En 1279, Charles II d’Anjou, alors comte de Salerne (il n’est pas encore roi de Naples et comte de Provence), découvre les reliques de Marie-Madeleine à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume. Après quelques péripéties, il parvient à les faire authentifier par le pape, et les travaux du couvent débutent en 1296.
Opérations d’archéologie préventive à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume
Aujourd’hui propriété du département du Var, le site fait l’objet d’un important projet de mise en valeur. Préalablement, l’État a prescrit la réalisation de deux opérations d’archéologie préventive, la première consistant en une évaluation des sous-sols par des sondages. Trois ont été réalisées à l’intérieur de l’ancien réfectoire, qui couvre à lui seul plus de 600 m2. Ces investigations ont mis en évidence les anciens sols du couvent dominicain et des vestiges de la vie quotidienne du XIVe siècle (céramiques, restes de faune, notamment de nombreux poissons). En dessous, les sols du chantier de construction ont pu être identifiés ; eux-mêmes recouvraient les niveaux de démolition d’anciens bâtiments, révélant qu’un quartier entier de Saint-Maximin fut rasé pour édifier le nouveau complexe religieux.

Des sépultures sous les galeries du cloître
Sous ces décombres se trouvait une occupation caractérisée par des trous de poteaux et des silos à grains. Sans surprise, les galeries du cloître préservaient de très nombreuses sépultures. Malgré l’étroitesse des sondages, les recherches ont montré de réelles différences parmi les défunts selon les espaces – avec notamment une zone privilégiée pour l’inhumation des enfants dans la galerie sud. Sous ces sépultures, des coffrages en pierre plus anciens ont été mis au jour. L’un d’entre eux, recoupé par le mur nord de la basilique, est daté au carbone 14 entre 950 et 1050, soit de la même époque que les plus anciennes traces d’habitat.
Une nécropole en usage entre le IVe et le VIe siècle
Mais la surprise est venue du préau du cloître : sous des bâtiments en pierre datés entre le XIe et le XIIIe siècle, et sous les silos et trous de poteaux des Xe et XIee siècles, les archéologues ont découvert les vestiges d’une nécropole en usage entre le IVe et le VIe siècle ! Elle comprenait une sépulture en bâtière, une en amphore, et d’autres en coffrage de tuiles. Il est possible de rapprocher cette nécropole du mausolée des IVe et Ve siècles qui sert de crypte à la basilique toute proche, et où Charles d’Anjou crut probablement trouver les reliques de Marie-Madeleine.

Des vestiges de l’enceinte urbaine
À l’extérieur du couvent, mais contigu à celui-ci, à l’emplacement que tous les historiens intéressés par le monument avaient identifié comme l’ancienne cuisine, les restes impressionnants de l’enceinte urbaine sont apparus – matérialisant ainsi les relations complexes entre les moines et la communauté urbaine. Souhaitant se protéger des troubles qui débutent au milieu du XIVe siècle, cette dernière avait en effet lancé d’importants travaux de construction. La fouille a démontré que cette enceinte était plaquée contre les bâtiments conventuels. La plus spectaculaire découverte se situe à l’emplacement présumé de la cuisine où, à sa place, une tour fut construite. Devant elle, le mur d’escarpe du fossé de la ville est visible. À partir du milieu du XIVe siècle, ce fossé sépare le couvent de son jardin.

De perpétuels réaménagements
En parallèle du diagnostic, les archéologues du département ont mené une étude approfondie du bâti sur l’ensemble des structures, notamment sur les élévations et les charpentes. Les résultats sont en cours d’analyse, mais ils révèlent déjà de perpétuels réaménagements, témoignant des difficultés rencontrées lors de la construction du monument. Si la façade inachevée de la basilique les laissait déjà soupçonner, le reste de l’édifice ne les rendait pas immédiatement perceptibles. Mais les maçonneries montrent des interruptions majeures, avec la présence de murs provisoires remplacés par la suite par des murs en pierre de taille.
Une cuisine qu’il reste à découvrir
Les archéologues ont également documenté l’organisation interne des bâtiments avant leur récente transformation en hôtel. Ils ont surtout pu observer les conséquences de la construction de l’enceinte urbaine directement contre le couvent – incluant par exemple l’intégration de caves sous le réfectoire alors qu’elles devaient initialement être prévues à l’extérieur en lien avec la cuisine, qui ne fut pas construite là où elle était pressentie et qui aujourd’hui reste à découvrir.
Le chemin de ronde
À l’angle de deux bâtiments, des vestiges d’empochements (encoches) de poutres ont révélé la présence d’un escalier en bois pour rejoindre le chemin de ronde du mur d’enceinte. De même, d’anciennes portes obstruées trahissent des accès à ce chemin de ronde. Les prochaines analyses, dont des datations de mortiers ou les résultats de l’étude dendrochronologique de la charpente du XVIIe siècle, permettront d’affiner ces observations.









