Réseaux
-
5966f9698774c317e3b6ab87622ae816.svg
942d06badc2f2227c51021e27f012bfb.svg
Éditions Faton - Archéologie - Archéologie en Martinique : entre terre et mer à Sainte-Anne

Archéologie en Martinique : entre terre et mer à Sainte-Anne

Dans le cadre du projet de rénovation du Club Med Les Boucaniers sur la commune de Sainte-Anne, en Martinique, une fouille préventive sur 6 000 m² a été mise en œuvre entre mars et juin 2025 par le bureau d’étude Éveha. Le site se trouve à l’extrémité de la Pointe-Marin, à l’interface entre la plage et la mangrove, deux riches écosystèmes, qui ont favorisé l’implantation de populations amérindiennes au Saladoïde moyen (IVe-VIIe siècle). De nombreux puits et un ensemble de sépultures constituent les principales découvertes.
Lire plus tard
Vue de Sainte-Anne en Martinique
Vue de Sainte-Anne en Martinique. © DR

En l’absence de source ou de point d’eau douce alentours, les Amérindiens ont creusé des puits dans le sable.

D’ingénieux cuvelages de puits

puits amérindiens Sainte-Anne Martinique
Puits amérindiens réalisés au moyen de vases percés et superposés. © Éveha

La nappe phréatique, rechargée par les eaux de pluie, se rencontre à une profondeur de 70 cm. Afin que les parois ne s’effondrent pas, ces puits ont été stabilisés par des cuvelages formés par l’empilement de grands vases au fond percé. Chaque puits contenait ainsi entre un et six vases remarquablement conservés. Avec 73 puits et près de 250 vases mis au jour, le site des Boucaniers offre la plus importante série de céramiques connue pour cette période dans les Petites Antilles. Certaines arborent des décors polychromes remarquables (rouge, noir, blanc). Ces récipients « recyclés » étaient originellement destinés à la consommation de ouïcou, une sorte de bière de manioc fermenté. D’autres grands récipients (jattes, bassines, marmites…) et de petits pots pour le puisage ont également été mis au jour, illustrant la belle diversité et la qualité des productions amérindiennes. En outre, grâce à une bonne stabilité hydrique, le comblement de ces puits a été très bien préservé. Le tamisage du sédiment interne a révélé des restes d’invertébrés marins, des ossements de poissons, oiseaux ou rongeurs, ainsi que d’étonnants éléments en matières organiques comme des graines, des fragments de végétaux, de calebasses, de ficelle et même un petit fragment de tissu. La fouille se situant en dessous du niveau de la mer, l’utilisation de pompes spéciales a été nécessaire afin d’atteindre le fond des puits.

Des sépultures amérindiennes

Par ailleurs, quatorze sépultures ont été mises au jour parmi lesquelles on compte treize adultes (hommes et femmes) et un enfant âgé d’environ 2 ans. Ce dernier a été inhumé sur un duho (siège cérémonial en bois, habituellement réservé au cacique), soulignant l’importance de cette sépulture, couverte de larges fragments de platines (plaques en céramique permettant la cuisson de galettes de manioc). Les défunts adultes étaient recouverts de coquilles de lambis, de coraux ou de pierres, dans des positions variées (sur le ventre, le dos ou le côté), souvent avec les membres inférieurs très contractés. L’emmaillotement des corps (inhumations en hamac ?) est suggéré par les contraintes observées sur les squelettes. Une surprenante proximité entre certains puits et des sépultures a été observée. Il est vraisemblable que ces différents vestiges ne soient pas tout à fait contemporains. Des études chrono-typologiques du mobilier et des analyses radiocarbones aideront à clarifier cet improbable enchevêtrement entre points d’eau potable et lieux d’inhumation.

Nappes de mobilier remaniées

Dans la partie ouest du site, côté mer, de grandes nappes de mobilier amérindien remobilisées par les eaux ont été découvertes. Concentrées dans de légères cuvettes, elles contiennent quantité de coquilles de lambis consommées, de céramiques diversifiées (assiettes décorées, adornos, platines à manioc à pieds, cols et anses décorés), ainsi que du mobilier lithique (haches polies, polissoirs). La présence de dizaines de haches ou herminettes en lambis à différents stades de fabrication est notable, permettant de reconstituer la chaîne opératoire, de leur préparation jusqu’à leur abandon à la suite de leur longue utilisation. Des ossements de tortues, oiseaux et lamantins (consommés) et d’autres humains épars (sépultures démantelées par la mer) y ont aussi été identifiés. Ces ensembles témoignent de la forte dynamique littorale et de la survenue d’événements catastrophiques (tempêtes, tsunamis) ayant frappé le site.

Sépulture d’un enfant amérindien. © Éveha

Un adorno est un petit décor modelé en argile qui orne une céramique, souvent au niveau de la lèvre d’un vase ou de son anse, la plupart du temps anthropomorphe ou zoomorphe, voire anthropozoomorphe.

Un pétroglyphe exceptionnel

La fouille a enfin livré un pétroglyphe exceptionnel gravé sur un gros galet d’environ 20 kg. Deux yeux, une bouche et le contour du visage sont nettement visibles. Contrairement aux deux seuls sites connus en Martinique (le Galion et la forêt de Montravail) où les gravures ont été réalisées sur des affleurements rocheux, le pétroglyphe des Boucaniers est un élément mobilier donc potentiellement déplaçable, en faisant une pièce rarissime. La poursuite des études en laboratoire affinera les connaissances sur les modes de vie et les pratiques funéraires des Amérindiens de Martinique.

Pétroglyphe Martiniqu
Pétroglyphe sur galet. © J. Renault, Éveha
Panier
Retour en haut