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Éditions Faton - Fouilles & Découvertes - Arles : du nouveau sur le complexe portuaire de la colonie romaine

Arles : du nouveau sur le complexe portuaire de la colonie romaine

Après une longue période d’interruption, les opérations subaquatiques ont repris en 2023 dans le Rhône. Menées par les archéologues du musée départemental Arles antique, associés à ceux du CNRS et de l’Inrap, elles ont livré épaves et objets qui renouvèlent grandement nos connaissances sur le complexe portuaire de la colonie romaine d’Arles, la « petite Rome des Gaules » selon le poète Ausone au IVᵉ siècle. Bilan de trois riches années de découvertes.
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Les opérations subaquatiques ont repris en 2023 dans le Rhône à Arles : ici mise à l’eau des archéologues-plongeurs
Mise à l’eau des archéologues-plongeurs dans le Rhône, face au quartier de la Roquette. © Lionel Roux, Aix Marseille Université, CNRS, CCJ

Si le Rhône est un terrain très contraignant du point de vue des plongées, en raison du courant, du passage des péniches, de la pollution et, surtout, du manque de visibilité, les millions d’objets et les dizaines d’épaves antiques qu’il recèle ont conduit les archéologues aux pieds palmés à y mener des prospections et des fouilles dès la fin des années 1980.

Un chaland gallo-romain mis au jour en 2011

L’année 2007 marque un tournant avec la découverte du buste présumé de César, et de multiples sculptures en marbre et en bronze, mais 2011 reste une année majeure avec la mise au jour et le renflouage de l’épave Arles-Rhône 3, et la mise au jour de milliers d’objets issus du dépotoir portuaire dans lequel elle se trouvait prise. Ce chaland gallo-romain de 31 m et près de 500 objets en lien avec le port fluvio­maritime de l’antique Arelate sont désormais accessibles au public au sein du musée départemental Arles antique, spécialement agrandi pour l’occasion.

2023 : reprises des fouilles subaquatiques dans le Rhône

Après un passage dans le Rhône en 2014 pour étudier l’épave d’un autre chaland (Arles-Rhône 5), il a fallu attendre neuf ans pour voir le retour des archéologues du musée dans le fleuve. La construction de nouvelles réserves archéologiques et l’élan donné par le conseil départemental des Bouches-du-Rhône ont été les déclencheurs de cette reprise. En 2023, le musée, en codirection avec le Centre Camille Jullian, et avec la collaboration de l’Inrap et le soutien logistique du Drassm a organisé une opération de prospection-inventaire. Elle a rempli tous ses objectifs : à savoir retrouver cinq épaves ciblées pour leur intérêt scientifique, en faire un constat d’état et une nouvelle expertise.

Les opérations subaquatiques ont repris en 2023 dans le Rhône à Arles : ici relevé bathymétrique.
Relevé bathymétrique du Rhône dans la traversée d’Arles, en décembre 2025, par la société Semantic pour le musée départemental Arles antique. © Émilie Saubestre, Aix Marseille Université, CNRS, CCJ

Priorité à la fouille des épaves

Grande réussite : pour la première fois, des photogrammétries complètes de certaines épaves ont été réalisées. Cette technique de relevé permet de gagner en temps et en précision lors des phases de documentation sous l’eau, dans des conditions de visibilité le plus souvent fort réduites. À l’issue de cette opération, un programme collectif de recherche intitulé « Le Rhône antique dans la traversée d’Arles » a été élaboré, réunissant une cinquantaine de chercheurs. Il donne la priorité à la fouille des épaves Arles-Rhône 15 et Arles-Rhône 7, et aux prospections et sondages effectués dans le dépotoir portuaire.

Arles-Rhône 15

Après une année blanche en raison des très mauvaises conditions hydrologiques du Rhône qui a connu plusieurs crues en 2024, trois opérations ont eu lieu lors d’une même mission à la fin de l’été 2025. La première a porté sur l’épave Arles-Rhône 15 (Ier siècle de notre ère), une barque de moins de 5 m de long bien conservée. Elle correspond, avec son tableau d’extrémité, au type des naves horeia, bien connus par l’iconographie et quelques vestiges.

Les opérations subaquatiques ont repris en 2023 dans le Rhône à Arles : ici relevé en cours de l’épave Arles-Rhône 15.
Relevé en cours de l’épave Arles-Rhône 15. © Lionel Roux, Aix Marseille Université, CNRS, CCJ

Présence d’un dépotoir confirmée

À proximité, des carottages ont été réalisés en vue d’une étude géomorphologique et d’une restitution de la berge antique. Dans le même secteur, la deuxième intervention consistait en des prospections et un sondage. Si les premières ont livré des madriers de 17 m de long (la datation au carbone 14 des prélèvements de bois déterminera s’ils sont antiques), l’ouverture du second a confirmé la présence d’un dépotoir portuaire (amphores, conserves de bord des marins, vases marchandises, bouchons, etc.) du Ier siècle de notre ère. Situé bien en aval du centre-ville actuel, il révèle l’une des limites de l’extension du port antique à cette période. Au sein du sondage, les archéologues ont aussi découvert une pièce de charpente de marine isolée : sa forme, ses dimensions et ses assemblages la rattachent à un bateau maritime antique d’une vingtaine de mètres de longueur.

Un trésor monétaire exceptionnel

Enfin, la troisième opération s’est intéressée à une autre épave dont une extrémité a été dégagée : ce bateau de type allège (en charge de délester les bateaux maritimes aux avant-ports), baptisé Arles-Rhône 7, est daté du milieu du IIIe siècle. Un sondage, effectué au sein du dépotoir portuaire recouvrant cette épave, a conduit à la découverte d’un trésor monétaire. La concentration exceptionnelle de 600 monnaies en alliage cuivreux agglomérées à l’intérieur d’un cercle ne dépassant pas 20 cm de diamètre et la précision de leur datation, qui se situe entre 265 et 275, confirme qu’il s’agit bien d’un trésor.

Les opérations subaquatiques ont repris en 2023 dans le Rhône à Arles : ici découverte d'un trésor monétaire.
Découverte de monnaies des IIIᵉ et IVᵉ siècles au sein du dépotoir portuaire. © Lionel Roux, Aix Marseille Université, CNRS, CCJ

Une bathymétrie du Rhône

À l’automne 2025, une bathymétrie du Rhône dans la traversée d’Arles a également été menée. Associant un sondeur multifaisceaux et un sonar à balayage latéral, les rendus de ce relevé offrent une vision tridimensionnelle des anomalies se trouvant au fond du fleuve, aidant à repérer de nouvelles épaves et de possibles aménagements de berges. Dès que le Rhône le permettra, et que les conditions de visibilité seront optimales, les premières plongées de reconnaissance de ces points devraient commencer, peut-être dès ce mois de mars, tandis que la fouille de l’épave Arles-Rhône 7 se poursuivra en septembre prochain.

David Djaoui et Sabrina Marlier, musée départemental Arles antique/CD13, Pierre Poveda, Aix Marseille Université, CNRS, Centre Camille Jullian, Alex Sabastia, Inrap, Aix Marseille Université, CNRS, Centre Camille Jullian, responsables des opérations scientifiques et du PCR « Le Rhône antique dans la traversée d’Arles »

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