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Éditions Faton - À la une - Le Louvre dans la tempête : trois mois après le spectaculaire vol des joyaux de la Couronne, jusqu’où ira la crise ?

Le Louvre dans la tempête : trois mois après le spectaculaire vol des joyaux de la Couronne, jusqu’où ira la crise ?

Failles dans la sécurité, obsolescence du bâtiment et des installations, grève des salariés... : depuis le vol des bijoux de la galerie d’Apollon le 19 octobre dernier, le musée du Louvre et sa direction traversent de nombreuses turbulences. Alors que l'enquête judiciaire se poursuit et que la ministre de la Culture s'apprête à annoncer des décisions concernant la gouvernance du musée, la rédaction fait le point sur la situation.
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couronne eugénie abîmée
La couronne d'Eugénie a été montrée, pour la première fois depuis le vol du 19 octobre 2025, au cours duquel elle a subi une importante déformation, dans un reportage réalisé par TF1. Sa restauration est cependant possible. © TF1 / Sept à huit

Joyaux volés : la traque continue

Les huit bijoux dérobés au Louvre en octobre 2025 restent à ce jour introuvables. Les enquêteurs sont parvenus à reconstituer le trajet emprunté par les voleurs jusqu’à une cache, à Aubervilliers, d’où ils perdent ensuite la trace des joyaux. Dans un entretien à l’AFP rapporté par Le Parisien, vendredi 16 janvier, la procureure de Paris, Laure Beccuau, a réaffirmé la détermination des enquêteurs à les retrouver et à ne négliger aucune piste : « L’office central bénéficie d’un certain nombre de relais dans le monde de l’art, y compris international. Ils ont des possibilités d’avoir des signaux d’alerte sur les réseaux de receleurs, y compris à l’étranger […] Nous n’avons pas de signaux qui nous disent que les bijoux sont susceptibles d’avoir franchi la frontière, nous avons encore des chances d’explorer des pistes au niveau national », a-t-elle précisé. Les interrogatoires des quatre suspects actuellement incarcérés n’ont pour l’instant pas permis de les localiser.

vitrine galerie d'Apollon
La vitrine des joyaux de Napoléon III (r. 1852-1870), dans la galerie d’Apollon, est l’une des vitrines ciblées par les cambrioleurs le 19 octobre 2025. S’y trouvaient le grand nœud de corsage, le diadème et la couronne de l’impératrice Eugénie. © 2020 Musée du Louvre / Antoine Mongodin

Une rescapée martyrisée : la couronne d’Eugénie

Dans leur fuite, les voleurs ont laissé tomber l’une de leurs précieuses prises : la couronne de l’impératrice Eugénie. C’est pourtant moins sa chute que la façon dont elle a été extraite, sans précaution, de la vitrine blindée dans laquelle elle était exposée, qui l’a endommagée. Comme le montrent les images de vidéosurveillance du musée, récemment révélées, les malfaiteurs sont venus à bout des vitrines blindées en quelques minutes en y perçant d’étroites ouvertures. Arrachée violemment de son support, la couronne a ainsi été écrasée au passage et très déformée, comme le montre un reportage diffusé dimanche 18 janvier sur TF1. Elle n’a cependant perdu aucun de ses joyaux. L’une des branches de diamants s’est détachée, mais a été récupérée. Il manque cependant quelques petits diamants et un aigle d’or. Les conservateurs du département des Objets d’art la considèrent comme « restaurable au prix d’un grand travail », qui va être entrepris dans les prochains mois.

couronne Eugénie
Alexandre Gabriel Lemonnier, couronne de haut de tête de l’impératrice Eugénie, Paris, 1855. Or, argent doré, 1 354 diamants, 1 136 roses, 56 émeraudes, H. 13 ; diam. 15 cm. Paris, département des Objets d’art du Moyen Âge, de la Renaissance et des temps modernes du musée du Louvre, volée, puis retrouvée endommagée le 19 octobre 2025. © RMN (musée du Louvre) – S. Maréchalle

Laurence des Cars conservera-t-elle son poste ?

Depuis le cambriolage du 19 octobre dernier, la présidente-directrice du musée, Laurence des Cars, est au cœur de la tourmente. Nombreux sont ceux qui réclament son départ, après plusieurs révélations sur des failles de sécurité au Louvre, dont la mise au jour d’un document de 2019 qui listait les points faibles de la galerie d’Apollon, et un rapport accablant de la Cour des comptes. Auditionnée à plusieurs reprises, elle a peiné à convaincre, d’autant que d’autres personnalités, dont les trois anciens ministres de la Culture auditionnés par la commission d’enquête parlementaire sur la protection du patrimoine national et la sécurisation des musées, tendent à confirmer que, sous sa présidence, la question de la sécurité et la mise en œuvre d’un plan dédié n’ont pas été prioritaires. Dimanche 18 janvier, sur France Inter, la ministre de la Culture, Rachida Dati, a déclaré que « des décisions majeures vont être prises incessamment sous peu » concernant l’organisation et la gouvernance du Louvre. Laurence des Cars va-t-elle être prochainement remplacée ? En décembre, la ministre de la Culture avait annoncé l’arrivée en renfort de Philippe Jost, président de l’établissement public Rebâtir Notre-Dame. Sa mission de réorganisation du musée est à ce jour reportée.

Laurence des Cars présidente Louvre
Laurence des Cars, présidente-directrice du musée du Louvre, lors de son audition devant le Sénat, le 17 décembre 2025. © Public Sénat

Les salariés en grève

Depuis le 15 décembre 2025, le musée du Louvre a fermé ses portes à trois reprises et ouvert partiellement à trois autres, les salariés ayant voté une grève reconductible. Ils avaient alerté, dès l’été 2025, grâce à un cahier de doléances, sur les sous-effectifs, les conditions de travail dégradées, la vétusté des installations et l’obsolescence de leurs équipements. Le vol des bijoux a mis le feu aux poudres et plusieurs avaries et fermetures de salles en urgence l’ont, depuis, attisé. Sur France Inter, Rachida Dati a déclaré trouver leurs revendications « légitimes ». Son ministère a d’ores et déjà annulé la baisse prévue de 5,7 millions d’euros de dotation au Louvre et promis 138 recrutements. Rendez-vous est pris dans les jours qui viennent pour négocier les rémunérations. Côté sécurité, plusieurs mesures ont été prises depuis le vol, dont la pose d’une grille devant la porte-fenêtre de la galerie d’Apollon. L’inquiétude demeure pourtant, le plan Louvre Nouvelle Renaissance, annoncé il y a un an par le président de la République, Emmanuel Macron, et Laurence des Cars, s’annonçant particulièrement coûteux – il est évalué aujourd’hui à 1,15 milliard d’euros –, alors que des investissements plus urgents sont nécessaires.

musée du Louvre grève
Les salariés du musée du Louvre ont voté une grève reconductible depuis le 15 décembre 2025. © DR

Deux départs en pleine tempête

Dans ce contexte difficile pour les équipes, la direction de deux des neuf départements patrimoniaux du Louvre doit être renouvelée. Après douze années passées à la tête du département des Arts graphiques, Xavier Salmon a quitté ses fonctions le 31 décembre 2025 et sera prochainement remplacé. Au département des Sculptures, Sophie Jugie s’est vu notifier récemment la fin de son mandat, bien qu’elle fasse l’unanimité depuis son arrivée en 2014. Comme le rapporte La Tribune de l’Art, l’équipe du département s’est élevée contre son départ, soulignant ses grandes qualités professionnelles et humaines et manifestant son incompréhension devant cette décision. La méthode employée par la présidence et le timing interrogent. Un capitaine en pleine tempête, sous le feu des critiques, peut-il raisonnablement se passer de l’un de ses meilleurs éléments ?

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