux combles de ces monuments et envisage des cloisonnements afin de limiter une potentielle propagation de feu. Mais avant de mener de tels travaux, il semblait indispensable de conserver la mémoire de ces espaces sous les toits. « Dans l’esprit de la Mission héliographique du XIXe siècle », le ministère de la Culture a donc imaginé une ambitieuse campagne photographique que ce superbe ouvrage rend accessible à tous. Sous la houlette de l’archiviste paléographe Isabelle Chave, sous-directrice des Monuments historiques et sites patrimoniaux au ministère de la Culture, une quinzaine d’éminents archéologues, conservateurs du patrimoine et autres historiens apportent leur expertise sur ces charpentes pluriséculaires et sur le plan de mise en sécurité. Quant aux huit photographes (Thomas Jorion, Laurent Kruszyk, Xavier Spertini, Patrick Tournebœuf…), tous affichent une solide expérience dans le domaine de l’architecture et livrent ici des clichés impressionnants voire surprenants, tantôt en laissant libre cours à leur imagination, tantôt en respectant les points de vue imposés. La partie « Florilège », qui constitue les deux tiers de cet imposant livre, s’arrête sur chaque édifice pour en dévoiler l’histoire et les spécificités, par le texte et l’image. Myriam Escard-Bugat
Isabelle Chave (dir.), Sous les toits des cathédrales. Charpentes et combles dans l’œil de huit photographes, Éditions du patrimoine, 2025, 300 p., 49 €.
Un regard inédit sur l’Amazonie

Ce catalogue a été publié à l’occasion de l’exposition « Amazônia » qui s’est déployée au musée du quai Branly entre le 30 septembre 2025 et le 18 janvier 2026 dans le cadre de la saison culturelle France-Brésil. Rédigé sous la direction de Leandro Varison, directeur adjoint du département de la recherche et de l’enseignement du musée du quai Branly – Jacques Chirac, et de l’artiste Denilson Baniwa qui milite pour les droits des autochtones brésiliens, il la complète admirablement. Au fil d’une maquette aussi esthétique qu’originale, dans des couleurs chatoyantes, ce livre très bien illustré est divisé en deux parties : la première regroupe une suite d’essais d’auteurs autochtones livrant chacun sa propre vision de l’art et de la beauté ; la seconde partie est constituée d’une succession de focus sous la forme de textes courts qui analysent les œuvres ou les groupes d’objets exposés : vanneries, coiffes, masques, parures, plumasserie, peignes, colliers, céramiques, scarificateurs, hamacs, tabourets, banc cérémoniel, instruments de musique, armes de chasse… Ce florilège témoigne de l’immense diversité culturelle d’une région du globe qui rassemble pas moins de 350 peuples autochtones différents et environ 300 langues (dont des langues des signes). Un cahier central composé de splendides photographies de détail en pleine page offre une plongée au cœur même de ces pièces. « Inviter à repenser l’Amazonie non comme un décor, mais comme un espace culturel vibrant et résistant – un appel à reconnaître ses voix, ses histoires, ses futurs multiples », tel est le but de ce livre et de cette exposition. Nathalie d’Alincourt
Denilson Baniwa et Leandro Varison (dir.), Amazônia. Créations et futurs autochtones, coédition Skira / musée du quai Branly – Jacques Chirac, 2025, 224 p., 39 €.
Pour l’amour du chat

S’il est un animal qui a de tout temps fasciné les peintres, c’est bien le chat. À la fois familier, intime, volontiers affectueux, tout autant que distant et souverainement indépendant, il fut vénéré dans l’Égypte antique, puis associé au diable et à la sorcellerie durant le Moyen Âge, avant d’être réhabilité à partir de la Renaissance. Il devint alors progressivement un motif pictural et un sujet à part entière, dans les natures mortes comme dans les scènes de genre, et jusque dans les portraits qu’il agrémente de sa majestueuse présence. En cinq chapitres judicieusement pensés, l’historienne de l’art Caroline Larroche convoque une centaine d’œuvres de Véronèse, Chardin, Courbet, Renoir, Steinlen, Bonnard, Morisot, Matisse et bien d’autres, et ponctue son propos de célèbres poèmes, de Baudelaire ou Mallarmé notamment. Au fil des pages, on mesure alors avec quelle virtuosité les peintres immortalisèrent cette figure incontournable de nos foyers, sans jamais toutefois percer tout à fait son mystère insondable. Plus léger et dans une veine humoristique, Chat étudie quant à lui la place du félidé dans la culture visuelle. 200 illustrations fonctionnant par paires opèrent ainsi des rapprochements souvent singuliers entre les représentations que l’animal domestique a inspirées aux peintres, dessinateurs, sculpteurs, illustrateurs, publicitaires… au fil de l’histoire, des continents et des cultures. Dès la couverture au graphisme soigné, arborant un chat noir faussement calme roulé en boule et nous fixant de ses larges pupilles, l’on ronronne de plaisir devant toutes ces créatures qui ont décidément l’art et la manière de capter toute l’attention… Florie Lafond-Cornette
Caroline Larroche, Les chats dans la peinture (grand format), Hazan, 2025, 240 p., 60 €.
Chat, introduction de Leïla Jarbouai, Phaidon, 2026, 232 p., 39,95 €.









