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Éditions Faton - Archéologie - La reconstitution 3D du palais d’Amenhotep III et de son somptueux baldaquin

La reconstitution 3D du palais d’Amenhotep III et de son somptueux baldaquin

Le musée égyptien du Caire place Tahrir a inauguré l’automne dernier une exposition permanente rassemblant des fragments peints découverts dans le palais de Malqatta. Édifiée sur la rive ouest de Louxor, cette cité palatiale a été conçue pour le pharaon Amenhotep III (vers 1400-1350 avant notre ère). Le parcours met également en lumière les travaux de reconstitution 3D du palais et du somptueux baldaquin qui couvrait le trône du roi.
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baldaquin Amenhotep III
Restitution 3D du baldaquin d’Amenhotep III (détail). © Franck Monnier

Au cours de son long règne, Amenhotep III fait ériger une vaste résidence palatiale sur la rive occidentale du Nil, non loin de l’actuelle ville de Louxor, entre Kom el-Samak et Kom el-Heitan.

Un immense lac cérémoniel

À ses abords, un immense lac cérémoniel, profond de 5 m, long de 2,3 km, est creusé et relié au Nil par un canal de 50 m de large. Ce plan d’eau nécessite le déplacement de 12 millions de mètres cubes de matériaux, que l’on dispose sur ses bords sous forme de petites collines régulièrement espacées. Aujourd’hui encore, ces reliefs façonnent le paysage de manière remarquable au lieu-dit « Birket Habou ». Au nord de la cité palatiale, à proximité du temple de Ramsès III à Médinet Habou, une équipe égyptienne dirigée par Zahi Hawass a mis au jour en 2020 les vestiges d’un grand quartier d’artisans contemporain du règne (ladite « Golden City »).

peinture Amenhotep III
Amenhotep III siégeant sous son baldaquin. Fac‑similé d’une peinture de la tombe TT226 à Sheikh Abd el-Qourna. © Nina de Garis Davies, Metropolitan Museum of Art de New York

Un palais jubilaire

Le complexe palatial, concentré surtout à l’ouest du lac, couvre à lui seul 32 ha : temple, palais royal, grandes allées cérémonielles, magasins, ateliers et demeures, le tout protégé par une enceinte. Doté d’un jardin luxuriant, le palais est décoré du sol au plafond de scènes exaltant la faune et la flore nilotiques. L’ensemble est spécifiquement construit pour fêter les jubilés du souverain, aussi ce dernier n’y demeure-t-il pas bien longtemps. Des dépôts d’étiquettes de jarres nous enseignent que trois jubilés se sont succédé à Malqatta, aux années 30, 34 et 38 du règne.

vestiges palais Amenhotep III
Vestiges de la base du baldaquin dans la salle du trône principale du palais. © Franck Monnier

Le long règne d’Amenhotep III

Amenhotep III voit le jour aux alentours de 1400 avant notre ère et monte sur le trône vers l’âge de 10 ans, succédant à son père Thoutmosis IV. D’une durée de 38 ans, son règne marque l’apogée de la XVIIIe dynastie et du Nouvel Empire. Un demi-siècle plus tôt, le pharaon Thoutmosis III avait repoussé les limites de l’empire jusqu’en Asie au nord (l’actuelle Syrie) et jusqu’aux confins de la Nubie au sud. Amenhotep III hérite donc d’un vaste territoire plus prospère que jamais. Les richesses affluent des régions conquises et des royaumes frontaliers, et nul n’ose plus affronter ce puissant voisin. De nombreux mariages diplomatiques sont conclus pour assurer une paix durable. Dans la deuxième partie de son règne, Pharaon fait rendre des cultes à sa propre personne et inaugure des temples dans tout le pays. Il s’identifie alors au disque solaire Aton et s’érige comme l’égal du dieu Amon. Le roi consacre les dernières années de sa vie à la célébration de fêtes jubilaires grandioses, les fêtes Sed.

tête Amenhotep III
Amenhotep III. Tête en quartzite. Nouvel Empire, XVIIIe dynastie. © Metropolitan Museum of Art de New York, Rogers Fund, 1956

Début de reconstitution en 2017

À la demande de l’égyptologue Peter Lacovara, la colonnade conduisant au trône dans le bâtiment occupé par le roi (la reine et le harem possédant leur propre résidence) a été reconstituée en 3D par Paul François et nous-même en 2017. Cet exercice nous a immédiatement convaincus que ce site exceptionnel méritait que l’on s’y attarde davantage. L’opportunité était unique de redonner virtuellement vie à un grand palais pharaonique, pour lequel nous disposons d’une très importante quantité de matériaux archéologiques.

« Projet palais pharaonique 3D »

En 2021, le « Projet palais pharaonique 3D » était lancé et il fallut un an pour restituer la majeure partie du bâtiment du roi, comprenant magasins, appartements subsidiaires, salles d’ablution, salle du trône et chambre du roi. Les résultats de cette campagne sont désormais offerts au public par le biais d’une visite virtuelle en ligne. Quelques vues de la 3D sont également exposées, depuis l’automne 2025, au musée égyptien du Caire, afin de contextualiser des fragments peints mis au jour à Malqatta. Auparavant éparpillés, certains d’entre eux n’étaient jamais sortis des caisses où ils étaient entreposés. Ils sont enfin tous rassemblés dans une même salle, grâce au patient travail de restauration des équipes égyptiennes et des responsables du projet, Martina Ullmann et Regine Schulz.

reconstitution baldaquin Amenhotep III
Grâce à la représentation antique provenant de la tombe TT226, le baldaquin d’Amenhotep III a pu être restitué dans son intégralité avec un haut degré de vraisemblance. © Franck Monnier

Le baldaquin royal en majesté

La reconstitution inédite du trône et de son baldaquin a occupé une place centrale dans le projet. La culture populaire, lorsqu’elle devait mettre en scène Pharaon, avait coutume de le représenter uniquement assis sur un siège, lui-même positionné sur une petite estrade. En somme, on réduisait le décorum à sa plus simple expression. La documentation était pourtant suffisamment riche pour illustrer cet environnement. Il existait plusieurs baldaquins cérémoniels à Malqatta (le bâtiment du roi, à lui seul, en comptait probablement une douzaine) ; chacun devait être placé sur le parcours des rites jubilaires. Certains étaient peut-être occupés par la reine ou d’autres membres de la famille royale.

baldaquin Amenhotep III
Modélisation du baldaquin royal et des bases de colonnes, intégrée aux vestiges actuels du palais jubilaire d’Amenhotep III. © Franck Monnier

Des représentations sur les murs des tombes

L’emplacement de la salle du trône principale (la salle I) dispose toujours d’une petite plateforme en briques et de l’une des marches qui permettaient d’y accéder. À peu de distance, dans la salle B, deux résidus en bois peints ont été récemment retrouvés, l’un d’une colonnette et l’autre d’une corniche, tous deux offrant des alternances de bleu, de vert et de rouge, entrecoupées de fines bandes jaunes. Leurs motifs concordent avec les descriptions contemporaines de baldaquins royaux figurant sur les murs de la tombe d’Anen TT120, et surtout de la tombe anonyme TT226 à Sheik Abd el-Qourna.

Une peinture jaune pour imiter l’or

On pourrait s’attendre à ce qu’un mobilier aussi prestigieux ait été entièrement recouvert d’or, comme l’était sans doute le siège du roi – et à l’image de celui de la tombe de son petit-fils, Toutankhamon. En réalité, il était simplement peint, avec une dominante de jaune. Probablement parce que, ce type de structures étant trop imposant, il était impossible de toutes les déplacer pour les mettre en lieu sûr lorsque le palais était inoccupé. On utilisait donc pour elles des matériaux ordinaires afin de ne pas éveiller les convoitises.

L’expression symbolique du baldaquin

Le baldaquin est une représentation miniature du monde au centre duquel siège le souverain, à la jonction des forces vitales et des forces nuisibles qu’il lui revient de maîtriser. Les colonnes florales symbolisent la nature et l’équilibre. Leur chapiteau en forme de lys pour les uns et de papyrus pour les autres font avant tout référence à la nature bipartite du royaume : le lys pour la Haute-Égypte et le papyrus pour la Basse-Égypte. D’autres chapiteaux adoptent les traits du lotus, fleur dont l’éclosion évoque la naissance du monde et le renouvellement. De fausses grappes de raisin pendent sous le bord inférieur du couvrement, telles des pendeloques. Elles incarnent la régénération et la fertilité. Des cobras uraei (cobra femelles) entourent le baldaquin par rangées ou sur des frises, du sol jusqu’au toit. Ils sont tous tournés vers l’extérieur afin de protéger le souverain contre les forces maléfiques. Les ennemis héréditaires de l’Égypte, Nubiens et Asiatiques, sont représentés ligotés sur l’allée conduisant au trône, sur les marches de la plateforme, et sur le repose-pied. Le roi foule ainsi magiquement les nations rivales, une manière en somme de les neutraliser et de leur rappeler l’autorité de son pays sur le leur.

peintures escalier Malqatta
Peintures de prisonniers étrangers découvertes sur des marches à Malqatta. Musée du Caire. © Martina Ullmann

Un chapiteau à plusieurs étages

L’élément le plus problématique de la reconstitution a été le chapiteau à plusieurs étages, décliné diversement au Nouvel Empire. Sous Amenhotep III, il se composait principalement des chapiteaux campaniformes, lotiformes et lyliformes. La reconstitution des deux premiers, en forme de papyrus et de lotus, n’a posé aucun problème, puisque l’architecture et le mobilier en offrent de nombreux exemples. Mais la difficulté a résidé dans le motif lyliforme dont on ne connaissait, jusqu’à peu, aucun exemplaire sculpté en ronde-bosse.

La conjecture du lys

Dans l’iconographie égyptienne, le lys est continuellement figuré par deux volutes disposées symétriquement de part et d’autre d’un pistil. Tout laissait penser qu’a priori le chapiteau lyliforme adopterait la même apparence, en haut-relief. Comme les fleurs de la famille des liliacées possèdent six tépales établies en cercle, nous avons supposé que les sculpteurs égyptiens respectaient cette forme générale, comme ils le faisaient pour les autres plantes. C’est donc ainsi que nous avons choisi de restituer le chapiteau.

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Proposition de reconstitution des différents éléments décoratifs du baldaquin, s’imbriquant au moyen de tenons, de mortaises et de chevilles. © Franck Monnier

Des suppositions confirmées

Ce pari s’est avéré payant puisqu’il a pu être validé grâce à une ancienne photographie de 1907, d’un modèle en ronde-bosse de chapiteau lyliforme en bois, comportant six tépales. Cette image était passée jusque-là inaperçue en raison d’une identification erronée. Haut d’une vingtaine de centimètres, l’élément du baldaquin était surmonté d’un tenon destiné à recevoir un autre élément décoratif ; sa partie centrale, symbolisant le pistil, était de forme ovoïde, afin de remplir l’espace et de servir de support aux éléments supérieurs du bouquet floral.

Des têtes de canards

Les chapiteaux superposés étaient par ailleurs fréquemment ornés de têtes d’animaux. La scène de la tombe TT226 affiche un chapiteau lyliforme surmonté de têtes de canards (le bouc, le faucon ou le lion sont attestés dans d’autres cas). Cette représentation, associée à la découverte d’une petite tête de canard en bois dans la salle G de Malqatta, à proximité de la salle du trône, a naturellement guidé, elle aussi, notre travail.

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