Le site de la Zone d’aviation légère ouest (ZALO) de Clermont-Ferrand connaît deux premières occupations au Néolithique final, vers la fin du IVe et le milieu du IIIe millénaire avant notre ère, mais ne semble plus habité à l’Âge du bronze.
Une quinzaine de tombes de l’Âge du bronze ancien
La quinzaine de tombes du Bronze ancien, regroupée à l’ouest de l’emprise de la fouille (de 1,2 ha), forme un petit ensemble relativement concentré, loin de tout vestige domestique et aux limites incertaines. Les datations au radiocarbone indiquent une occupation autour des décennies 1900-1850 avant notre ère, époque de l’essor maximal des communautés auvergnates avec le développement de grands pôles territoriaux et la multiplication des petits habitats.

Dallage ou coffrage en pierres
Si aucun tertre n’a été mis en évidence, l’architecture des tombes est diverse, comme sur les grands sites proches de Petit Beaulieu, de Chantemerle et de La Fontanille. Celles simples en fosses coexistent avec d’autres au fond pourvu d’un dallage ou d’un coffrage en pierres, qui peut chemiser l’intégralité des parois ou seulement les longs côtés. Dans certains cas, ces aménagements pouvaient être complétés par des éléments en bois. Qu’elles soient ou non dotées d’un coffrage, les tombes devaient en effet posséder une couverture en matériaux périssables, abritant les corps et soutenant parfois un amas de pierres qui assurait leur visibilité en surface.
Un mobilier funéraire peu fréquent à cette époque
Si le mobilier funéraire est peu fréquent à cette période, on observe la présence d’un pichet en céramique à proximité de la tête d’un individu immature (n’ayant pas terminé sa croissance), tandis que deux défunts portaient des colliers de perles en matière dure animale. Une sépulture se distingue en outre par la présence de deux individus, à savoir une femme adulte et un enfant décédé dans sa troisième année.
Une mémoire des lieux qui s’est perpétuée
Un autre cas intéressant est celui d’un immature décédé dans sa première année et inhumé dans une jarre en céramique. Cette pratique, réservée à sa tranche d’âge, est assez originale à l’échelle nationale, mais attestée par plusieurs dizaines d’occurrences en Auvergne. Le site de la ZALO accueille à nouveau quelques tombes vers les années 1400-1250 avant notre ère, ce qui montre vraisemblablement que la mémoire des lieux s’est perpétuée sur plusieurs siècles.
D’autres sépultures mises au jour sur les terrains des Ateliers industriels de l’aéronautique de Clermont-Ferrand
Une deuxième opération préventive sur près d’un hectare, conduite sur les terrains des Ateliers industriels de l’aéronautique (AIA), a permis de mettre au jour quatre sépultures du Bronze ancien. Trois d’entre elles sont regroupées, à distance de quelques structures agraires ou domestiques attribuables à la même période (fosses et silos). Notons que d’autres vestiges de l’Âge du bronze ont pu être détruits par les structures fossoyées plus récentes, très denses sur l’emprise fouillée, et par les multiples perturbations contemporaines qu’elle a subies (bombardements, fondations, tranchées de réseaux, terrassements).

Un coffrage de dalles en calcaire
L’un des défunts portait une alène en bronze entre ses deux mains jointes, reproduisant ainsi à l’identique une pratique attestée régionalement à la même époque, et dont on peut supposer qu’elle concernait spécifiquement certains individus. Une sépulture singulière se distingue par la qualité de son architecture : elle présentait un fond et un coffrage employant des dalles en calcaire, ménageant une sorte de logette au niveau des pieds du défunt, et elle comportait un imposant amas de blocs superposés sur sa couverture.
Des os remaniés ou déplacés
En outre, des restes humains en position secondaire ont été retrouvés dans la logette mais aussi parmi les blocs de couverture effondrés dans la chambre sépulcrale. Il pourrait s’agir des os remaniés d’un précédent occupant de la tombe, dans l’hypothèse d’une réutilisation, ou bien de restes prélevés intentionnellement dans une sépulture plus ancienne et introduits dans celle-ci lors des funérailles, en suivant un rituel chargé de signification pour ses participants.
Romain Lauranson, Hadès, Pierre Dutreuil, Inrap, Mathilde Minotti, archéologue indépendante, Modwene Poulmarc’h et Mirwan Casteran, anthropologues indépendants
Pour aller plus loin
COUDERC F., 2022, « Genèse des premières sociétés de l’âge du Bronze en Basse-Auvergne (Puy-de-Dôme, France) », Société Préhistorique française, vol. 119, fasc. 3, p. 449‑499.
LETTERLÉ F., OBERLIN C., THOMSON I. et VITAL J., 2024, « Morts et vivants en Grande Limagne d’Auvergne (Puy-de-Dôme) à l’âge du Bronze ancien : un voisinage singulier » dans KEROUANTON I. (dir.), Actes des 4e Rencontres Nord/Sud de Préhistoire récente, Université de La Rochelle, Charente-Maritime, 27‑30 avril 2022, Association des Publications Chauvinoises, p. 415‑435.









