Les reliefs de Zadkine vendus sous le marteau d’Ader Nordmann & Dominique vendredi 28 novembre gardent la mémoire d’un lieu malheureusement disparu : l’hôtel Mayen, demeure de Lucie Mayen et de son époux, édifié en 1923 par l’architecte Charles Adda (1873-1938) dans le XVIe arrondissement de Paris. Devenu en 1942 la propriété de l’école Saint-Louis-de-Gonzague, il a été détruit en 1988 lors du réaménagement de l’établissement, malgré son intérêt patrimonial incontestable. L’école possédait encore jusqu’à aujourd’hui les deux reliefs mis aux enchères.
Une demeure décorée par Groult et Zadkine
Pour orner sa nouvelle résidence, Lucie Mayen avait sollicité le décorateur André Groult (1884-1966), figure majeure de l’Art déco. Ce dernier invita Ossip Zadkine – peut-être à l’initiative de la propriétaire, qui avait acquis l’Oiseau d’or du sculpteur vers 1924 – à réaliser sept reliefs. Le musée Zadkine conserve dans ses collections Femme et chien, petit bas-relief en pierre, ainsi que les quatre médaillons en albâtre réalisés par l’artiste pour l’hôtel Mayen : Nature morte au vase de fleurs et à la corbeille de fruits, Nature morte à la mappemonde et aux livres, Nature morte au panier de fruits et à la carafe et Nature morte au vase de fleurs et au violoncelle.

Un bel ensemble enfin réuni
Deux œuvres provenant de cette commande insigne manquaient au musée Zadkine. Leur mise en vente pouvait laisser craindre le pire. Grâce à l’heureuse préemption réalisée le 28 novembre à l’hôtel Drouot, dont La Tribune de l’Art fait le récit, l’ensemble est à présent au complet. Femmes et chiens et Trois cerfs, tout comme le bas-relief et les médaillons du musée Zadkine, ornaient la façade de l’hôtel particulier des Mayen. L’iconographie des trois bas-reliefs se complète. L’artiste a poussé loin la stylisation des formes, empreintes d’une géométrie héritée du cubisme, mais adoucie par le souhait du sculpteur de s’adapter au néoclassicisme de l’hôtel particulier.

Zadkine, les années Art déco
L’œuvre Art déco du sculpteur est au cœur d’une exposition, présentée au musée Zadkine, dont l’un des points d’orgue est l’Oiseau d’or que possédait Lucie Mayen. Après sa période cubiste, l’artiste a donné naissance à des œuvres plus décoratives, expérimentant parfois la couleur, travaillant aussi, à onze reprises, avec des architectes. Les reliefs de l’hôtel Mayen constituent l’un de ses premiers travaux architecturaux, deux ans après sa participation au décor de la Pergola de la Douce France, réalisé pour l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925. La présentation permet d’admirer Femme et chien, le troisième des grands reliefs de l’hôtel Mayen.

À voir : « Zadkine Art déco », jusqu’au 12 avril 2026 au musée Zadkine, 100 bis rue d’Assas, 75006 Paris. www.zadkine.paris.fr









