Les États-Unis, locomotive du marché de l’art, ont insufflé leur dynamisme
En 2024, les États-Unis concentraient environ un tiers du marché mondial mais les enchères avaient globalement chuté de 25 % en raison d’une contraction de l’offre. Le contexte international incertain, sans compter le nouveau régime douanier annoncé par le président Donald Trump, tendaient à rendre les prévisions pessimistes. Or les résultats de l’année 2025 ont finalement déjoué ces mauvais pronostics et démontré un regain de confiance de la part des différents acteurs.

Des collections prestigieuses
La place de New York a été le théâtre de ventes exceptionnelles grâce à la dispersion de collections prestigieuses. Si on a d’abord assisté à un printemps encore frileux (avec des chiffres globalement un peu inférieurs à ceux de 2024), les ventes de l’automne se sont déroulées dans une atmosphère euphorique, rassemblant des collectionneurs du monde entier. Christie’s a vendu deux des trois plus importantes collections de l’année, celle de Leonard et Louise Riggio en mai, qui a totalisé 272 M$, et celle de Robert F. et Patricia G. Ross Weis, engrangeant 223 M$ en novembre, notamment grâce au tableau de Mark Rothko – No. 31 (Yellow Stripe) – adjugé 62,1 M$.
Les « ventes 20/21 » en novembre à New York chez Christie’s ont frisé le milliard de dollars (964,5 M$), soit le chiffre le plus élevé réalisé depuis trois ans. Sa concurrente Sotheby’s a quant à elle dépassé ce seuil pour l’ensemble des ventes de la saison.

Les artistes iconiques du XXe siècle
Là encore, la cohérence de l’offre et son recentrage sur les artistes iconiques du XXe siècle ont joué un rôle déterminant : 94 % des lots ont trouvé preneur en moyenne dans les deux maisons. Le Portrait d’Elisabeth Lederer par Gustav Klimt, provenant de la fameuse collection Lauder dispersée chez Sotheby’s dans une salle comble, a établi un record de prix pour une œuvre d’art moderne, devenant avec 236,4 M$ la deuxième œuvre la plus chère jamais vendue aux enchères.
Cette vente provenant de la collection de l’héritier de la célèbre marque de cosmétiques a ainsi totalisé 527,4 M$, une vacation en gants blancs suivie par une session d’art contemporain « The Now » rapportant 178,5 M$, avec 44 lots dont 2 seulement sont resté invendus. Les toilettes en or massif du très provocateur Maurizio Cattelan y ont été acquises par une célèbre marque américaine pour 12,1 M$.
On comprend mieux de tels résultats quand on sait que les personnes les plus riches de la planète – 1 % de la population possède environ 50 % de la richesse mondiale – consacrent une part de plus en plus importante de leur fortune à l’achat d’œuvres d’art (20 % en 2025).

Vers une féminisation du marché de l’art ?
Bien que les femmes soient encore largement minoritaires parmi les artistes les plus cotés, leur part progresse régulièrement depuis dix ans. Le chiffre d’affaires généré par des ventes d’œuvres d’artistes féminines a passé le seuil symbolique d’1 Md$ en 2018 pour culminer à 1,4 Md$ en 2022 avec un nombre de lots en forte hausse. La part des femmes dans le segment des œuvres au-dessus du million de dollars est passée de 4 % en 2014 à 15 % aujourd’hui. Il y a 10 ans, l’Américaine Joan Mitchell était la seule femme du Top 50 mondial.
Néanmoins, en 2025, on ne compte encore que 63 noms féminins contre 437 masculins dans le Top 500 des artistes les plus cotés et elles ne sont plus que 4 dans le Top 50. Le rééquilibrage se fait donc lentement même si la baisse qui a affecté le marché de l’art ces dernières années a nettement moins touché les artistes femmes. Parmi les résultats marquants de l’année, on a vu un record s’établir pour Suzanne Valadon avec Nu au chat, allongé sur une draperie à fleurs (1,6 M€ en décembre chez Sotheby’s Paris) et un autre pour Frida Kahlo avec Le Rêve (La Chambre) vendu 54,7 M$ à New York. Par ailleurs, notons que les femmes collectionneuses font une grosse percée : elles dépensent en moyenne 46 % de plus que les hommes (et même deux fois plus en Chine, au Japon et en Allemagne).
Les deux géants du marché finissent l’année sur une note positive grâce à la solidité du secteur du très haut de gamme
Christie’s monde a clôturé l’année avec un chiffre de 6,2 Md$, porté par la dynamique de reprise au second semestre où les ventes ont progressé de 26 %. Sotheby’s, qui avait décroché dans la première partie de l’année et semblait très fragilisée, a annoncé un chiffre d’affaires consolidé de 7 Md$ incluant 1,2 Md$ de ventes privées (+ 17 % par rapport à 2024). La firme, qui a inauguré à New York de nouveaux locaux prestigieux dans le Breuer building, a enchaîné à l’automne des adjudications spectaculaires sur des lots issus de collections majeures telles que Lauder et Pritzker (ce dernier étant le fondateur de la chaîne hôtelière Hyatt).
Il est probable que les deux multinationales aient dû offrir des garanties substantielles pour obtenir l’accord des vendeurs et que ces résultats positifs proviennent d’œuvres exceptionnelles qui ne reflètent pas toutes la réalité du marché.

Compétition entre Londres et Paris
L’Europe a bénéficié au second semestre du signal positif provenant d’outre-Atlantique. Après trois exercices successifs de repli, le marché européen a montré des signes tangibles de redressement. Les étrangers ont afflué aux foires de Frieze et Art Basel à l’automne et cette belle énergie s’est répercutée dans les ventes publiques. Le produit des ventes généré par Londres dépasse de 20 % celui de la place de Paris, devenu néanmoins numéro 3 sur l’échiquier mondial, devant Hong Kong et la Chine continentale, victimes d’un ralentissement conjoncturel.
Des écarts sectoriels persistent entre Paris et Londres où l’art contemporain représente une part substantielle du produit des ventes (22 % en Angleterre contre à peine 3 % en France). Mais depuis le Brexit, Paris a retrouvé une nouvelle attractivité. Cécile Verdier, présidente de Christie’s France, souligne que le bureau parisien pèse de plus en plus face à celui de Londres tout en établissant sa complémentarité au niveau du calendrier des ventes.
TOP 10 des plus grosses adjudications de 2025
1 Gustav Klimt, Portrait d’Elisabeth Lederer Sotheby’s New York 18 novembre : 236,4 M$
2 Gustav Klimt, Blumenwiese (Prairie fleurie) Sotheby’s New York 18 novembre : 86,9 M$
3 Gustav Klimt, Waldabhang près d’Unterach am Attersee Sotheby’s New York 18 novembre : 70,8 M$
4 Vincent van Gogh, Piles de romans parisiens et roses dans un verre (Romans parisiens) Sotheby’s New York 20 novembre : 62,7 M$
5 Mark Rothko, No. 31 (Yellow Stripe) Christie’s New York 17 novembre : 62,1 M$
6 Frida Kahlo, Le Rêve (La Chambre) Sotheby’s New York 20 novembre : 54,7 M$
7 Jean-Michel Basquiat, Couronnes (Peso Neto) Sotheby’s New York 19 novembre : 48,3 M$
8 Piet Mondrian, Composition avec un grand plan rouge Christie’s New York 12 mai : 47,5 M$
9 Claude Monet, Nymphéas Christie’s New York 17 novembre : 45,5 M$
10 Canaletto, Venise, le retour du Bucentaure le jour de l’Ascension Christie’s Londres 1er juillet : 31,9 M£ (43,9 M$)









