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Éditions Faton - Fouilles & Découvertes - Le grand dossier d’Archéologia n° 650 : Herculanum, dernières révélations

Le grand dossier d’Archéologia n° 650 : Herculanum, dernières révélations

1710 : alors qu’il creuse un puits pour irriguer son potager, un paysan fait surgir de terre non pas l’eau attendue mais des fragments de marbre précieux ! Près de 40 ans avant Pompéi, le théâtre de l’ancienne Herculanum était alors mis au jour. La découverte de la ville antique donne le coup d’envoi aux premières campagnes de fouilles systématiques jamais réalisées en Europe, inaugurant ainsi la longue aventure de l’archéologie occidentale moderne. Trois siècles plus tard, où en est la recherche dans cette cité de Campanie ? Trop souvent reléguée dans l’ombre de sa prestigieuse voisine, elle livre pourtant de fabuleux trésors.
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peintures murales Herculanum
Peintures murales du sacellum des Augustales (maison de réunion des ministres du culte d’Auguste) à Herculanum. © Francis Leroy, hemis.fr

Nous vous proposons de découvrir une partie de notre grand dossier :

Entretien avec Francesco Sirano, directeur du parc archéologique d’Herculanum de 2017 à 2025

L’archéologue nous dévoile sans langue de bois les enjeux de conservation et de valorisation de cet immense site archéologique à ciel ouvert.

Être à la tête du Parc d’Herculanum doit être une expérience fabuleuse…

En effet, être directeur d’un tel joyau est une aventure permanente, intense et passionnante, grâce aux découvertes toujours nouvelles, parfois même révolutionnaires, que ce site nous réserve. Nous avons le privilège d’être accompagnés dans cette entreprise par une collaboration étroite entre le ministère des Biens culturels et le Packard Humanities Institute. Avec la création, en 2016, du Parc archéologique d’Herculanum en tant qu’institut autonome, avec un directeur à sa tête, un élan important a été donné à un grand nombre d’initiatives, impliquant entre autres la communauté locale. Mais il fut un temps où la situation à Herculanum était bien différente…

Le site a-t-il connu des périodes de relatif abandon ?

À partir des années 1970, Herculanum connaît une grave crise. Elle était due au blocage progressif du système d’entretien et de restauration périodiques mis en place par le grand archéologue Amedeo Maiuri. Ce dernier avait lancé, en 1927, les nouvelles fouilles à ciel ouvert de la ville antique, qui avaient permis de dégager, de restaurer et d’ouvrir au public la zone qui constitue l’actuel parc archéologique. Or, dans les années 1970, de nombreuses maisons et des tronçons entiers de rues ont dû être fermés, tandis que se sont multipliés les étais pour limiter les effondrements. Et puis s’installa le problème du crime organisé.

mosaïque Neptune Amphitrite Herculanum
Mosaïque de la maison de Neptune et d’Amphitrite à Herculanum, représentant les noces de Neptune et d’Amphitrite. © Franck Guiziou, hemis.fr

Le crime organisé était alors présent sur le site ?

Le bar en face de l’entrée du parc était autrefois une salle de paris. Herculanum se trouvait alors au centre du trafic de drogue de la région du Vésuve, et était devenu le théâtre de guerres pour le contrôle du territoire et le paiement des pots-de-vin auxquels étaient soumis les commerçants ; d’où les vendettas entre clans et des dizaines d’assassinats ! À partir de 2010, la situation a commencé à changer : en raison de la crise économique, les commerçants se sont rebellés et ont cessé de payer le fameux pizzo. S’ensuivirent plus de 500 arrestations et 44 condamnations à perpétuité. Aujourd’hui, sur le site au moins, la criminalité a été démantelée. Toutes les initiatives culturelles à Herculanum sont importantes car elles permettent d’impliquer la population et de la sensibiliser à son inestimable patrimoine.

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?

L’un des plus importants concerne la numérisation de l’ensemble du patrimoine archéologique, avec des scanners 3D, fidèles au millimètre près aux objets. Le parc est à l’heure actuelle équipé d’outils numériques innovants permettant d’assurer le suivi et la conservation des vestiges ; ils aident aussi à orienter stratégiquement les activités de conservation ou à promouvoir et à partager la richesse du site à travers de nouveaux usages, tant en ligne que directement dans la zone archéologique. En outre, grâce à l’étude des Journaux de fouilles de l’époque d’Amedeo Maiuri, il a été possible d’identifier, pour 90 % des vestiges, le lieu où ils ont été mis au jour lors des fouilles de la première moitié du XXe siècle, et donc de les replacer virtuellement à l’endroit de leur découverte. Nous prévoyons enfin de reprendre les explorations dans la zone est, pour la première fois depuis l’époque de Maiuri, ce qui constitue donc un événement exceptionnel !

Peinture Chiron et Achille Herculanum
Chiron, le sage centaure, précepteur des dieux et des héros, apprend à Achille à jouer de la lyre. Peinture de la basilique d’Herculanum. Naples, Musée archéologique national. © Erich Lessing, Bridgeman Images

Il est compliqué de mener des fouilles à Herculanum puisque que la ville entoure toute la zone archéologique.

Le 24 juillet 2024, en collaboration avec le ministre de la Culture et la municipalité d’Herculanum, nous avons signé un protocole visant à réaménager la zone autour des fouilles. La construction d’un nouveau complexe de bâtiments – bureaux, laboratoires et réserves – plus au sud permettra d’éliminer les infrastructures modernes existantes en bordure de la zone dégagée aujourd’hui. Les conditions seront réunies pour aborder un tournant historique : la reprise des excavations vers l’est et vers le sud à une échelle comparable à celle de l’époque de Maiuri. On pourra creuser à l’est, sous la billetterie, là où se situait le port. Grâce à des carottages effectués en 2013, nous avons constaté qu’il y avait là des maisons conservées sur deux étages et qu’il y a peu de traces des tunnels bourboniens. Nous comptons aussi aménager un espace vert pour les visiteurs. L’action combinée de ces projets fera du parc d’Herculanum et de son territoire une référence internationale majeure pour les études humanistes.

danseuse bronze Herculanum
Danseuse de la villa des Papyrus, à Herculanum. Bronze, Ier siècle avant notre ère. Naples, Musée archéologique national. © Raffaello Bencini, Bridgeman Images

Herculanum est la seule ville du monde romain qui conserve pratiquement intact son ancien front de mer, et cette situation est source de surprises…

Mis au jour dans les années 1980 à la suite d’un tremblement de terre, l’ancien littoral se trouve sous le niveau de la mer et il est donc soumis à de constantes inondations. Un système de pompes hydrauliques maintient sous contrôle le niveau de l’eau, ce qui permet depuis 2024 aux visiteurs de marcher sur ce qui était autrefois le rivage, de longer les célèbres fornici, ces hangars à bateaux où les squelettes des fugitifs ont été identifiés. En 2009, lors de la dernière campagne de fouilles, on a découvert sur cette plage le toit effondré d’un salon de la maison du Relief de Télèphe, l’une des demeures les plus somptueuses d’Herculanum, appartenant à Marcus Nonius Balbus, ami d’Octave Auguste, gouverneur de Crète et de Cyrène et patron d’Herculanum : en quelques années, son travail de rénovation a transformé la ville en un centre élégant, à même d’illustrer les idéaux et la propagande de l’empire.

Ce plafond laisse en effet imaginer la magnificence de certaines demeures. Le luxe et la grandeur y étaient omniprésents.

En levant les yeux vers le plafond de la maison du Relief de Télèphe, on percevait des dessins géométriques rendus encore plus spectaculaires par l’utilisation de nombreuses couleurs, vives, toutes différentes, ornées de feuilles d’or au centre de chaque motif. Sa réalisation a été extrêmement raffinée et précise ; elle ne souffrait pas la moindre erreur et tout devait être calculé au centimètre près, les morceaux s’encastrant les uns dans les autres sans aucun clou. Le sentiment de luxe extrême de la villa provenait, outre ce plafond en bois incrusté d’or, des marbres aux murs et aux sols.

Reconstitution villa des Papyrus Herculanum
Reconstitution virtuelle de la villa des Papyrus à Herculanum. © Frassineti © AGF/Leemage

Quelle découverte récente vous a le plus marqué ?

Probablement celle d’une matière cérébrale vitrifiée dans le sacellum des Augustales, en 2019. Il s’agit d’un phénomène jamais observé en archéologie qui permettra de mieux comprendre ce qui s’est réellement passé à Pompéi et à Herculanum lors de cette journée fatidique de 79.

Vous venez de quitter la direction du Parc pour diriger le prestigieux Musée archéologique national de Naples. Est-il difficile de quitter Herculanum ?

Bien sûr ! Mais je pars pour une autre aventure passionnante. Et à Naples, je serai toujours un peu à Herculanum puisque, vous le savez, une grande partie des chefs-d’œuvre qui y ont été découverts au XVIIIe siècle est aujourd’hui conservée dans ce musée !

 

Dossier à retrouver en intégralité dans :
Archéologia n° 650 (février 2026)
Herculanum, dernières révélations
81 p., 11 €.
À commander sur : www.faton.f
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