Fermée durant un an, l’entrée de la porte des Lions, par laquelle on accède désormais à la galerie des Cinq Continents, située côté Seine, a été entièrement réaménagée et dotée d’un café, grâce au mécénat de la Fondation Marc Ladreit de Lacharrière. La présidente du Louvre, Laurence des Cars, entend ainsi offrir « une respiration dont le musée a besoin », mais l’ambition n’est pas de désengorger les accès par la pyramide et le carrousel (ce sera l’objectif de la future entrée côté Colonnade, prévue dans le cadre du pharaonique et controversé projet « Louvre – Nouvelle Renaissance »).
Dans la tempête médiatique que traverse le musée, cette ouverture n’a bien sûr pas manqué de nourrir les débats, mais la réhabilitation de ces espaces délaissés s’avérait plus que nécessaire.

Liaisons de Marlene Dumas
Soucieuse de s’inscrire dans le XXIe siècle par un geste symbolique fort, l’institution a invité Marlene Dumas à investir un mur du hall d’accès. Première femme à entrer de son vivant dans les collections du Louvre, l’artiste sud-africaine et néerlandaise a imaginé l’œuvre Liaisons, un ensemble de neuf masques/visages mêlant passé et présent, œuvres du Louvre et du musée du quai Branly.

Une version repensée du pavillon des Sessions
Le visiteur est ainsi convié à découvrir la galerie des Cinq Continents, version profondément repensée du pavillon des Sessions qui avait ouvert en 2000. À l’époque, l’objectif était de proposer une préfiguration du musée voulu par Jacques Chirac, tout en intégrant dans le parcours du Louvre des cultures extra-occidentales qui en étaient jusqu’alors absentes (Afrique subsaharienne, Amérique précoloniale, Australie aborigène, Asie du Sud-Est…).

« L’universalité des patrimoines »
25 ans plus tard, les enjeux ont évolué, les méthodes aussi : les équipes du Louvre et du musée du quai Branly ont cette fois travaillé en étroite collaboration pour investir les 1 000 m2 de la galerie, scénographiée à l’origine par Jean-Michel Wilmotte qui a légèrement revu sa copie. Exit le parcours géographique, c’est un dialogue décloisonné et inclusif dans l’air du temps qui s’impose désormais, au gré de thèmes universels tels que « la vie et la mort », « pouvoir et contre-pouvoir », « se concilier les éléments », etc. L’objectif ? Dépasser les frontières et toucher des visiteurs de tous les horizons.

Des quatre coins du monde
Monumentale tête de Moaï, Vishnu en bronze, Vierge à l’Enfant aragonaise, reliquaire Kota du Gabon, sculpture romaine d’Aelius César : 130 chefs-d’œuvre d’une admirable diversité dialoguent très librement dans les vastes espaces du rez-de-chaussée et les alcôves plus confidentielles. Ces pièces proviennent pour l’essentiel des collections du Louvre et du quai Branly, mais l’on compte aussi quelques prêts du musée Guimet, de la Bibliothèque nationale de France ou encore du musée national de la Marine du Nigéria.

L’importance des provenances
Selon une tendance très actuelle, une attention particulière a été accordée à la question des provenances, et une vingtaine de pièces sont accompagnées d’un cartel développé explicitant leurs origines. Si certaines sont issues de partages de fouilles, de dons ou de missions scientifiques, d’autres sont passées entre les mains de collectionneurs de premier plan, à l’instar de deux masques d’Alaska ayant appartenu à André Breton.

Lumières sur les collections italiennes et espagnoles
À l’étage, dans le prolongement de la Grande Galerie, le chantier a offert l’occasion de rénover les espaces où se déploient les collections italiennes et espagnoles des XVIIe et XVIIIe siècles. Sous la verrière de la grande salle 718, les cimaises couvertes d’un noir profond confèrent une intense présence aux tableaux de Salvator Rosa, Luca Giordano, Giambattista Piazzetta ou Giovanni Paolo Panini. L’accrochage ne nécessitait pas de modification particulière, mais l’on remarque l’arrivée d’une lumineuse Junon au milieu des nuées de Giambattista Tiepolo, acquise en 2020 (le musée ne possédait jusqu’alors que des petits formats de la main de cet immense artiste).

Une présentation didactique
Côté peintures espagnoles, on apprécie la dimension didactique de la nouvelle présentation qui nous entraîne à Séville, Madrid et jusqu’à Naples (un panneau présente judicieusement l’évolution du royaume d’Espagne). Plusieurs toiles de Francisco de Zurbarán, du Greco et de Jusepe de Ribera ont été bichonnées voire restaurées pour l’occasion. La dernière salle du parcours – qui permet aussi d’accéder à la porte des Lions – est quant à elle centrée sur la figure de Francisco de Goya : le musée possède en effet quelques superbes portraits de sa main, et a fait une place aux quatre plaques en cuivre de sa série des Disparates.
Précisons enfin que, dans le courant de l’année, la restauration des petits cabinets permettra d’exposer à nouveau les peintures espagnoles et portugaises de petits et moyens formats, datées du XIVe au XIXe siècle.

Informations et réservations : www.louvre.fr









